Le peuple juif et son dirigeant

Dans la lecture de la Torah de cette semaine, nous lisons :

« Israël envoya des messagers à Si’hon, le roi des Amoréens » (Nombres 21,21).

Rachi, le grand commentateur, attire notre attention sur un détail subtil mais saisissant. Quelques chapitres auparavant, c’est « Moïse » qui envoie des messagers au roi d’Édom. Ici, c’est « Israël ». Pourtant, dans les deux cas, c’est bien Moïse qui agit. Pourquoi, alors, ce changement de formulation ?

Rachi en déduit une idée profonde : Moïse et Israël sont un seul et même être. Il ne s’agit pas d’une simple figure de style. Moïse ne se contente pas de représenter son peuple ; il l’incarne. Non par une fonction symbolique, mais par une identification totale, intime, absolue. Il n’y a pas, chez lui, de séparation entre la sphère privée et la sphère publique. Il ne vit pas « pour » les autres. Il vit avec eux, en eux, au point que la Torah elle-même peut employer leur nom comme un seul et même sujet.

Ce lien organique entre Moïse et Israël définit la nature même du véritable leadership juif. Ce n’est pas une autorité qui surplombe ; c’est une âme qui porte, une conscience qui canalise. Le dirigeant juif authentique — dans sa forme la plus élevée — devient le réceptacle à travers lequel D.ieu pourvoit aux besoins du peuple, tant matériels que spirituels. Et plus encore : il ne tire pas uniquement le peuple vers le haut. Il l’élève jusqu’à sa propre perspective, jusqu’à sa conscience du Divin.

Il y a dans cela une leçon puissante pour notre époque. Trop souvent, nous imaginons que pour percevoir la lumière, il nous faudrait d’abord être dignes. Que pour comprendre, il nous faudrait mériter. Pourtant, ici, la Torah nous enseigne qu’il existe une autre voie, celle du lien. Le lien avec une âme dont la vie est entièrement donnée à la communauté, une âme qui voit plus loin, plus clair, et dont la perception devient, par résonance, accessible à ceux qui s’y attachent.

Le Rabbi de Loubavitch nous a enseigné que cette dynamique ne s’est pas achevée avec la disparition de Moïse. Dans chaque génération, il existe un dirigeant, un nassi, qui ne fait qu’un avec son peuple. En se connectant à ce « Moïse de la génération », chacun peut être élevé à une vie plus consciente, plus lumineuse, plus proche de D.ieu — même si, par soi-même, on ne s’en sent pas toujours capable.

C’est dans cette unité, vivante et vibrante, entre un peuple et son âme collective, que se dessine le chemin vers la Délivrance. Car c’est ainsi que nous nous affinerons, individuellement et collectivement, jusqu’à mériter, tous ensemble, l’avènement de Machia’h.

Chabbat Chalom !


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