Le feu dans la nuit

Chers amis,

Ce Chabbat, après avoir lu la paracha de cette semaine, nous lirons dans un second rouleau de la Torah la Parachat Ha’hodech qui évoque le commandement du sacrifice pascal à nos ancêtres, en prévision de la Sortie d’Égypte. Il y est dit :

« Ils mangeront la chair cette nuit-là, rôtie au feu, avec des matsot et des herbes amères. Vous ne la mangerez pas à moitié cuite ni bouillie dans l’eau, mais seulement rôtie au feu. » (Exode 12, 8-9)

Pourquoi tant d’insistance sur le mode de cuisson du sacrifice de Pessa’h ? Pourquoi ne peut-il être mijoté, adouci par l’eau, comme tant d’autres offrandes prescrites dans la Torah ? Pourquoi seulement rôtie au feu ?

Le feu est l’image du désir, de l’élan qui ne se repose pas, du mouvement vers ce qui nous dépasse. Là où l’eau apaise, le feu consume. Et c’est cela que le korbane Pessa’h vient incarner : un lien avec D.ieu qui ne cherche pas l’apaisement, mais qui embrase. Non pas une relation mesurée, équilibrée, mais une soif brûlante d’absolu, qui ne se satisfait d’aucune étape, d’aucun repos.

Il existe, dans la tradition juive, des offrandes qui représentent la totalité de la création : le premier-né, en tant que commencement, et la dîme, comme aboutissement. Ces deux extrémités englobent l’ordre naturel des choses. On peut y trouver une forme d’harmonie, de cheminement structuré. Mais Pessa’h ne vient pas s’inscrire dans cet ordre. Il le dépasse.

Pessa’h signifie « saut ». Ce n’est pas une progression : c’est une élévation soudaine. Une échappée hors du cadre. Dans ce moment inaugural de notre histoire, D.ieu Lui-même a « sauté » – par-dessus les limites, par-dessus les règles – pour nous libérer. Et Il nous a invités à Le suivre.

Aujourd’hui encore, dans cette longue nuit de l’exil où la lumière semble lointaine, il nous est donné de revivre ce feu. Non pas dans la clarté, mais dans la nuit. Non pas dans la satisfaction, mais dans le manque. Et c’est précisément dans ce manque, dans cette soif de spiritualité et de Divin qui ne se désaltère pas, que réside la vérité la plus profonde de notre lien avec D.ieu.

Car un amour qui n’attend rien en retour est un amour qui touche l’infini.

Lorsque nous vivons ainsi – non pas dans la tranquillité, mais dans le désir ardent de dévoiler la présence divine dans ce monde –, alors nous devenons les porteurs du feu qui éclaire la nuit. Et c’est ce feu-là qui annonce l’aube de la Délivrance.

Chabbat Chalom !

Vos amis @ Fr.Chabad.org