C’est une chose étrange. Nous enterrons nos proches lorsque leur corps ne fonctionne plus. De même, les Juifs enterrent les livres de Torah lorsqu’ils ont perdu leur fonction. Comment cette pratique est-elle apparue ?
Après nous avoir ordonné de détruire toute trace d’idolâtrie, la Torah nous avertit : « Vous n’agirez pas ainsi envers l’Éternel votre D.ieu ».1 Tandis qu’il nous est enjoint de détruire et d’anéantir les autels, et même les « noms » des faux dieux, nous sommes en même temps avertis de ne pas agir de la même manière envers ce qui est porteur de sainteté.
De cette juxtaposition, les Sages déduisent qu’il est interdit d’endommager ou d’effacer quoi que ce soit qui contienne le Nom de D.ieu, tels que les textes de la Torah. Le Talmud enseigne que quiconque efface ne serait-ce qu’une lettre du Nom divin — ou détruit des parties du Temple ou de ses ustensiles — transgresse un interdit de la Torah.2 Cette interdiction inclut aussi la destruction d’écrits saints ou d’objets utilisés dans le service de D.ieu.3
Le Sefer Ha‘Hinoukh met en lumière l’objectif profond de cette mitsva. Nos actions physiques, écrit-il, façonnent notre cœur en profondeur. Lorsque nous traitons les objets saints comme quelque chose de noble et de précieux, nous nous éduquons à percevoir la sainteté dans le monde qui nous entoure. En honorant ce qui est sacré, nous cultivons en nous une crainte plus profonde de D.ieu.4
C’est pourquoi, lorsqu’un texte sacré — tel qu’un siddour usé, un cahier d’étude de la Torah ou des pages contenant le Nom de D.ieu — ne peut plus être utilisé, nous ne nous contentons pas de le jeter. Nous le plaçons dans une gueniza (« remisage ») et nous l’enterrons. Tout comme le corps humain, qui a autrefois servi de réceptacle à l’âme, est rendu à la terre avec honneur, de même une page qui a porté les paroles de la Torah est déposée avec respect.
Il semblerait que nous étendons certaines des pratiques de deuil et d’inhumation appliquées aux défunts aux livres et objets saints. Mais en réalité, c’est l’inverse qui se produit : nous apprenons comment faire le deuil de nos proches à partir de la manière dont nous faisons le deuil d’un rouleau de la Torah. Comme l’enseigne le Talmud :
Rabbi Chimone ben Elazar dit : Celui qui se tient auprès du défunt au moment de la sortie de l’âme est tenu de déchirer ses vêtements. À quoi cela peut-il être comparé ? À un rouleau de la Torah qui est brûlé, pour lequel toute personne présente est tenue de déchirer ses vêtements.5
En honorant ces vestiges de sainteté, nous nous rappelons que le Divin n’est pas confiné aux cieux. Les mots que nous écrivons et la Torah que nous étudions insufflent de la sainteté dans le papier et l’encre matériels, tout comme l’âme donne vie au corps et le rend humain.
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