La Tombe de Rachel est située dans la ville de Bethléem, juste au sud de Jérusalem. Durant des siècles, elle était située sur un bord de route désert, et les descendants de Rachel venaient y épancher leur cœur auprès d’elle, la mère qui demeure dans une tombe solitaire au bord du chemin afin de veiller sur ses enfants souffrants. Rachel demeure une source permanente de réconfort pour ses enfants, intercédant pour eux et obtenant la promesse divine du retour de ses enfants dans leur Terre Promise.

Ce qui rend la Tombe de Rachel exceptionnelle

À la mort de Rachel, Jacob et sa famille ne se trouvaient qu’à une courte distance de Bethléem. Pourtant, il n’amena pas sa femme bien-aimée Rachel dans cette ville pour y être inhumée, ni ne la ramena chez lui à Hébron, mais il l’enterra au milieu de nulle part, au bord de la route.

Pourquoi ?

Telle était la volonté de D.ieu. À l’avenir, après la destruction du Premier Temple en 423 av. l’ère commune, les Juifs seraient expulsés de leurs demeures et contraints à l’exil vers Babylone. Lors de leur marche d’exil, ils emprunteraient cette même route et pleureraient vers Rachel. Ils trouveraient du courage dans sa présence, et elle intercéderait auprès de D.ieu en leur faveur.

Le prophète Jérémie, témoin de ces événements, décrit ce qui s’est passé (Jérémie 31,14) :

Une voix se fait entendre sur les hauteurs,
Des sanglots et des lamentations amères.
Rachel pleure ses enfants,
Elle refuse toute consolation
Car ils ont disparu.

Jérémie nous dit aussi la réponse de D.ieu :

« Retiens ta voix de pleurer,
« Retiens tes yeux de verser des larmes.
« Car ton action sera récompensée et tes enfants reviendront sur leur territoire. »

Selon l’enseignement du Midrash, à cette époque, les autres patriarches, matriarches ainsi que Moïse implorèrent également la miséricorde. Mais D.ieu resta silencieux. Puis Rachel fit entendre sa voix et reçut la promesse de la rédemption.

« Ô Maître de l’Univers », plaida-t-elle. « Souviens-toi de ce que j’ai fait pour ma sœur Léa. Tout le labeur accompli par Jacob pour mon père n’avait pour but que de m’épouser ; cependant, lorsque vint le moment de me tenir sous le dais nuptial, ils ont présenté ma sœur à ma place. Non seulement j’ai gardé le silence, mais je lui ai donné le mot de passe secret que Jacob et moi avions convenu (que nous avions arrangé spécifiquement pour empêcher qu’une autre mariée soit amenée à ma place). Toi aussi, si Tes enfants ont introduit Ta rivale dans Ta maison, garde Ton silence. » Immédiatement, la miséricorde de D.ieu s’éveilla et Il répondit : « Pour toi, Rachel, je ramènerai Israël à sa place. » (Voir aussi Le stupéfiant secret de Rachel)

Kever Rachel tel qu’il apparaissait en 1912.
Kever Rachel tel qu’il apparaissait en 1912.

Elle a renoncé à sa place aux côtés de son mari une seconde fois lorsque, au lieu d’une place dans le caveau familial à Hébron, elle consentit à une sépulture solitaire, au bord d’une route déserte. Elle l’a fait pour veiller sur ses enfants, qui vivraient des dizaines de siècles plus tard.

Rachel incarne l’essence même de la mère juive qui se sacrifie pour notre bonheur et notre sécurité. Ce sentiment d’amour sans limites et de tendresse maternelle est ce qui attire les gens vers sa tombe encore aujourd’hui.

De plus, Rachel elle-même demeura stérile pendant de nombreuses années avant que des enfants ne lui soient accordés. Les femmes souffrant d’infertilité, en particulier, viennent prier auprès de sa tombe.

L’histoire de Kever Rachel

En 2208 (1553 av. è.c.), Jacob revenait avec sa famille à Hébron, après vingt années passées à travailler pour son beau-père à ‘Haran (à la frontière actuelle entre la Syrie et la Turquie). Au cours de leur voyage, Rachel donna naissance à son deuxième fils, Benjamin, et mourut en couches. Au lieu de l’amener au Tombeau des Patriarches à Hébron, Jacob l’enterra sur place, sur la route menant à Bethléem (Efrat).

« Et Jacob érigea un monument sur sa tombe ». Chacun des onze fils de Jacob (hormis le nouveau-né Benjamin) plaça une pierre sur la tombe de Rachel, et Jacob déposa une pierre au-dessus.

Selon l’enseignement du Midrash, la première personne à prier auprès de la tombe de Rachel fut son fils aîné, Joseph, qui n’avait que 7 ans lorsque sa mère mourut. Quand il eut 17 ans, ses frères le vendirent comme esclave. Tandis qu’on l’emmenait en Égypte, il s’arracha à ses ravisseurs, courut à la tombe de sa mère et lui cria : « Mère, ma mère qui m’as mis au monde, réveille-toi, lève-toi et vois ma souffrance. » « N’aie pas peur », entendit-il sa mère répondre. « Va avec eux, et D.ieu sera avec toi. »

Du Ve siècle de l’ère commune jusqu’au milieu des années 1800, la tombe de Rachel était signalée par un petit dôme reposant sur quatre poutres. En 1841, Sir Moses Montefiore et son épouse (qui, comme Rachel, n’avait pas d’enfant) édifièrent des murs autour du dôme et aménagèrent une longue pièce où les visiteurs pouvaient s’abriter des intempéries, se reposer ou prendre une collation. L’image de la tombe de Rachel rendue célèbre à travers les peintures, gravures et photographies est celle de cette structure.

En 1948, les Jordaniens s’emparèrent de la région et les Juifs ne furent plus autorisés à prier auprès de la tombe. Jusqu’alors, la Tombe de Rachel était restée dans un espace ouvert sur le bord de la route, mais à cette époque, les Arabes construisirent leur propre cimetière autour de la tombe, et Bethléem s’agrandit de sorte que la tombe se situait désormais au centre de la ville.

Après la victoire d’Israël lors de la Guerre des Six Jours en 1967, la tombe fut à nouveau accessible aux enfants de Rachel. Durant les trente années suivantes, les Juifs la fréquentèrent, parcourant le court trajet entre Jérusalem et Bethléem, priant sur le site. Une chanson populaire de l’époque promettait : « Tes fils sont revenus vers toi, Mère Rachel, à leur tête Benjamin et Joseph... Nous ne partirons plus jamais d’ici, Rachel. »

Kever Rachel est maintenant entouré d’un complexe protecteur (crédit: Irit Levy).
Kever Rachel est maintenant entouré d’un complexe protecteur (crédit: Irit Levy).

Toutefois, la situation évolua. En raison de la violence de la première Intifada, Bethléem fut remise à l’Autorité Palestinienne, bien qu’Israël maintînt le contrôle du lieu de sépulture lui-même. En 1996, face aux attaques arabes persistantes, le Ministère des Cultes d’Israël construisit une forteresse autour de la petite structure, avec deux tours de garde, des murs de béton d’un mètre d’épaisseur et des barbelés. Les travaux se déroulèrent en dépit de la présence d’émeutiers et de tireurs arabes.

Visiter la Tombe de Rachel aujourd’hui

La Tombe de Rachel ne se trouve qu’à une courte distance en voiture de Jérusalem. Elle est entièrement fortifiée, et seuls les bus et fourgonnettes à l’épreuve des balles sont autorisés à passer entre les barrières de béton de 4,5 mètres de haut qui mènent à la Tombe. À intervalles réguliers de quelques heures, un bus blindé de la compagnie Egged arrive au point de contrôle menant à Bethléem et reçoit alors une escorte militaire. Deux minutes plus tard, le bus arrive au complexe de la tombe et décharge ses passagers dans la structure complètement fermée.

À l’intérieur de la forteresse, l’ancienne petite pièce surmontée d’un dôme, dominée par le grand monument couvert de tissu, conserve une atmosphère accueillante. Les hommes et les femmes, séparés de part et d’autre de la pièce, se recueillent devant le monument couvert de tissu et confient à voix basse leurs souffrances intimes à « Mère Rachel ».

Note : Selon la plupart des décisionnaires halakhiques, il est interdit aux Cohanim d’entrer dans le complexe qui abrite le lieu de sépulture.

Faits intéressants

  • Après avoir inhumé Rachel, chacun de ses fils prit une pierre et la déposa sur sa tombe. Yaakov saisit ensuite une grande pierre et la plaça au-dessus de toutes les autres pierres. Ainsi fut formé le premier monument sur sa tombe. Voilà l’une des raisons de la coutume de placer une pierre sur une tombe après l’avoir visitée.
  • Lorsque Sir Moses Montefiore remodela la tombe, la serrure en fer de la porte fut fabriquée avec des clés uniques. Ces clés étaient réputées pour faciliter les accouchements difficiles, et les femmes en travail, tant juives qu’arabes, les mettaient sous leur oreiller. Après la libération de la tombe en 1967, le grand rabbin d’Israël, le rabbin Goren, se rendit sur les lieux. Un habitant arabe sortit et remit l’une des clés au rabbin Goren, et elle reste dans sa famille jusqu’à aujourd’hui.
  • Haïm Silberstein d’Arutz Sheva a raconté l’histoire de comment la Tombe de Rachel fut sauvée des mains des Palestiniens :
    « Pendant l’administration Rabin, la Tombe de Rachel devait tomber dans la “Zone A”, c’est-à-dire sous contrôle civil et militaire arabe complet. En voyant cela, le membre de la Knesset Hanan Porat décida qu’il devait s’entretenir avec Its’hak Rabin dans l’espoir de lui faire changer d’avis. Alors que Porat se rendait au bureau de Rabin, le membre de la Knesset Rav Menahem Porush lui demanda où il allait. Apprenant que Porat allait plaider la cause de la Tombe de Rachel, Porush demanda à se joindre à la réunion. Au bureau de Rabin, Porat exposa méticuleusement les tenants et aboutissants de la situation sécuritaire à la Tombe et présenta des arguments rationnels qui ne semblaient pas convaincre Rabin.
    « Soudain, Rabin regarda Porush et vit qu’il pleurait. Porush prit les mains de Rabin et, le visage baigné de larmes, dit : “Its’hak, c’est Maman Rachel, Maman Rachel.” À cet instant, Rabin fut ému, et il modifia la carte afin que la Tombe de Rachel demeure sous souveraineté juive. »
  • Lorsque l’épouse de Sir Moses Montefiore, Judith, mourut, il fit édifier un mausolée qui est une réplique de la Tombe de Rachel. Situé à Ramsgate, dans le sud de l’Angleterre, où le couple résidait, il abrite désormais leurs deux tombes.
Sir Moses Montefiore a construit un mausolée pour sa femme et lui-même qui ressemble à la structure qu’il a fait édifier au-dessus de la tombe de Rachel.
Sir Moses Montefiore a construit un mausolée pour sa femme et lui-même qui ressemble à la structure qu’il a fait édifier au-dessus de la tombe de Rachel.