Le grand saint, Rabbi Israël de Rouzhin, fit halte dans une auberge avec plusieurs de ses ‘hassidim pour y passer la nuit. Le lendemain matin, l’un de ses disciples remarqua que l’aubergiste s’affairait à diverses tâches avant de réciter la prière du matin.
« Peut-être devriez-vous prier ? », suggéra l’un des ‘hassidim.
« Il y a de grands Rebbéïm qui prient aussi tard », répondit l’aubergiste.
Le ‘hassid répondit par une parabole : « Lorsque votre épouse vous sert le dîner en retard, vous vous fâchez. Mais si elle vous sert un repas spécial, avec de la viande et des légumes somptueusement préparés, vous lui pardonnez volontiers le retard. En revanche, si elle ne vous sert qu’un simple bortsch, vous estimerez que votre colère est justifiée. »
L’aubergiste répliqua aussitôt : « Quand on aime vraiment sa femme et qu’elle vous aime, on ne se fâche jamais, quel que soit le repas qu’elle vous sert, et quel qu’en soit le moment. »
Certains commentaires interprètent le verset de la lecture de la Torah de cette semaine « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » comme faisant allusion à D.ieu. Cela implique que D.ieu est comme un ami bien-aimé avec qui nous partageons une relation profonde et englobante, un lien qui ne se limite pas à notre manière de prier et d’étudier, mais inclut également la façon dont nous menons tous les aspects de notre vie.
Paracha Kedochim
Notre lecture de la Torah commence par l’injonction « Soyez saints », mais se poursuit avec une variété de commandements, incluant des interdictions concernant le vol, le mensonge, les commérages, le croisement d’espèces animales, la consommation de fruits avant que les plantes qui les portent soient arrivées à maturité, ainsi que des directives relatives aux relations conjugales et aux aliments que nous consommons.
Il en ressort que la sainteté que la Torah exige de nous n’est pas d’un autre monde, mais bien ancrée dans les routines quotidiennes de la vie. Le judaïsme ne souhaite pas que nous soyons des anges, mais des hommes et des femmes saints, des personnes en contact avec la réalité matérielle et qui maîtrisent leur rapport à elle, au lieu de s’en laisser dominer.
Dans chaque élément de l’existence réside une étincelle divine. Être saint signifie chercher à puiser cette énergie divine plutôt que de se laisser absorber par la nature matérielle de l’entité.
Nous avons naturellement tendance à pencher vers deux extrêmes : rechercher la gratification à travers les plaisirs matériels ou les rejeter pour poursuivre un accomplissement spirituel dans un mode de vie ascétique.
Cependant, sur le long terme, aucune de ces approches n’est satisfaisante, ni pour l’homme, ni pour D.ieu. D.ieu ne tire certainement aucun plaisir des excès matériels. Et, en fin de compte, l’homme non plus n’en est pas satisfait. Au fond de lui-même, il aspire quelque chose de plus dans la vie que la simple satisfaction de ses désirs. Manger, boire, et les autres plaisirs des sens ne peuvent lui procurer la satisfaction durable et profonde qu’il recherche.
À l’inverse, l’ascétisme n’est pas non plus une réponse. D’abord, du point de vue de l’homme, il renie les instincts naturels. Chacun de nous ressent instinctivement que si D.ieu n’avait pas voulu que ces instincts s’expriment, Il ne nous les aurait pas donnés. S’Il avait voulu que nous soyons des anges, Il nous aurait créés ainsi. S’Il nous a faits avec des corps physiques et des penchants matériels, c’est bien la preuve qu’ils font également partie de Son dessein.
C’est pourquoi l’ascétisme n’est pas acceptable non plus pour D.ieu. Nos Sages enseignent qu’Il a créé le monde parce qu’Il désirait une demeure dans les mondes inférieurs. En d’autres termes, la dimension matérielle de notre existence constitue un élément intégral de Sa volonté créatrice.
Cela étant, Il n’a pas créé le monde matériel pour que nous en jouissions sans retenue. Il s’est investi dans le domaine matériel, y insufflant des étincelles de sainteté dans chaque entité. Ce qu’Il souhaite, c’est que nous révélions ces étincelles en utilisant ces entités matérielles selon Son dessein.
Mais comment l’homme peut-il connaître l’intention divine ? S’appuyer uniquement sur son intuition est une tâche difficile, voire impossible. Nous sommes des mortels, et il n’est pas réaliste d’attendre de nous que nous sachions comment apprécier et canaliser l’énergie spirituelle qu’Il a investie dans chaque chose.
C’est pour cette raison qu’Il nous a donné la Torah. Le mot même de « Torah » dérive du mot horaah qui signifie « instruction ». La Torah est un guide qui nous indique quelles entités matérielles peuvent être élevées et comment les affiner. Les mitsvot et les interdictions qu’elle contient nous offrent des conseils et une direction dans nos efforts pour dévoiler la divinité présente dans le monde qui nous entoure. En particulier, la variété des sujets abordés dans la Paracha Kedochim nous guide dans la révélation de la sainteté présente dans un large éventail d’activités matérielles.
Regarder à l’horizon
La fusion ultime du matériel et du spirituel s’accomplira à l’ère de la Délivrance. À l’heure actuelle, nous savons que chaque entité matérielle contient des étincelles de divinité, mais cette connaissance reste intellectuelle. Lorsqu’on observe l’objet matériel, on ne perçoit que sa forme corporelle. À l’époque de la Délivrance, cela changera, comme le dit Maïmonide : « L’unique occupation du monde entier sera la connaissance de la Divinité. » La réalité matérielle continuera d’exister — il ne s’agit pas d’un monde d’âmes sans corps — mais son lien avec le spirituel sera alors évident. Nous pourrons percevoir l’énergie divine qui donne la vie à chaque créature.
Décrire la nature de la réalité qui prévaudra à l’ère de la Délivrance n’a pas pour seul but de susciter notre désir de voir advenir cette époque. Cela nous donne également la possibilité d’en anticiper l’avènement en vivant déjà aujourd’hui selon cet esprit.
Un tel effort précipitera l’éclosion de cette vérité dans la réalité manifeste. Car lorsque l’homme dirige son attention vers la divinité enfouie dans la création, celle-ci devient plus évidente et plus visiblement reconnaissable.
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