Première lecture – Richone
Le rite de la vache rousse
19:1 À la suite de la rébellion de Kora’h, le peuple demeura à Ritma durant dix-neuf ans, puis erra dans le désert dix-neuf années supplémentaires,1 en dix-huit étapes.2 Tout au long de ces trente-huit ans, Dieu ne promulgua aucune loi. L’événement historique suivant qu’enregistre la Torah est la mort de Miriam, survenue à la fin de cette période. Mais la Torah insère au préalable les lois de la purification rituelle concernant l’impureté provoquée par le contact avec un cadavre. Dieu avait enseigné ces lois le 1er Nissan 2449 ; cependant, elles sont insérées ici pour les lier conceptuellement à la mort de Miriam, nous enseignant ainsi que la mort des justes purifie les vivants au même titre que ces rites.3 L’Éternel parla à Moïse, lui demandant de transmettre ses paroles à Aharon,4 et dit :
2 « Voici le décret primordial de la Torah que l’Éternel t’ordonne de communiquer au peuple. C’est une règle dénuée pour l’être humain de toute justification rationnelle ; ne t’attends donc pas à ce qu’elle ait un sens pour qui que ce soit. Parle aux enfants d’Israël et fais qu’ils prennent pour toi, Moïse, une vache à la peau entièrement rousse, sans défaut, et sur laquelle on n’aura jamais mis de joug.
3 On la remettra à Éléazar, le grand prêtre auxiliaire ; il la conduira hors du camp des enfants d’Israël, et un non-prêtre la sacrifiera en sa présence.
4 Le prêtre Éléazar prendra de son sang avec son doigt et, debout à l’est du camp, face aux entrées de la Tente de la Rencontre et de la cour, en fera sept aspersions vers l’avant de la Tente de la Rencontre.
5 Quelqu’un brûlera alors la vache en sa présence ; il brûlera sa peau, sa chair et son sang, ainsi que sa fiente.
6 Le prêtre prendra un morceau de bois de cèdre, quelques branches d’hysope et de la laine teinte en écarlate à l’extrait du ver [tolaat] approprié, et les jettera sur le feu où la vache est consumée.
Le rite entraîne l’impureté
7 En effectuant ce rite, le prêtre devient impur. Aussi, afin de pouvoir rentrer dans l’enceinte du Tabernacle (c’est-à-dire la cour et la Tente de la Rencontre), il doit tremper ses vêtements et immerger toute sa chair dans de l’eau purifiante – dans un mikvé ou une source d’eau naturelle convenable –, et seulement par la suite, après le crépuscule, il pourra entrer dans la cour, soit le camp de la Présence Divine, car même après son immersion le prêtre et ses vêtements resteront impurs jusqu’au soir.
8 Celui qui la brûle devient également impur. Il doit alors tremper ses vêtements dans de l’eau purifiante et immerger son corps dans de l’eau purifiante, et après son immersion lui et ses vêtements resteront impurs jusqu’au soir.
9 Un homme non impur rituellement recueillera les cendres de la vache et en placera un tiers dans une jarre hors du camp des enfants d’Israël, dans un endroit non impur. Les prêtres utiliseront une partie de ces cendres pour se purifier avant de préparer les cendres d’autres vaches rousses lorsqu’il sera nécessaire. Un autre tiers sera placé dans une jarre à l’extérieur de la cour ; les prêtres s’en serviront pour purifier d’autres personnes. Le dernier tiers sera placé dans une autre jarre à l’extérieur de la cour, non pas pour en faire usage, mais pour les garder en dépôt pour l’assemblée des enfants d’Israël à titre de rappel des cendres qui sont mêlées à l’eau d’aspersion pour la purification, comme on l’expliquera bientôt. Ces cendres ne peuvent être utilisées que pour ce rite de purification.
10 Celui qui recueille les cendres de la vache devient également impur ; aussi, il doit s’immerger lui-même et immerger ses vêtements dans l’eau purifiante, et après son immersion lui et ses vêtements resteront impurs jusqu’au soir. La règle suivante sera un décret éternel pour les enfants d’Israël et pour le converti résidant parmi eux :
L’impureté par contact avec un cadavre
11 quiconque touche le cadavre d’un être humain, une partie d’un tel cadavre d’un volume minimal d’une olive [28,7 ml]5 ou d’un reviit [86 ml] de son sang,6 sera impur pour sept jours au moins.
12 Il peut commencer à compter ces jours depuis le moment où il a cessé d’être en contact avec le cadavre ou tout autre jour ultérieur. Le troisième et le septième jour de son compte, il doit se purifier par aspersion avec un mélange à base de cendres de la vache rousse, comme il sera décrit par la suite. Le septième jour, après avoir été aspergé, il s’immergera et attendra jusqu’au crépuscule,7 et il sera alors libéré de cette impureté. Mais s’il n’en est pas aspergé le troisième et le septième jour, il ne se sera pas libéré de l’impureté.
13 Quiconque touche le cadavre ou une partie (de la mesure établie) du corps d’un être humain qui est mort, ou touche une quantité également établie de son sang et ne se purifie pas en utilisant les cendres rituelles, puis entre dans l’enceinte du Tabernacle, aura rendu impur le Tabernacle de l’Éternel, même s’il s’était immergé dans un mikvé. Cette âme sera retranchée d’Israël : il mourra avant son heure et sans laisser d’enfant.8 L’eau d’aspersion n’ayant pas été aspergée sur lui, il reste impur ; son impureté demeure sur lui en dépit de son immersion.
14 Voici la loi : si une personne meurt dans une tente, quiconque y entre, ainsi que tout ce qui se trouve dans la tente pendant que le cadavre (ou les quantités établies du corps ou de son sang) s’y trouvent encore, seront impurs pour au moins sept jours.
15 Tout récipient en argile ouvert dans la tente n’ayant pas de couvercle scellé sera devenu impur, mais un récipient en argile correctement scellé ne le sera pas. Les récipients en métal deviennent impurs, qu’ils soient fermés ou non. Ceux façonnés en pierre ne contractent pas d’impureté.
16 Par contre, dans un champ ouvert ou toute autre zone dépourvue de clôture, la seule présence du cadavre ne rend pas impur l’individu ; seulement quiconque touche une personne tuée par le glaive, tout autre cadavre, les quantités établies du corps ou de son sang, un os d’homme, une tombe, ou même le dessus ou les flancs d’un cercueil, sera impur pour une période non inférieure à sept jours.
17 Voici comment préparer la solution à asperger sur la personne rituellement impure : un homme non impur rituellement doit prendre pour cette personne impure une partie des cendres de la vache brûlée servant à la purification, les mettre dans un récipient contenant de l’eau de source et les mélanger avec l’eau de source dans ce récipient.9
18 Un homme rituellement non impur prendra de l’hysope, le trempera dans l’eau dans laquelle viennent d’être mélangées les cendres de la vache rousse, et en aspergera la tente, tous les objets, les personnes qui s’y trouvaient, et quiconque aurait touché l’os de la personne morte, la personne tuée elle-même ou le cadavre de quelqu’un mort autrement, ou la tombe.
19 L’homme rituellement non impur en aspergera la personne impure le troisième et le septième jour de son compte, et ainsi il finira de la purifier par ces rites le septième jour. La personne en phase de purification doit ensuite tremper ses vêtements et s’immerger dans l’eau de purification, et alors elle sera rituellement sans défaut le soir.
20 Il a été dit auparavant10 que celui qui entre dans le Tabernacle tout en étant rituellement impur le profane. Il en va de même du Temple : si quelqu’un devient impur et ne se purifie pas avant d’entrer dans le Temple, son âme sera retranchée de l’assemblée – il mourra avant son heure et sans laisser d’enfant –, car il a profané le Sanctuaire de l’Éternel. L’eau d’aspersion n’ayant pas été aspergée sur lui, il est toujours impur.
21 Ce sera pour eux comme un décret perpétuel : quiconque porte l’eau d’aspersion – mais seulement s’il en porte une quantité suffisant à asperger – devient impur, et doit donc s’immerger lui-même et immerger ses vêtements ; il deviendra pur après le crépuscule. Quant à celui qui touche simplement l’eau d’aspersion, il devient également impur ; ainsi, il devra s’immerger, et restera impur jusqu’au soir,11 mais ses vêtements ne seront pas devenus impurs et n’ont donc pas besoin d’être immergés.
22 Tout ce que la personne devenue impure par contact avec un cadavre touchera deviendra impur, et quiconque touche une telle personne deviendra impur, mais seulement jusqu’au soir, car, en touchant la personne qui est entrée en contact avec un cadavre, il a contracté un type d’impureté dérivé. »
La mort de Miriam et ses suites
20:1 La Torah reprend à présent le récit historique. Ce ne fut qu’à la mort de tous ceux qui avaient participé à la faute du veau d’Or qu’il fut possible de reprendre le voyage vers la terre d’Israël. La première station sur cette étape de leur voyage, la dix-huitième depuis leur départ de Ritma, fut la ville de Kadech, située à la lisière d’Édom. Toute l’assemblée des enfants d’Israël destinés à entrer en terre d’Israël arriva au désert de Tsin le premier jour de Nissan, le premier mois, en l’an 2487, et le peuple demeura à Kadech. Le 10 Nissan,12 Miriam y mourut de la mort douce qui sera décrite plus loin13 comme « le baiser de Dieu », et y fut enterrée.
2 À présent que Miriam n’était plus de ce monde, le puits qui par son mérite avait accompagné le peuple dans ses voyages s’épuisa. L’assemblée n’avait pas d’eau ; alors, tous à l’exception de la tribu de Lévi14 se rassemblèrent contre Moïse et Aharon.
3 Le peuple se querella avec Moïse et dit : « Si seulement nous étions morts par la peste, tout comme nos frères périrent dans la rébellion de Kora’h15 lorsqu’ils fautèrent devant l’Éternel, la mort par soif étant plus douloureuse encore !
4 Pourquoi avez-vous conduit l’assemblée de l’Éternel dans ce désert pour que nous et notre bétail y mourions ?
5 Pourquoi nous avez-vous fait sortir d’Égypte pour nous amener dans ce mauvais pays ? Ce n’est pas une terre où l’on peut planter des graines ni un endroit de figuiers, de vignes ou de grenadiers ; et il n’y a pas d’eau à boire ! »
6 Moïse et Aharon s’écartèrent de l’assemblée dans la direction de la cour, hors de l’entrée de la Tente de la Rencontre, et ils tombèrent sur leurs faces et prièrent Dieu de fournir de l’eau au peuple. La gloire de l’Éternel leur apparut comme auparavant, dans la nuée.
Deuxième lecture – Cheni
7 L’Éternel parla à Moïse, disant :
8 « Prends le bâton d’Aharon de devant l’Arche,16 réunis l’assemblée, toi et ton frère Aharon, et parlez, en leur présence, au rocher qui vous a fourni de l’eau jusqu’à présent afin qu’il offre son eau par votre mérite. Tu feras ainsi couler pour eux de l’eau du rocher et tu désaltéreras l’assemblée et leur bétail. »
9 Moïse prit le bâton de devant l’Éternel, comme Il lui avait ordonné.
Le rocher fournit de l’eau
10 Moïse et Aharon rassemblèrent miraculeusement toute l’assemblée dans l’espace minuscule qui s’étendait devant le rocher, mais le rocher dont l’eau avait jailli auparavant avait roulé et s’était confondu parmi les autres après s’être tari, de sorte que Moïse n’eut pas le moyen de le reconnaître. Le peuple lui dit alors : « Quelle différence cela fait-il de savoir de quel rocher puiser de l’eau pour nous ? » En pointant un au hasard, Moïse leur dit, avec colère17 : « Écoutez, vous les sots et rebelles, c’est vous qui nous direz à Aharon et à moi quoi faire ? Croyez-vous que nous puissions faire sortir pour vous de l’eau de ce rocher ou de n’importe quel autre sans que Dieu nous l’ait indiqué ? »
11 Moïse et Aharon se mirent alors à chercher le rocher d’origine. Prenant à tort un autre rocher pour le premier, ils lui parlèrent et, bien entendu, rien n’arriva. Ils se dirent : « Il se peut qu’on doive le frapper, tout comme il nous a été dit de frapper le rocher original lorsqu’il fit jaillir de l’eau pour la première fois. »18 Moïse leva la main et, par un acte de Providence divine, frappa le rocher original de son bâton. Il le frappa deux fois, car, étant donné que Dieu lui avait ordonné de parler au rocher et non pas de le frapper, celui-ci n’était pas préparé pour ce type d’approche, et livra tout d’abord à peine un filet d’eau. Il le frappa une seconde fois, et ensuite il en sortit de l’eau en abondance, et l’assemblée et leur bétail burent. La source d’eau fut ainsi restituée au peuple. Elle continua à fournir de l’eau jusqu’à la mort de Moïse.19
12 L’Éternel dit à Moïse et Aharon : « Si vous aviez tenté de parler aux rochers, confiant que Je vous mènerais au bon, Je l’aurais fait. Alors le rocher aurait donné de l’eau et le peuple aurait appris à Me vénérer, car tous se seraient dit : “Si ce rocher muet, sourd et qui se suffit à lui-même obéit à la volonté de Dieu, à plus forte raison nous-mêmes, qui pouvons comprendre pourquoi Lui obéir et qui avons besoin de Son aide !” Cela aurait évité toute nouvelle tentative de rébellion de leur part.20 Mais puisque vous n’avez pas eu assez de foi en Moi pour Me sanctifier aux yeux des enfants d’Israël, Je dois leur apprendre à Me témoigner du respect en vous punissant de n’avoir pas suivi Mes ordres. Ils apprendront ainsi que les rébellions contre Moi ont leurs conséquences. Aussi, Je jure21 que vous n’amènerez pas cette assemblée dans le pays que Je leur ai donné. Il est vrai que jadis Je vous avais dit que vous ne conduiriez pas le peuple dans le pays,22 mais vous auriez pourtant été capables de modifier Mon décret par la prière. À présent, cela n’est plus possible. »
13 Cette eau, qui mena à la mort de Moïse dans le désert, est l’eau que virent les astrologues de Pharaon lorsqu’ils annoncèrent que le libérateur des enfants d’Israël trouverait sa fin par son intermédiaire.23 Elle devint connue comme « l’eau de la querelle » [mei meriva] parce qu’elle fut tirée du rocher après que les enfants d’Israël se prirent de querelle contre l’Éternel. Il fut sanctifié à travers cette eau par le châtiment qu’Il infligea à Moïse et Aharon pour avoir désobéi à Ses ordres concernant la façon de faire sortir l’eau du rocher.
La confrontation avec Édom
14 L’épisode de l’eau passé, les Juifs furent en mesure de reprendre leur voyage vers la terre d’Israël. Comme ils se trouvaient à la frontière d’Édom et qu’ils n’avaient plus le droit de conquérir le pays,24 il leur fallait le contourner ou bien négocier afin d’obtenir la permission de le traverser. Dieu indiqua à Moïse de tenter d’abord l’option la plus directe, et il envoya donc des messagers depuis Kadech au roi d’Édom. Il envoya ces messagers en son nom afin de pousser les Édomites à lui obéir, étant donné qu’à l’époque il était reconnu dans le monde entier comme l’émissaire personnel de Dieu.25 Il dit aux messagers : « Ainsi disent les descendants d’Israël, c’est-à-dire Jacob, le frère de ton ancêtre Ésaü : en tant que frère de Jacob, Ésaü aurait dû partager la responsabilité d’accomplir le décret de Dieu établissant que les descendants d’Abraham devraient vivre en exil en tant qu’étrangers comme une condition pour hériter de la terre d’Israël.26 Mais il décida, au contraire, de fonder son foyer dans un autre pays afin d’être quitte de cette obligation.27 En conséquence, c’est nous qui avons eu à remplir cette condition. Et tu sais toutes les épreuves qui se sont abattues sur nous pour ce motif :
15 nos pères sont descendus en Égypte et nous y avons résidé longtemps. Et les Égyptiens nous ont maltraités, nous ainsi que nos ancêtres, car dans la tombe les patriarches ressentent la souffrance de leurs descendants.
16 Nous avons imploré l’Éternel, car Isaac avait béni notre ancêtre Jacob pour que soient exaucées les prières de sa descendance,28 et Il a entendu notre voix. Dieu a envoyé un émissaire, Moïse, et par voie d’un miracle il nous a fait sortir d’Égypte. Tu vois bien que Dieu a répondu à nos prières, de sorte que tu suivrais un mauvais conseil si tu essayais de nous porter dommage. À présent nous sommes à Kadech, une ville au bord de ta frontière.
17 Puisque tu n’aurais nulle raison de t’opposer à notre plan de prendre possession de la terre d’Israël, et qu’en outre tu es obligé envers nous par cela même que nous avons rempli l’obligation qui était la tienne d’endurer l’exil, laisse-nous traverser ton territoire. Nous ne passerons pas à travers des champs ou des vignobles, et nous ne boirons pas d’eau du puits qui nous accompagne dans nos voyages et qui est la source qui nous désaltère en permanence. Au lieu de cela, comme il convient à de bons hôtes, nous t’achèterons de la nourriture et des boissons afin que tu puisses tirer un bénéfice commercial de notre passage. Nous marcherons le long de la voie principale, la voie royale, et nous musèlerons nos bêtes pour ne pas leur permettre de tourner à droite ou à gauche paître dans tes champs jusqu’à ce que nous ayons traversé ton territoire. »
Édom leur refuse le passage
18 Le roi d’Édom lui répondit : « Tu ne passeras pas par mon pays, sinon je sortirai à ta rencontre par l’épée ! Tout comme tu t’enorgueillis de la bénédiction qu’Isaac accorda à ton ancêtre Jacob, je m’enorgueillis de celle qu’il donna à mon ancêtre Ésaü : vivre par l’épée. »29
19 Pensant que la raison pour laquelle les Édomites leur refusaient le passage était que Moïse avait envoyé des émissaires en son propre nom et qu’à leur avis Moïse n’était pas en mesure d’assumer la responsabilité des actions du peuple entier, les enfants d’Israël envoyèrent au roi d’Édom des émissaires supplémentaires.30 Ils lui dirent : « Nous resterons sur le chemin, et si nous ou notre bétail buvons de votre eau, nous en paierons le prix. Il n’y a vraiment rien à craindre ; nous passerons à pied. »
20 Mais le roi d’Édom dit : « Vous ne passerez pas ! », et Édom sortit à leur rencontre avec une grande force, comptant sur la main puissante qu’Isaac avait reconnue comme l’avantage d’Esaü.31
21 Et Édom refusa à Israël de traverser son territoire, quoique ses sujets vendirent bien de la nourriture aux Hébreux.32 Ainsi, parce que Dieu avait ordonné à Moïse de ne pas livrer bataille contre Édom, Israël s’éloigna de lui.
Troisième lecture – Chelichi
22 Ils partirent de Kadech, et toute l’assemblée des enfants d’Israël destinés à entrer en terre d’Israël arriva au mont Hor [Hor HaHar, « le mont du Mont »], ainsi nommé parce qu’il s’agissait d’un petit sommet juché sur un sommet plus grand, le 1er Mena’hem Av 2487.33
La mort d’Aharon
23 L’Éternel parla à Moïse et à Aharon au mont Hor, à la frontière méridionale d’Édom, disant :
24 « Vous vous êtes fourvoyés en encourageant le peuple à confraterniser avec les Édomites en acceptant qu’ils leur achètent des vivres et de l’eau. Vous auriez dû vous aviser que cela exposerait le peuple à l’influence malsaine de sa culture dépravée.34 Aussi, pour racheter cette erreur, à présent Aharon mourra et rejoindra les ancêtres de son peuple. En tout état de cause, il devait mourir bientôt, car il n’entrera pas dans le pays que J’ai donné aux enfants d’Israël et où ils entreront sous peu parce que vous avez tous les deux désobéi à Ma parole à Kadech lors de l’affaire de “l’eau de la querelle”.35
25 Moïse, console Aharon en lui disant qu’il mourra en voyant son fils Éléazar hériter de sa dignité, tandis que ton fils n’héritera pas de la tienne. Aharon et Éléazar, fais-les monter jusqu’à une des grottes du mont Hor.
26 Vous trouverez là un lit avec une bougie allumée à côté. Entrez dans la grotte ; puis revêts Aharon des vêtements de la grande prêtrise, dépouille Aharon de ces vêtements, et habilles-en son fils Éléazar. Aharon verra ainsi sa dignité de grand prêtre transférée à son fils. Ensuite tu diras à Aharon d’entrer dans le lit, d’étendre les mains et les pieds,36 et de fermer la bouche et les yeux. Alors Aharon sera réuni à ses ancêtres et y mourra. » Ce type de mort sereine est appelé « mort par le baiser de Dieu ».
27 Le cœur serré, Moïse fit exactement comme l’Éternel lui avait ordonné. Ils gravirent le mont Hor en présence de toute l’assemblée.
28 À l’intérieur de la grotte, Moïse revêtit Aharon des vêtements de la grande prêtrise, dépouilla Aharon de ces vêtements, en revêtit son fils Éléazar, puis fit entrer Aharon dans le lit, lui indiqua d’étendre les bras et les jambes, et de fermer la bouche et les yeux. Dieu dit à Moïse qu’il se chargerait Lui-même d’enterrer Aharon, car lui et Éléazar étaient tous deux des grands prêtres et il leur était donc interdit de se rendre rituellement impurs, même pour un parent décédé.37 Moïse et Éléazar quittèrent alors la grotte38 et Aharon mourut là, au sommet de la montagne. Lorsque Moïse vit mourir Aharon, il souhaita mourir tout comme lui, en douceur et sérénité.39 Moïse et Éléazar descendirent alors de la montagne.
29 Toute l’assemblée vit qu’Aharon était mort lorsque Moïse et Éléazar revinrent seuls. Le peuple refusa tout de même d’accepter l’idée que l’homme qui avait arrêté l’ange de la Mort lors de la rébellion de Kora’h40 était lui-même mortel ; aussi, Moïse pria Dieu de les convaincre. Les anges du Ciel leur montrèrent alors une image d’Aharon allongé sur le lit dans la grotte, et c’est ainsi qu’ils acceptèrent les faits. Après la mort d’Aharon, le peuple repoussa une attaque des Amalécites et se replia jusqu’à Mosseirot, une des étapes précédentes, comme la Torah le rapportera aussitôt. Lors de son campement à Mosseirot, l’entière maison d’Israël, hommes comme femmes, pleura pour Aharon trente jours durant,41 car celui-ci s’était dévoué à faire régner la paix entre les gens, et notamment entre les conjoints.
La seconde attaque d’Amalek
21:1 Le roi amalécite d’Arad (celui qui, comme on le verra bientôt, déguisera son peuple en Cananéens), qui vivait dans la partie sud de la terre d’Israël,42 entendit que les nuées de Gloire n’entouraient plus le peuple. Les Amalécites avaient attaqué les Juifs à Refidim,43 et avaient voulu attaquer à nouveau Israël lorsque ses enfants vinrent s’approcher de leur territoire pour tenter d’entrer en terre d’Israël à travers Édom, par la route prise auparavant par les explorateurs,44 et même avant cela, lorsqu’ils avaient vu l’Arche d’Alliance précédant les enfants d’Israël d’une distance de trois journées,45 mais ils en furent dissuadés à l’époque par la présence des nuées de Gloire.46 Or à présent ils interprétaient l’absence de la « garde d’honneur » de Dieu comme une permission tacite accordée par Lui aux autres peuples pour attaquer les Hébreux.47 Néanmoins, les Amalécites savaient que ces derniers possédaient encore leur pouvoir de prière ; ainsi donc, pour rendre leurs prières inefficaces, les Amalécites se déguisèrent en Cananéens, espérant ainsi confondre les Juifs et les faire prier Dieu de les délivrer d’ennemis autres qu’eux. Le roi d’Amalek fit alors la guerre à Israël et leur prit une captive, une femme qui avait été enlevée par les Juifs à Amalek lors de la bataille précédente avec lui et qui, ayant de ce fait le statut d’esclave,48 vivait en dehors des nuées protectrices.49
2 Voyant que ces ennemis déguisés en Cananéens avaient des traits d’Amalécites, Israël fit un vœu générique à l’Éternel, disant : « Si Tu livres ce peuple entre mes mains, qui qu’il soit, je Te consacrerai le butin de ses villes. »
3 L’Éternel entendit la voix d’Israël et livra le « Cananéen » dans sa main. Les enfants d’Israël les anéantirent tous, car il n’y avait aucun moyen de consacrer à Dieu des captifs, et Lui consacrèrent le butin de leurs villes. Ils appelèrent le lieu ‘Horma [« destruction/dédication »].50
Les serpents
4 La mort d’Aharon et cette bataille avec Amalek découragèrent tellement le peuple qu’il décida de retourner en Égypte. Ils repartirent du mont Hor par la route qu’ils avaient suivie, celle de la mer des Joncs. La tribu de Lévi réagit contre cette retraite et poursuivit le reste du peuple, les rattrapant à sept étapes de distance du mont Hor, à Mosseirot. Dans leur effort pour faire cesser la retraite, les Lévites se battirent contre le peuple, et des deux camps périrent en grand nombre51 avant qu’il ne soit décidé d’arrêter le repli et de reprendre chemin vers la terre d’Israël.52 Puis, à Mosseirot, le peuple pleura la mort d’Aharon un mois durant. Ils rebroussèrent chemin de Mosseirot jusqu’au mont Hor, puis reprirent leur route vers la terre d’Israël, continuant vers le sud à travers la vallée de l’Arava53 afin de contourner Édom, et s’arrêtant ensuite à Tsalmona et à Pounon.54 À Pounon55 le peuple se découragea du fait des revers subis au cours de leur voyage.
5 Le peuple parla à la fois contre l’Éternel et contre Moïse, plaçant ce dernier à tort56 sur un pied d’égalité avec Dieu. Ils dirent : « Pourquoi nous avez-vous tous deux fait monter d’Égypte pour mourir dans ce désert, puisqu’il n’y a pas de pain normal, mais seulement de la manne, et qu’il n’y a pas d’approvisionnement d’eau normale, mais seulement le puits qui voyage, et nous sommes lassés de ce pain léger, la manne, que notre corps absorbe miraculeusement sans produire de déchets ?! Cela fait trente-neuf ans que nous en mangeons ; nous craignons qu’elle ne nous explose dans l’estomac ! »
6 L’Éternel dit : « Que le serpent, qui fut puni pour sa calomnie, vienne appliquer le châtiment à ce peuple qui a médit de Moi ! Que le serpent, pour qui tout a le même goût, vienne appliquer le châtiment à ce peuple qui mange le seul aliment ayant toutes les saveurs désirées ! » Il envoya les serpents venimeux contre le peuple et ils mordirent le peuple, et beaucoup d’enfants d’Israël moururent. Le peuple fut également attaqué par d’autres bêtes à la morsure fatale, mais à l’effet plus lent que celui des morsures de serpent.
7 Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons fauté, car nous avons médit de l’Éternel et de toi. Prie l’Éternel pour qu’Il éloigne de nous les serpents ! » Même si le peuple lui avait fait du tort, Moïse lui pardonna sans réserve et pria même au nom du peuple, demandant à Dieu non seulement de pardonner aux Juifs et de cesser de leur infliger un châtiment, mais de les renforcer sur le plan spirituel afin qu’ils rectifient les fautes à l’origine de cette punition.
Le serpent guérisseur
8 L’Éternel répondit à la prière de Moïse et lui indiqua comment réaliser toutes ses requêtes. Il dit à Moïse : « Comme toi, Je leur pardonnerai d’avoir médit de nous. Cependant, afin de les renforcer contre l’acte de fauter, il ne leur suffira pas de se repentir pour cette faute en particulier : ils devront se repentir pour toutes leurs fautes et se consacrer entièrement à Moi. Tant qu’ils n’agiront pas ainsi, les serpents et les autres animaux continueront de les attaquer. Aussi, fais toi-même – autrement dit en te servant de ton argent, pour exprimer à quel point tu pardonnes au peuple et veilles à son bien-être –57 l’image d’un serpent brûlant et place-la sur une perche, et que celui qui aura été mordu par un serpent la regarde. Cela les aidera à réfléchir à la raison de leur souffrance et – en fixant leur regard sur le ciel – à soumettre leur cœur à Moi et se repentir comme il convient. Je les guérirai ensuite des effets rapides de la morsure de serpent. Ceux chez qui le besoin de se repentir est moindre ont été mordus par d’autres animaux ; tout ce qu’ils devront faire est de regarder un tant soit peu l’image du serpent et de penser au Divin ; ceci suffira à les inciter à se repentir comme il convient afin que Je les guérisse, et ainsi eux aussi vivront. »
9 Moïse fit un serpent de cuivre et le mit sur une perche. Il le façonna en cuivre bien que Dieu ne l’ait pas indiqué parce que le terme hébreu pour « serpent » (na’hach) s’apparente au mot « cuivre » (né’hochet). Si un serpent avait mordu un homme et qu’il regardait attentivement vers le serpent de cuivre et soumettait son cœur à Dieu, il guérissait et vivait. Mais si c’était un autre animal qui l’avait mordu, il n’avait qu’à jeter un bref regard sur le serpent et soumettre son cœur à Dieu pour être guéri, comme Dieu l’avait promis.58
10 Les enfants d’Israël partirent de Pounon vers l’orient, contournant la frontière méridionale de Moab, et campèrent à Ovot.
11 Ils voyagèrent ensuite plus à l’est d’Ovot et se tournèrent vers le nord, campant auprès des ruines des Passages, qui sont les ruines situées à côté de la passe menant au mont Nébo, laquelle fait partie du passage allant de la frontière originelle de Moab au territoire des Amoréens. Cette première passe se trouve dans le désert oriental de Moab.
12 Ils voyagèrent vers le nord depuis les ruines des Passages, le long de la frontière orientale de Moab, et campèrent à Divon Gad,59 dans la vallée du fleuve Zéred.
Des miracles à la gorge de l’Arnon
13 Ils voyagèrent plus au nord de là et campèrent à Almon Divlataïma,60 du côté nord de l’Arnon, sur une parcelle de terre contrôlée par les Amoréens qui était dans le désert et s’étendait vers l’est depuis la frontière principale des Amoréens. Ainsi, bien que le fleuve Arnon constitue la frontière moabite, cela n’était vrai que de sa partie occidentale, qui passait entre Moab et les Amoréens. La partie orientale de l’Arnon marquait la division entre le désert que traversaient alors les Juifs (à l’est de Moab) et le territoire des Amoréens, situé au nord de l’Arnon.
14 En ce qui concerne ce campement, il est dit chaque fois que le peuple relate les guerres que l’Éternel a combattues pour les Juifs : « De même que nous racontons quels miracles Il a accomplis pour les enfants d’Israël à la Mer des Joncs, où Il combattit pour eux et où ils n’eurent à rien faire,61 de même nous faut-il raconter les miracles qu’Il a faits pour eux dans les vallées du fleuve Arnon, où Il a également livré bataille contre leurs ennemis à Lui seul.62
15 En effet, le déversement de sang et des membres des Amoréens dans les vallées qui se produisit lorsque la falaise se déplaça vers le sud, vers la demeure d’Ar, la capitale de Moab, et se pencha vers la frontière de Moab.
16 De là, ce déversement de sang et de membres coula dans le puits ; c’est le puits dont l’Éternel dit à Moïse : “Rassemble le peuple, et Je lui donnerai de l’eau.”63
17 Alors, quand ils réalisèrent que Dieu avait fait ce miracle pour eux, Israël récita ce cantique : « Jaillis, source, et montre ce que tu as à montrer ! Et récitons-lui ce cantique !
18 C’est un puits creusé par Moïse et Aharon, nos chefs, taillé par les nobles du peuple à travers Moïse le législateur avec leurs bâtons, et du désert Dieu nous l’a donné en cadeau. C’est un puits qui coule dans les canaux creusés par les chefs de chaque tribu avec leurs bâtons à chacune des étapes afin de fournir de l’eau à leurs tribus.
19 Après qu’il nous fut offert en cadeau, il descendit avec nous dans les vallées ; et des vallées, il monta avec nous jusqu’aux sommets.
20 Depuis les hauteurs, le puits descendra jusqu’à la vallée dans le champ de Moab, là où Moïse mourra, au sommet de la crête du mont Nébo, que l’on peut voir s’élever au-dessus du désert. À son décès il s’arrêtera, et le rocher d’où l’eau coulait64 refera ensuite surface dans la mer de Galilée ; il pourra être vu dans ce lac depuis le désert de la Transjordanie, sous la forme d’un rocher semblable à un tamis flottant dans l’eau ».65 Moïse n’est pas mentionné explicitement dans ce poème : il fut puni ainsi pour avoir frappé le rocher dans sa tentative de restaurer le puits. Le nom de Moïse n’y étant pas mentionné, Dieu ne Se permit pas non plus d’y mentionner le Sien.
Quatrième lecture – Revii
21 Au mois d’Eloul 2487,66 alors qu’il se trouvait à Almon Divlataïma, le peuple s’apprêta à poursuivre la conquête des territoires amoréens. Il y avait deux rois amoréens : Si’hon, qui contrôlait la zone limitée par les fleuves Arnon et Yabok, et Og, dominant les terres situées au nord du Yabok. Bien que Dieu lui ait dit de combattre Si’hon,67 Moïse envoya d’abord des messagers à Si’hon, le roi des Amoréens, pour lui demander au nom de tout Israël de laisser passer le peuple pacifiquement à travers son pays.68 Il ordonna aux messagers de dire :
Si’hon leur refuse le passage
22 « Laisse-nous passer par ton pays. Nous ne dévierons pas dans les champs ou les vignobles, ni ne boirons d’eau du puits qui nous accompagne dans nos voyages et qui est la source qui nous désaltère en permanence. Au lieu de cela, nous t’achèterons des vivres et de l’eau, comme il sied à de bons hôtes, pour que tu tires un bénéfice de notre passage. Nous marcherons le long de la voie royale et nous musèlerons nos animaux, pour les empêcher de paître dans tes champs jusqu’à ce que nous ayons traversé ton territoire. »
23 Si Si’hon leur avait permis le passage, les Juifs n’auraient pas conquis son territoire et auraient poursuivi leur trajet, traversant le Jourdain en direction de Canaan. Car, même si Dieu avait promis ce territoire à Abraham et avait ordonné à Moïse de le conquérir, celui-ci comprit qu’il serait préférable de commencer par la conquête de Canaan. De cette façon, tout territoire conquis par la suite, y compris ceux de Si’hon et d’Og, aurait bénéficié du statut juridique et spirituel de Canaan. En effet, n’eût été la faute des espions, le peuple serait entré dans le pays par le sud et aurait tout simplement conquis Canaan en premier lieu.69 Mais Dieu fit en sorte que Si’hon s’obstine, et il ne permit pas à Israël de traverser son territoire. Si’hon et Og avaient en outre prélevé un tribut aux rois cananéens en échange de leur protection contre les envahisseurs ; aussi, les Hébreux n’eurent d’autre choix que de mener bataille contre Si’hon. Les Amoréens étaient très puissants, et leurs villes étaient fortifiées de tous côtés. Pour épargner aux Juifs d’avoir à combattre les villes une à une, Dieu incita Si’hon à rassembler tout son peuple, et il sortit avec eux dans le désert à la rencontre d’Israël. Il arriva à Yahats et ils combattirent tous à la fois contre Israël.70 Pour prolonger la journée de bataille, Dieu immobilisa le soleil.71
24 Israël le frappa, lui ainsi que son peuple, par l’épée, et s’empara aussitôt de tout son pays, depuis le fleuve Arnon, au nord, jusqu’au fleuve Yabok, et à l’est jusqu’aux Ammonites. Quant à ces derniers, les Juifs ne les combattirent pas, car, comme il a été mentionné,72 la frontière des Ammonites, protégée par l’interdiction de Dieu, était de ce fait trop forte pour eux.
25 Israël prit toutes ces villes, tua tous leurs habitants73 et les pilla,74 et, comme on le verra plus tard,75 les enfants d’Israël (en fait, les tribus de Ruben et de Gad seulement) résidèrent dans toutes les villes des Amoréens, y compris ‘Hechbon et tous ses villages voisins.
26 Car même si ‘Hechbon constituait à l’origine une partie de Moab, et par là interdite aux Juifs, à présent elle était la ville de Si’hon, le roi des Amoréens, car il avait combattu contre le premier roi de Moab, prenant tout son territoire aussi loin au sud que le fleuve Arnon.
27 Si’hon avait réussi à capturer ‘Hechbon à l’aide du prophète non juif Balaam, qu’il engagea afin de maudire la ville. Balaam fut d’abord interprète de rêves, puis devint sorcier et devin. Dieu finit par lui accorder le don de prophétie76 pour que les non-juifs ne puissent prétexter que, si Dieu leur avait donné un prophète comme Moïse, eux aussi auraient accepté la mission divine.77 C’est pourquoi, au sujet de cette guerre, Balaam et son père, Béor (également sorcier et devin), qui s’expriment par des paraboles, dirent : « Venez à ‘Hechbon, Si’hon et les tiens, à présent qu’elle est maudite ! Puisse-t-elle être bâtie et fondée comme la ville de Si’hon !
28 Car, à présent que Si’hon l’a conquise, un feu est sorti de ‘Hechbon, une flamme depuis la ville de Si’hon ; il a consumé Ar, la capitale de Moab, où résident les maîtres des autels du fleuve Arnon.
29 Malheur à toi, Moab ! Tu es perdu, peuple de Kémoch, ton dieu ! Moab a livré ses fils comme des réfugiés et ses filles en captivité à Si’hon, le roi des Amoréens.
30 Leur souveraineté sur ‘Hechbon est détruite ; elle s’est éloignée de Divon. Nous avons dévasté jusqu’à Nofa’h, qui s’étend jusqu’à Meideva. »
31 Israël s’établit alors dans le pays des Amoréens.
32 Après avoir conquis Si’hon, le peuple partit de Almon Divlataïma et campa dans un endroit appelé « Les montagnes des Passes », près du mont Nébo,78 qui, comme il a été mentionné auparavant,79 constituait le passage de la frontière originale séparant Moab des Amoréens. De ce camp, Moïse envoya des hommes espionner Yazeir, la seule ville encore non conquise du territoire de Si’hon.80 Ces espions avaient non seulement décidé de ne pas répéter l’erreur commise par ceux qui furent envoyés depuis Ritma, mais cherchèrent en outre à la rectifier : au lieu de dépasser la portée de leur mission de manière négative, comme firent les premiers espions, ils la dépassèrent de manière positive. C’est ainsi que, bien que Moïse leur ait seulement ordonné d’examiner la région, ils s’appuyèrent sur ses prières et saisirent également ses villages,81 dépossédant les Amoréens qui y vivaient.
La bataille contre Og
33 Le 23 Tichrei 2488 (après Souccot et Chemini Atséret),82 l’armée des enfants d’Israël tourna et se dirigea au nord, par le territoire appartenant jadis à Si’hon, vers le Bachan, la région située au nord du fleuve Yabok qui s’étend jusqu’au mont Hermon.83 Og, le géant, roi de Bachan, sortit à leur rencontre avec tout son peuple pour livrer bataille à Edrei.
34 Moïse craignait de livrer bataille contre Og, car il le croyait protégé en vertu du mérite d’avoir aidé Abraham.84 Mais l’Éternel dit à Moïse : « Ne le crains pas, car ton mérite suffit à contrebalancer le sien. C’est ainsi que Je le livre dans tes mains, lui, tout son peuple et son pays. Tu lui feras ce que tu as fait à Si’hon, le roi des Amoréens qui habitait à ‘Hechbon. »
35 Og arracha du sol une montagne aussi large que tout le camp hébreu afin de la précipiter sur le peuple. En raison de sa tentative de tuer le peuple juif, Og fut privé de tout le mérite qu’il avait gagné grâce au secours apporté à Abraham. Aussi, Moïse n’eut plus besoin de son mérite personnel pour se mesurer à lui ; il s’approcha du géant à titre d’émissaire du peuple, remplissant le devoir collectif des Juifs de se défendre.85 Moïse frappa Og comme suit : Dieu envoya des fourmis creuser un trou dans la montagne que Og portait sur sa tête, et celle-ci s’affaissa autour de son cou. Lorsqu’il essaya de s’en débarrasser, Dieu fit pousser ses dents, de sorte qu’ils vinrent à soutenir la montagne collée à sa tête. En attendant, Moïse prit une énorme hache, sauta en l’air et frappa Og à la cheville. Cet acte suffit miraculeusement à le tuer.86 Le reste du peuple tua les fils d’Og et tout son peuple, ne laissant aucun survivant, prit possession de son territoire et saccagea les villes.87
22:1 Après avoir conquis Bachan, les enfants d’Israël partirent des montagnes des Passes et campèrent dans les plaines de Moab, sur la rive du Jourdain qui fait face à Jéricho. Ces plaines ne faisaient plus partie de Moab ; elles avaient reçu ce nom à l’époque où Moab s’étendait, au nord, au-delà du fleuve Arnon, avant que Si’hon ne conquière ce territoire.
Balak et Balaam
22:2 Balak fils de Tsipor, prince de Madian, vit tout ce qu’Israël avait fait à Si’hon et à Og, les rois des Amoréens.
3 Moab eut une grande peur de ce peuple, car il était nombreux. Et Moab fut dégoûté de la vie à cause de la menace que représentaient les enfants d’Israël.
4 Comme les Moabites savaient que Moïse avait vécu en Madian avant de devenir le chef des Hébreux, ils décidèrent de s’enquérir auprès des habitants de cette contrée des pouvoirs dont il s’était servi pour accomplir ses miracles. Les Madianites collaborèrent avec eux mus par la seule haine, car à l’époque les Juifs ne représentaient pour eux aucune menace. Moab dit aux anciens de Madian : « À présent que nos protecteurs sont partis, cette assemblée nous pillera ; elle dévorera tout ce qui nous entoure, comme le bœuf dévore l’herbe des champs. Que faire ? » Les Madianites répondirent que le pouvoir de Moïse résidait dans sa bouche, autrement dit dans sa capacité d’intercéder auprès de Dieu et de Le prier. Les Moabites recrutèrent alors le prince madianite Balak fils de Tsipor comme une mesure d’urgence afin de parer à la menace d’Israël, et le nommèrent roi de Moab.
Balak envoie chercher Balaam
5 Le pouvoir de Moïse étant de nature spirituelle, Balak comprit que l’emploi de la force militaire contre les Juifs se révélerait inutile, ce qui était d’ores et déjà évident depuis leur victoire sur les puissants rois Si’hon et Og. Balak en déduisit que pour combattre Moïse il lui fallait recourir aux services d’un homme doté de pouvoirs spirituels,88 et lui vint alors à l’esprit le nom du prophète non juif Balaam, bien connu pour l’efficacité de ses malédictions.89 Balak était originaire du lieu de résidence de Balaam (Aram), qui d’ailleurs avait jadis prophétisé que le jour viendrait où il serait roi ; Balak était donc très au courant de ses pouvoirs prophétiques. Ainsi, il envoya des messagers à Balaam fils de Béor dans la ville de Pétor, qui est située sur le fleuve Euphrate à Aram Naharaïm90 – le pays du peuple de Balak –, pour le presser de venir avec la promesse d’une bonne rétribution, disant : « Un peuple est sorti d’Égypte, et voici qu’il a recouvert “l’œil” du pays – c’est-à-dire qu’il a retiré au pays ses gardiens, Si’hon et Og, chargés de le protéger. Et ils sont postés en face de moi, prêts à attaquer.
6 Viens donc, je te prie, et maudis-moi ce peuple, car il est trop puissant pour moi. Peut-être pourrai-je les combattre avec mon peuple et les chasser du pays, ou tout au moins les réduire en nombre, car je sais que celui que tu bénis est béni, et celui que tu maudis est maudit. »
7 Et les anciens de Moab et les anciens de Madian partirent à la rencontre de Balaam avec toutes sortes de charmes magiques entre leurs mains pour qu’il ne puisse prétexter que lui manquaient des instruments pour sa magie, d’autant plus qu’il était déjà célèbre en tant que sorcier avant de devenir prophète.91 Les anciens de Madian décidèrent que, si Balaam acceptait immédiatement, cela serait un signe qu’il pourrait faire quelque chose, et que dans le cas contraire il n’aurait aucune efficacité. Ils vinrent à Balaam et lui transmirent le message de Balak.
8 Balaam savait par voie prophétique que Dieu avait interdit aux Juifs d’attaquer Moab, et que Balak n’avait donc rien à craindre. Néanmoins il ne lui révéla cela pas plus qu’à ses messagers, car il haïssait les Juifs et voulait profiter de l’occasion pour les maudire.92 Il dit aux messagers : « Restez dormir ici la nuit – car, tout comme Il faisait à l’égard des autres prophètes païens, Dieu ne Se révélait à lui que la nuit (furtivement, pour ainsi dire) –93 et je vous rendrai réponse selon ce que l’Éternel m’aura dit. Peut-être me dira-t-Il qu’il me convient d’y aller avec des dignitaires d’un rang plus élevé que le vôtre. » Les nobles moabites restèrent alors avec Balaam, mais les anciens Madianites, au vu des hésitations du sorcier, ne crurent pas à son efficacité et le quittèrent.
Dieu empêche Balaam de partir
9 Dieu vint vers Balaam et dit : « Qui sont ces hommes-là avec toi ? » Dieu Se servait de la question uniquement pour entamer la conversation, mais Balaam en déduisit qu’Il n’était pas toujours omniscient, et fit donc des plans pour maudire les Juifs en Le prenant au dépourvu.
10 Balaam dit à Dieu : « C’est Balak fils de Tsipor, roi de Moab, qui les a envoyés vers moi ; Tu vois que les rois m’estiment, même si Tu ne le fais pas. Balak dit :
11 “Voici que le peuple qui est sorti d’Égypte a recouvert ‘l’œil’ du pays. Viens me les maudire en utilisant le Nom de Dieu : peut-être pourrai-je les combattre et les chasser du monde.” » Balaam haïssait les Juifs encore plus que Balak, car ce dernier lui avait demandé seulement d’invoquer contre eux une malédiction ordinaire qui les éloignerait de Moab, tandis qu’il voulait les maudire en se servant du Nom de Dieu et les anéantir.
12 Dieu dit à Balaam : « Tu n’iras pas avec eux ! » Balaam répondit : « Alors, permets-moi de les maudire ici ! » Dieu dit en retour : « Tu ne maudiras pas le peuple ! » Cherchant à sauver les apparences, il rétorqua : « Alors, permets-moi au moins de le bénir ! » Dieu répondit : « Non, tu ne le béniras pas non plus, car il est déjà béni ; il n’a besoin ni de toi ni de ta bénédiction. »
Cinquième lecture – ‘Hamichi
13 Balaam se leva de bonne heure et dit aux nobles de Balak ce mensonge : « Retournez dans votre pays, car l’Éternel ne me laisse pas aller avec vous, mais seulement avec des dignitaires d’un rang plus élevé que le vôtre. » Il cherchait ainsi à se rehausser à leurs yeux.
14 Les nobles de Moab se levèrent, vinrent à Balak et dirent : « Balaam refuse de venir avec nous. »
Balak insiste auprès de Balaam
15 Balak continua alors à envoyer des dignitaires, plus nombreux et de rang plus élevé que ceux-ci.
16 Ils arrivèrent chez Balaam et lui dirent : « Ainsi dit Balak fils de Tsipor : “Ne te retiens pas, je te prie, de venir à moi.
17 Car je te comblerai d’honneurs et te paierai plus que l’on ne t’a jamais payé pour tes services, et ferai tout ce que tu me diras de faire. Alors, s’il te plaît, viens me maudire ce peuple.” »
18 Balaam répondit et dit aux serviteurs de Balak : « En fait, c’est tout son argent que Balak devrait m’offrir, parce que sans moi il devrait tout dépenser pour des mercenaires afin de combattre les Juifs, et qui sait s’ils réussiraient ? Ma malédiction, cependant, sera infaillible. Néanmoins, quand Balak me donnerait de l’argent et de l’or qui rempliraient sa maison, je ne saurais rien faire de petit ou de grand qui désobéirait à la parole de l’Éternel, mon Dieu. Je ne peux maudire que sous Sa permission. » Acculé par Balak, Balaam dut admettre que sa malédiction était soumise à l’approbation de Dieu. Et il prophétisa ainsi, à son insu, qu’il ne serait pas en mesure d’annuler la bénédiction que Dieu avait accordée aux patriarches.
19 Il reprit : « Et maintenant, même si vous êtes probablement aussi déçus que le premier groupe de délégués, veuillez rester ici la nuit, vous aussi, et je saurai ce que l’Éternel ajoutera encore à ce qu’Il a déjà dit lorsqu’Il me parlera de nouveau. Je suis sûr qu’Il ne me permettra pas de les maudire ; j’espère simplement qu’Il n’ajoutera pas de bénédictions à celles dont ils jouissent déjà. » Ici également, il prophétisa sans le savoir que Dieu accorderait aux Juifs des bénédictions supplémentaires par son intermédiaire.
20 Dieu vint à Balaam la nuit et lui dit : « Si ces hommes sont venus te chercher et que tu es impatient de recevoir ton salaire, va et pars avec eux, mais sache que c’est ce que Je te dirai ce que tu devras faire. »
Le parcours de Balaam
21 En dépit de Ses paroles, le sorcier espérait encore prendre Dieu au dépourvu et maudire le peuple ; ainsi, Balaam se leva de bonne heure et, plein d’enthousiasme devant la perspective de maudire les Juifs, sella lui-même son ânesse. Par son empressement à faire le mal, il cherchait à souligner comment les Juifs s’étaient empressés maintes fois à se rebeller contre Dieu durant leurs quarante années dans le désert, et attirer ainsi sur eux Son jugement défavorable. Mais en réponse, Dieu lui précisa que l’enthousiasme malsain que manifestèrent parfois les Juifs fut contrebalancé par le saint enthousiasme dont fit preuve Abraham lorsqu’il sella lui-même son âne le matin où il partit sacrifier Isaac.94 Ce dévouement passionné, Abraham le légua au peuple juif, devenant ainsi partie intégrante de sa nature. Voici pourquoi, chaque fois que les Juifs agissent à l’encontre de cette nature, il ne s’agit que d’une défaillance temporaire.95 Toutefois, Balaam s’en alla sur son chemin avec les mêmes mauvaises intentions que les dignitaires moabites qui l’escortaient.
22 Dieu S’irrita parce que Balaam s’en allait avec empressement malgré Son avertissement clair et net de ne pas maudire les Juifs. Un ange de l’Éternel se mit sur son chemin pour lui faire obstacle. En bloquant la route de Balaam, Dieu manifestait à la fois Sa colère (signifiée par les obstacles qu’Il lui posait) et Sa miséricorde (car Il l’empêchait de fauter et d’encourir ainsi le châtiment). Balaam chevauchait son ânesse, et ses deux serviteurs étaient avec lui, comme il convient à une personne distinguée.96
L’âne de Balaam voit l’ange
23 Si Dieu accordait aux humains la faculté de percevoir des anges, ils verraient forcément les anges bienveillants comme les exterminateurs. Pour la plupart des êtres humains, la vue des anges exterminateurs serait trop écrasante ;97 aussi, Dieu ne leur donne pas d’habitude la possibilité de les percevoir. Mais, puisque les animaux n’ont pas le libre arbitre et que leur conscience est moins développée que celle des humains, la vue des anges exterminateurs ne les effraie pas, de sorte que Dieu leur permet de les voir.98 Ainsi, l’ânesse de Balaam vit l’ange de l’Éternel posté sur la route, l’épée brandie dans la main. À la vue de l’ange barrant le chemin, l’ânesse s’écarta de la route et alla dans le champ. En empêchant Balaam de rester sur le chemin, ce par quoi il le contraignait à le contourner en allant uniquement à droite ou à gauche, l’ange laissait entendre que, s’il voulait maudire les descendants d’Abraham, il n’avait que deux choix : maudire les descendants d’Ismaël ou bien ceux de Ketoura ; il ne pouvait pas maudire ceux d’Isaac.99 Balaam frappa l’ânesse pour la ramener sur la route.
24 Plus loin, l’ange de l’Éternel se plaça dans un sentier entre les vignes, bloquant la route encore une fois, mais à présent avec un mur de pierre d’un côté et un autre mur de pierre de l’autre côté, de sorte qu’il n’y avait aucun moyen de s’en détourner.
25 L’ânesse vit l’ange de l’Éternel et, comme il barrait presque tout le sentier, se serra contre le mur alors qu’elle passait devant lui. Au cours du passage, elle serra la jambe de Balaam contre le mur, et il la frappa de nouveau. En poussant Balaam à se faufiler par un des côtés du sentier, l’ange laissait entendre que, s’il voulait maudire la progéniture d’Isaac, il n’avait que le choix de maudire les descendants d’Ésaü ; il ne pouvait pas maudire ceux de Jacob.100
26 L’ange de l’Éternel s’avança encore et se plaça dans un lieu étroit, où il n’était pas possible de se détourner à droite ou à gauche, rendant ainsi impossible de passer. À présent l’ange suggérait que, si Balaam voulait maudire les descendants de Jacob, il n’avait aucune chance, car tous ses enfants suivaient loyalement l’appel de Dieu et ne pouvaient donc pas être maudits.101
27 L’ânesse vit l’ange de l’Éternel et s’accroupit sous Balaam. Balaam enragea et frappa l’ânesse d’un bâton.
28 L’Éternel ouvrit la bouche de l’ânesse, lui conférant le don de la parole, et elle a dit à Balaam : « Que t’ai-je fait pour que tu m’aies frappée à trois reprises [regalim] ? » Par le choix des mots prononcés par l’âne, Dieu laissa entendre à Balaam qu’il ne parviendrait jamais à détruire un peuple observant les trois fêtes [regalim] de pèlerinage.
29 Balaam dit à l’ânesse : « C’est parce que tu m’as humilié ! Si j’avais une épée dans la main, je te tuerais sur le champ ! » La réponse de Balaam compromit son prestige aux yeux de la délégation moabite qui l’accompagnait : il s’apprêtait à tuer un peuple entier par le pouvoir de sa parole, mais il lui fallait une arme pour anéantir une simple ânesse !
30 Les délégués moabites demandèrent à Balaam : « Et pourquoi n’as-tu pas pris un cheval au lieu de cet âne ? » Il répondit : « J’ai laissé mon cheval au pâturage pour qu’il y broute. » En entendant cela, l’ânesse dit à Balaam : « Ne suis-je pas ton ânesse personnelle, et n’est-il pas vrai que tu n’as jamais eu de cheval ? » Balaam dit : « Eh bien, si, mais je ne me sers de toi que pour porter des fardeaux. » À cela, l’âne rétorqua : « Ne suis-je pas l’ânesse que tu as toujours chevauchée ? » Balaam dit : « Si, en fait, mais c’était juste une fois ! » L’ânesse poursuivit : « Ne suis-je pas l’ânesse que tu chevauches depuis que tu as commencé ta carrière prophétique et que tu as chevauchée sans cesse jusqu’à présent ? » Balaam ne put le nier. L’ânesse continua : « Ai-je l’habitude d’agir ainsi effrontément envers toi ? » Il dit : « Non. »
Balaam voit l’ange
31 L’Éternel dessilla alors les yeux de Balaam et il vit l’ange de l’Éternel debout sur le chemin, l’épée brandie dans la main, lui laissant entendre par là qu’il avait tort d’essayer d’usurper aux Juifs leur pouvoir de la parole et d’abandonner le pouvoir de l’épée qui avait été accordé aux non-Juifs, et qu’en rétribution Il précipiterait sa mort par le moyen qu’il avait abandonné. Comme on le verra plus tard,102 cela se produisit effectivement. Balaam s’inclina et se prosterna sur sa face.
32 L’ange de l’Éternel lui dit : « Pourquoi as-tu frappé ton ânesse à trois reprises ? Me voici sorti pour te faire obstacle, car j’ai compris que tu t’étais empressé de prendre le chemin afin de t’opposer à moi – ou, pour mieux dire, de t’opposer à Dieu, puisque c’est Lui qui m’a envoyé.
33 Même ton ânesse avait senti que la poursuite de ce voyage allait à l’encontre de la volonté de Dieu ; aussi, quand l’ânesse m’a vu, elle s’est détournée par trois fois. Si elle ne s’était pas détournée de devant moi, non seulement je t’aurais retardé, mais encore je t’aurais tué sur place et je l’aurais laissée vivre, au lieu de la tuer et de t’épargner. Mais à présent, puisque tu n’as pu repousser ses reproches, je dois la tuer pour que les gens ne puissent pas l’identifier comme l’animal qui t’a rabaissé. » Quoique méchant, Balaam était toujours un être humain, et Dieu témoigna ici du respect eu égard sa dignité d’homme. Alors l’ange tua l’ânesse.
32 Balaam dit à l’ange de l’Éternel : « J’ai fauté, car je ne savais pas que tu étais posté sur le chemin devant moi. » Cet aveu était en fait très embarrassant pour lui, car il s’était vanté de ses pouvoirs prophétiques. Cependant, il reprit rapidement l’offensive et dit à l’ange : « Maintenant, si cela te déplaît, je m’en retournerai. Toi, en tant qu’agent de Dieu, tu prétends avoir mes intérêts à cœur et soutiens que j’agis contre Sa volonté, mais c’est Lui qui m’a explicitement permis de le faire ! De même que lorsque Abraham était sur le point d’égorger Isaac et qu’un ange a annulé Son ordre,103 ici également Dieu m’a dit quelque chose et à présent tu Lui désobéis ! »
L’ange avertit Balaam
35 L’ange de l’Éternel dit à Balaam : « Si en dépit de tout cela tu persistes encore, va avec ces hommes et rejoins-les dans leur méchanceté, mais sache que c’est la parole que je te dirai que tu diras. » Ainsi, Balaam s’en alla avec les dignitaires de Balak, toujours aussi désireux qu’eux de maudire les Juifs, et escomptant encore prendre Dieu au dépourvu.
36 Balaam envoya des messagers à Balak pour annoncer son arrivée. Lorsque Balak apprit que Balaam venait, il alla à sa rencontre dans la ville la plus peuplée de Moab. Ceci, afin de l’impressionner par l’ampleur de la destruction que les Hébreux viendraient provoquer. La ville se trouvait à la frontière de Moab, le fleuve Arnon, qui est à la limite septentrionale du territoire de Moab.
37 Balak dit à Balaam : « N’ai-je pas délégué pour toi à plusieurs reprises ? Pourquoi n’es-tu pas venu à moi alors ? Ne serais-je pas en mesure de te faire honneur pour ta satisfaction ? » Par ces paroles, il prophétisa inconsciemment que, comme résultat de cette entreprise, au lieu de recevoir des honneurs Balaam serait écrasé de honte.
38 Balaam dit à Balak : « Me voici à présent venu devant toi ! Mais prends garde : ne va pas croire que j’ai le pouvoir de dire quoi que ce soit ! C’est la parole que Dieu mettra dans ma bouche que je dirai. »
Sixième lecture – Chichi
39 Balaam partit avec Balak, et ils arrivèrent à une autre ville très peuplée, Kiriat ’Houtsot [« La ville aux nombreux marchés de plein air »]. Ils gardaient l’espoir qu’en demandant à Dieu de maudire les Juifs depuis cet endroit, ils seraient en mesure d’éveiller Sa pitié pour une population si nombreuse.
40 Balak égorgea une tête de gros bétail et une autre de menu bétail, qu’il envoya à Balaam et aux dignitaires se trouvant avec lui, en dépit de sa promesse de le combler d’honneurs.104 Se sentant insulté, Balaam entreprit de se venger.105
41 Le matin, Balak prit Balaam et le conduisit jusqu’aux hauteurs où les Moabites adoraient Baal, d’où il vit une partie du campement où séjournait le peuple juif.
23:1 Bien résolu à lui faire payer son avarice,106 Balaam dit à Balak : « Dresse-moi ici sept autels, et prépare-moi sept taureaux et sept béliers. »
2 Balak fit ce que Balaam avait demandé, et Balak et Balaam offrirent un taureau et un bélier sur chaque autel.
3 Balaam dit à Balak : « Reste auprès de ton offrande d’élévation ; moi, je m’en irai méditer. Généralement Dieu ne communique pas avec moi lorsqu’il fait jour,107 mais peut-être l’Éternel communiquera avec moi, même à contrecœur, et me montrera quelque chose que je puisse te rapporter. » Puis il partit, seul et insouciant.
4 Effectivement, Dieu communiqua à contrecœur avec Balaam afin de contrecarrer ses plans de maudire les Juifs. Balaam Lui dit : « Regarde ! J’ai dressé sept autels afin d’annuler le mérite accumulé grâce aux sept autels dressés autrefois par les patriarches,108 et j’ai offert un taureau et un bélier sur chaque autel, alors qu’ils n’offrirent qu’un bélier à la fois. »109
5 L’Éternel mit Son message dans la bouche de Balaam, autrement dit Il lui accorda une vision prophétique. Là Il lui montra qu’il ne réussirait pas à maudire le peuple pour deux raisons : premièrement, parce qu’Il les aime et les protège ; deuxièmement, parce que leurs propres mérites l’emportent sur la force de toute malédiction qu’il pourrait prononcer.110 Et Il dit : « Retourne vers Balak et parle ainsi. »
6 Il retourna vers lui, et voici qu’il se tenait debout près de son offrande d’élévation avec tous les dignitaires de Moab.
Le premier oracle de Balaam
7 Balaam se mit à prononcer sa parabole, et dit : « Depuis Aram m’a fait venir Balak, roi de Moab, depuis les montagnes de l’orient, disant : “Viens me maudire Jacob, viens invoquer la colère de Dieu contre Israël !” Il m’a demandé de me référer aux Juifs par les deux noms de leur ancêtre de sorte qu’il ne subsiste aucun doute quant au destinataire de la malédiction.
8 Mais comment maudirais-je celui que Dieu n’a pas maudit ? Jacob aurait dû maudire Siméon et Lévi pour avoir anéanti la ville de Che’hem,111 et cependant il ne maudit que leur colère, sans les maudire eux-mêmes.112 Lorsque Jacob trompa Isaac et de ce fait mérita d’être maudit, Dieu fit en sorte qu’il soit béni.113 Par la suite, lorsque Dieu fera savoir au peuple la manière dont Il scellera Son alliance avec lui – par des bénédictions et des malédictions –, Il décrira la bénédiction comme étant adressée au peuple, mais ne citera la malédiction que généralement.114 Tout ce que je peux vraiment faire, c’est reconnaître le moment où Dieu est en colère contre les Juifs et profiter de l’occasion pour prononcer ma malédiction. Mais à présent, comment puis-je invoquer Sa colère ? L’Éternel n’a pas été en colère à aucun moment depuis que tu m’as engagé !
9 Car dès leurs débuts en tant que peuple, je les vois robustes comme la cime des rochers par le mérite de leurs patriarches, et je les vois robustes comme des collines par le mérite de leurs matriarches. Tu vois, ils sont un peuple qui, dans le futur ultime, vivra en solitaire, car eux seuls hériteront de la terre.
Il ne sera pas compté parmi tous les autres peuples à l’heure du châtiment. Le fait qu’il jouisse de la bonté de Dieu avec les autres peuples ne sera pas non plus compté et déduit de sa récompense dans le futur, quand il se réjouira solitaire.
10 Par ailleurs, non seulement ce peuple est indifférent aux malédictions en raison de la fermeté qu’il a héritée de ses ancêtres, mais il possède également des mérites et des attributs intrinsèques, ce qui le rend invulnérable. Cette invulnérabilité ne résulte pas de son nombre concret, car, certes, bien que nombreux il est en nombre fini, et l’on trouve des peuples bien plus nombreux que lui. Quelqu’un aurait-il compté les descendants de Jacob en pensant que leur nombre exprimerait la somme totale de leurs mérites ? Avec Sa bénédiction pour qu’il soit innombrable comme la poussière de la terre,115 Dieu signifia que le peuple possède une qualité intrinsèque, essentielle, qui dépasse la simple quantité. Aussi, Dieu les aime inconditionnellement, comme s’ils étaient Ses jeunes enfants. Et qui croirait jamais que la singularité du peuple juif peut s’exprimer par le compte du nombre de personnes faisant partie de l’une des quatre divisions du camp d’Israël ? Sa singularité se fonde sur sa qualité essentielle, que Dieu souligne en répartissant le peuple en quatre divisions distinctes, à l’instar de l’ordonnancement des armées des anges.116 Que je meure comme meurent les justes d’Israël, et que ma fin ressemble à la leur ! »
11 À l’écoute de ces propos, Balak dit à Balaam : « Que m’as-tu fait ! Je t’ai engagé pour que tu maudisses mes ennemis, et voici que tu les as bénis, oui, bénis ! »
12 Il répondit : « N’est-ce pas ce que l’Éternel met dans ma bouche que je dois veiller à dire ? »
Balak change de tactique
13 Balak lui dit : « Tu m’as bien dit que nous ne sommes pas en mesure de maudire tous les Juifs parce qu’en tant que peuple ils jouissent de l’amour protecteur de Dieu, et que leur mérite collectif les rend imperméables aux malédictions. Aussi, je te prie de venir avec moi dans un autre lieu d’où tu pourras les voir ; cependant, tu n’en verras qu’une partie, et pas eux tous. Si tu ne les vois pas tous d’un seul coup, tu les considéreras comme des individus ; alors, puisqu’il y en aura possédant peu de mérites, tu seras à même de me les maudire de là. »117
14 Il le conduisit hors des frontières qui contournaient à l’époque les terres de Moab, au champ des guetteurs, d’où les gardes protégeaient la contrée de l’approche des envahisseurs. Le champ se trouvait au sommet du mont Nébo, là où Moïse ira mourir. Les pouvoirs de divination de Balak étant supérieurs à ceux de Balaam, il fut à même de prévoir que le malheur frapperait le peuple juif à cet endroit précis, mais crut à tort que ceci surviendrait comme conséquence de la malédiction de Balaam. Comme avant, Balak dressa sept autels et offrit un taureau et un bélier sur chaque autel.
15 Balaam dit à Balak : « Reste ici à côté de ton offrande d’élévation, et peut-être que je serai contacté, même à contrecœur, par Dieu ici. »
16 L’Éternel entra de nouveau en contact à contrecœur avec Balaam, et mit un second message dans sa bouche. Dans cette vision, Dieu montra à Balaam que non seulement il lui serait impossible de maudire le peuple, mais que ce dernier mérite en fait d’être béni,118 à la fois pour ses propres mérites et parce que Lui les aime.119 Lorsque Balaam comprit que Dieu Se servirait de lui encore une fois pour bénir les Juifs, il décida de ne pas retourner vers Balak, mais Dieu l’y obligea. Il dit : « Retourne vers Balak et parle ainsi. »
17 Quand il arriva auprès de lui, il se tenait encore debout à côté de son offrande d’élévation, accompagné d’un petit nombre de dignitaires de Moab, les autres étant partis lorsqu’ils comprirent que le sorcier ne réussirait pas à maudire les Juifs. Balak lui dit, d’un ton moqueur : « Qu’a dit l’Éternel ? Après tout, tu n’es qu’une marionnette ; tu ne peux pas faire ce que tu veux. »
18 En réponse à l’ironie de Balak, Balaam chercha à le piquer au vif. Il se mit à réciter sa parabole et dit : « Lève-toi, Balak, et écoute ! Il ne t’est pas permis de rester assis pendant que je te livre le message de Dieu ! Écoute-moi attentivement, fils de Tsipor !
Le second oracle de Balaam
19 Dieu n’est pas un homme pour mentir, ni un mortel pour Se raviser. Il a promis de donner aux Juifs la terre d’Israël, de sorte qu’il est inutile que tu tentes de t’opposer à Sa parole. Crois-tu qu’Il dirait qu’Il ferait quelque chose et ne le ferait pas ? Qu’Il parlerait et ne tiendrait pas Sa parole ?
20 J’ai reçu l’ordre de les bénir ; Il a béni, et je ne peux pas le défaire, parce que
21 j’ai regardé et n’ai trouvé aucun idolâtre parmi eux, les descendants de Jacob, ni aucun ouvrier malhonnête parmi eux, les descendants d’Israël. Cela seul suffit à les rendre dignes d’être bénis. En plus, chaque fois qu’ils transgressent la volonté de Dieu, Il y passe outre : Il ne voit pas de mal, quel qu’il soit, dans les actes des descendants de Jacob, et ne voit aucune perversité dans ceux des descendants d’Israël.120 L’Éternel, leur Dieu, est avec eux même lorsqu’ils Le défient, et dans ces cas également ils conservent l’amitié du Roi.
22 D’ailleurs, ce n’est pas qu’ils sortirent d’Égypte par eux-mêmes, comme tu l’as laissé entendre ;121 Dieu les fit sortir d’Égypte avec la force qu’Il possède du fait de Sa grandeur, de Sa capacité de voler au-dessus des puissances terrestres, et de Son pouvoir sur les démons.
23 Les Juifs sont d’autant plus dignes de bénédictions qu’il n’y a pas de devins d’augures en Jacob et pas de magiciens122 en Israël. Ceci revient à reconnaître qu’il est impropre d’être un devin ; cependant, ce n’est pas la raison pour laquelle moi, étant devin, je ne parviens pas à les maudire : c’est parce qu’ils ont leurs propres mérites, qui les rendent dignes d’être bénis. Dieu manifesta au grand jour Son affection pour eux quand Il leur fit don de la Torah et communiqua avec eux directement. Tout comme Il leur enseigna alors Sa Torah précieuse, Il le fera à nouveau dans le futur messianique, quand Il les assiéra plus près de Lui que Ses anges serviteurs et leur enseignera les leçons de la Torah les plus profondes. Il sera dit alors à Jacob et à Israël par ces anges, lorsqu’ils s’enquerront de ce que Dieu a dit : “Qu’a accompli Dieu ?”, car les Juifs auront un accès à Ses voies plus direct et intime qu’eux.
24 Voici que les Juifs méritent d’être bénis parce qu’ils sont un peuple qui se lève à l’aube comme un lion redoutable, se levant comme un lion pour exécuter la volonté de Dieu sans rien craindre. Les premiers actes qu’ils accomplissent le matin expriment tous leur allégeance absolue à Sa volonté. Ils mettent leurs vêtements aux franges rituelles,123 qui leur rappellent d’observer tous les commandements de Dieu. Ils récitent ensuite le Chéma,124 qui contient les concepts essentiels de la relation du Juif avec Dieu. Ils mettent les tefiline,125 qui leur rappellent la sortie d’Égypte, source de leur liberté spirituelle. Et la nuit, le peuple ne s’allonge pas pour dormir avant de réciter le Chéma. En retour pour le fait qu’il s’est consacré à Lui ainsi, Dieu combat ses ennemis, consume ceux qui cherchent à s’en prendre à lui, et boit le sang de ses ennemis abattus. Puis, il ne s’établira pas dans son pays tant qu’il n’aura pas dévoré sa proie – les peuples qu’il dépossédera – et héritera du butin des morts. Et enfin, Moïse ne mourra pas jusqu’à ce qu’il me tue – moi, sa proie – lorsqu’il tuera les princes de Madian, ce qu’il fera également. »126
25 Balak dit à Balaam : « Ne les maudis pas, mais ne les bénis pas non plus ! Si tu ne peux les maudire, ne dis rien ! »
26 Balaam répondit et dit à Balak : « Ne t’ai-je pas parlé, disant : “Tout ce que l’Éternel me dira de faire, c’est ce que je ferai” ? »
Septième lecture – Chevii
Balak essaie encore
27 Mais Balak eut alors une nouvelle idée, et dit à Balaam : « Viens à présent, je t’emmènerai à un autre endroit. Peut-être Dieu approuvera que tu les maudisses pour moi de là. »
28 Balak emmena Balaam sur la cime de Péor, qui surplombe les déserts, là où les Hébreux succomberaient à l’idolâtrie et seraient punis pour cette conduite.127 Ici également, Balak anticipa qu’à cet endroit le malheur frapperait le peuple juif, et crut que ce serait par l’effet de la malédiction de Balaam.
29 Encore une fois, Balaam dit à Balak : « Dresse-moi ici sept autels et prépare-moi sept taureaux et sept béliers. »
30 Balak fit ce que Balaam lui avait demandé, et offrit un taureau et un bélier sur chaque autel.
24:1 À ce moment-là, Balaam vit qu’il plaisait à Dieu uniquement de bénir Israël et qu’il ne serait pas en mesure de prendre Dieu au dépourvu et Le convaincre de les maudire, de sorte qu’il ne s’en alla pas pratiquer des divinations méditatives afin d’agir sur Dieu pour qu’Il communique avec lui, comme il l’avait fait les autres fois. Au lieu de cela, il décida de mentionner explicitement les fautes passées des Juifs, croyant que sa malédiction s’abattrait ainsi sur eux que Dieu le veuille ou non. Il tourna d’abord son visage vers le désert du Sinaï, où le peuple avait commis la faute du veau d’Or.
2 Balaam leva les yeux de manière à embrasser du regard le camp hébreu en entier et éveiller ainsi dans son cœur la jalousie de leur prospérité. Il supposa que ses sentiments de jalousie pousseraient Dieu à repenser la légitimité qu’avaient les Juifs de bénéficier de cette fortune. Le fait de devenir jaloux à dessein afin de priver autrui de ses biens est appelé « jeter le mauvais œil ».128 Ainsi, Balaam se montra perfidement jaloux, vaniteux129 et cupide.130 Mais lorsqu’il porta son regard vers le camp, il vit Israël résidant selon ses tribus parfaitement rangées, et il comprit que cela n’était possible que parce que le peuple avait scrupuleusement veillé à la fidélité conjugale. De plus, afin de protéger l’intimité de chacun, ils avaient tous dressé leurs tentes de manière à ce que les entrées ne se trouvent pas face à face. Quand il vit à quel point les Juifs prenaient à cœur de contrôler et de canaliser le désir charnel comme il se doit, son attitude changea : son esprit fut en phase avec l’esprit de Dieu, et il décida de les bénir de son plein gré.131
Le troisième oracle de Balaam
3 Il se mit à réciter sa parabole, disant : « Voici la parole de Balaam fils de Béor, la parole de l’homme avec un œil à la cavité ouverte et un œil qui voit.132
4 La parole de celui qui entend les paroles de Dieu, qui voit la vision du Tout-Puissant. Certes, Dieu ne Se révèle à moi que lorsque je suis couché, car d’habitude Il vient à moi la nuit, furtivement, lorsque je suis au lit,133 parce que je suis incirconcis et que la crainte révérencielle de la révélation Divine m’anéantirait,134 et puis cela révulserait à Dieu de Se manifester devant moi si je me trouvais debout. Mais je vois tout de même la vision qu’Il m’accorde, aussi clairement que si j’avais les yeux ouverts.
5 Je voulais mettre en relief les fautes des enfants d’Israël afin que ma malédiction puisse les frapper, mais comment faire ? Que tes tentes sont belles, peuple de Jacob ! Leurs entrées ne sont pas placées face à face, ce qui montre combien tu apprécies la retenue et l’intimité ! Que tes campements sont bons, peuple d’Israël ! Tu es organisé en divisions ordonnées, indiquant ainsi ta maîtrise du désir charnel et ta fidélité conjugale ! Ce mérite l’emporte certainement sur toute autre faute dont tu pourrais être blâmé. Et quoi qu’il en soit, même si tu commettais des fautes, que tes sanctuaires sont bons, peuple de Jacob ! Ton Tabernacle et ton Temple rachètent tes fautes : lorsqu’ils sont dressés, tu y offres des sacrifices pour en racheter certains ; quand ils seront en ruines, ils serviront de garantie pour toi, peuple d’Israël, et rachèteront tous les autres !135
6 Aussi, je te bénis : tes règnes s’étendront loin dans le futur, comme des ruisseaux ; ton olivier et ta vigne fleuriront comme des vergers le long du fleuve ; ta renommée se répandra tel le parfum des aloès qui poussent dans le jardin d’Eden et que l’Éternel Lui-même a plantés, et s’étendra comme la tente du ciel, que l’Éternel Lui-même a dressée ; tes rois seront droits comme les cèdres poussant au fil de l’eau.
7 L’eau coulera de tes puits, autrement dit ta dynastie royale se perpétuera. Ta semence sera abondamment arrosée : ton royaume prospérera matériellement et dominera les autres. Ton premier roi, Saül, sera doué de suffisamment d’audace pour s’élever au-dessus d’Agag, le roi des Amalécites, et le vaincre.136 Les deux rois qui lui succéderont, David et Salomon, accroîtront ta monarchie à tel point que ta royauté sera exaltée et redoutée par les autres nations.
8 Dieu, qui t’a conféré cette grandeur, et qui t’a fait sortir d’Égypte par la puissance qu’Il possède du fait de Sa grandeur,137 consumera les peuples qui sont tes adversaires, écorchera leurs os, teindra Ses flèches dans leur sang et morcellera leur pays.
9 Tu t’établiras et tu habiteras dans ton pays comme un lion vigoureux, comme un lion redoutable que personne n’oserait réveiller. Ceux qui te béniront seront bénis, et ceux qui te maudiront seront maudits. »
Balak repousse Balaam
10 Balak, exaspéré contre Balaam, frappa dans ses mains en signe de frustration. Et Balak dit à Balaam : « Je t’avais appelé pour maudire mes ennemis et voici que tu les as bénis par trois fois !
11 Maintenant, fuis vers ton pays ! J’ai dit que je te comblerais d’honneurs, mais l’Éternel t’a empêché de recevoir le moindre honneur de ma part. »
12 Balaam dit à Balak : « Mais n’avais-je pas dit aux messagers que tu m’avais envoyés au tout début ces mots :138
13 “Même si Balak me donnait de l’argent et de l’or jusqu’à en remplir sa maison, je ne saurais désobéir à la parole de l’Éternel pour faire le bien ou le mal de ma propre volonté ; je ne pourrai répéter que ce que l’Éternel me dira.” » Auparavant, il s’était référé à Dieu comme « mon Dieu », alors qu’ici il n’en fait pas autant, conscient de L’avoir dégoûté et repoussé.
14 Balaam continua : « Et à présent que j’ai perdu la grâce de Dieu et que je perdrai bientôt mes dons prophétiques, j’irai chez mon peuple et deviendrai là-bas tout simplement l’un des siens. Je me servirai de mes talents pour être un devin, à l’égal de mon père.139 Mais en attendant, viens, je te conseillerai sur la manière de vaincre les Juifs. Et, en ce qui te concerne, j’annoncerai ce que ce peuple fera à ton peuple à la fin des jours, c’est-à-dire dans le futur lointain. »
La prophétie de Balaam
15 Il se mit à prononcer sa parabole, et il dit : « Voici la parole de Balaam, fils de Béor, la parole d’un homme ayant un œil à la cavité ouverte et un œil qui voit.140
16 La parole de celui qui entend les paroles de Dieu et sait quand l’esprit du Très-Haut est emporté ;141 de celui qui, tombé avec les yeux ouverts, voit la vision du Tout-Puissant.142
17 Je vois bien les Juifs vaincre Moab, mais pas pour l’heure ; je le distingue, mais pas tout de suite. Aussi, tu n’as pas de raison de te sentir menacé par eux directement ou du fait que ta tentative de te protéger à travers mes services se soit soldée par un échec cuisant. Ils te vaincront au moment précis où une étoile de bonne fortune se lèvera depuis Dieu à l’intention de Jacob ; cela surviendra lorsqu’un roi brandissant un sceptre de puissance surgira du sein d’Israël. Ce roi, David, frappera et anéantira les princes de Moab,143 et entravera également l’autonomie de tous les descendants de Set, c’est-à-dire l’humanité entière, qui est issue de lui (à travers Noé, le seul des descendants masculins d’Adam qui, avec ses enfants, survécut au Déluge). »144
18 Après avoir décrit comment les Hébreux vaincront Moab au temps du roi David, Balaam se tourna vers l’avenir pour relater ce qu’il adviendrait de leurs autres voisins. « Édom sera l’apanage d’Israël ; le mont Séïr, le siège d’Édom, deviendra l’apanage des enfants d’Israël, ses ennemis. Et Israël prospérera.
19 Cela se produira lorsque, outre le roi David, un autre souverain sera issu de Jacob : Machia’h. Il anéantira les restes de Rome, la cité capitale des Romains, les descendants d’Ésaü/Édom. »145
20 Lorsque Balaam vit prophétiquement le châtiment destiné à Amalek, il se mit à prononcer une parabole à son sujet, et dit : « Amalek fut le premier des peuples à attaquer les Juifs, et sa fin sera la destruction éternelle aux mains des Juifs lorsqu’ils exécuteront le commandement de Dieu leur enjoignant de l’anéantir. »146
21 Lorsqu’il vit par prophétie le futur des descendants de Jéthro, les Kéniens,147 qui vivaient à proximité des Amalécites,148 il se mit à réciter une parabole à leur propos et dit : « Que ta demeure est ferme, et ton nid,149 placé en toute sécurité sur le rocher ! Quelques-uns d’entre vous siègent au Sanhédrin, la Haute Cour des enfants d’Israël ! Comment êtes-vous parvenus à mériter cet honneur ? Après tout, votre ancêtre Jéthro siégeait à mes côtés à la cour de Pharaon lorsque nous conseillâmes à Pharaon de les asservir !150
22 Ton mérite te protégera, car, même si la patrie du Kénien sera dévastée, comme ce sera le cas, et que les Assyriens t’enverront en exil en compagnie des dix tribus du nord d’Israël, jusqu’où l’Assyrie te retiendra-t-elle captif ? Tu survivras et retourneras en compagnie des autres exilés. »
23 Après avoir mentionné l’exil assyrien, il se mit à réciter une parabole sur les bouleversements futurs, disant : « Hélas ! Qui survivra alors que Dieu imposera ces choses ? Sennachérib, le roi d’Assyrie, enverra en exil et dispersera tous les peuples vivant dans son empire.
24 Après lui, des navires viendront du pays des Kittites, c’est-à-dire de Rome, et accableront les empires qui succéderont à l’Assyrie, et accableront ensuite ceux situés sur l’autre rive (la rive orientale) de l’Euphrate. Mais à la fin, Rome sera également vouée à la perdition. »
25 Ayant achevé son discours, Balaam se leva, partit et retourna dans son pays, et Balak aussi reprit son chemin. Il retourna à Moab et engagea son peuple dans l’exécution du plan de Balaam visant à conduire les Juifs à fauter. Il fit également appel à l’aide des Madianites, qui consentirent volontiers à envoyer leurs filles pousser à la tentation les hommes juifs. Ils envoyèrent même les jeunes filles issues de leurs maisons princières pour tenter de séduire les Juifs les plus prestigieux.
L’affaire de Baal Péor
25:1 Israël s’établit à Chitim, une région située dans les plaines de Moab.151 La confiance excessive qui devint celle du peuple après le succès de leurs campagnes contre les rois amoréens, et le butin démesuré qu’ils pillèrent réduisirent en eux le sens de la retenue.152 Le peuple commença à fréquenter les marchés que Balak avait dressés suivant le plan de Balaam. En peu de temps, les hommes finirent par s’égarer avec les filles des Moabites.
2 Les jeunes filles moabites invitèrent le peuple aux offrandes de leurs dieux, et 157 200 hommes du peuple consommèrent les offrandes et se prosternèrent devant leurs dieux sur l’insistance des filles moabites. Chaque fois qu’une jeune moabite séduisait un homme juif et qu’ils étaient sur le point de passer à l’acte, la femme sortait une idole d’entre ses vêtements et lui demandait de l’adorer d’abord. L’idole moabite était nommée Baal Péor (« le maître de la nudité ») parce que ses adorateurs la vénéraient en se déshabillant devant elle pour faire leurs besoins.
3 Ainsi, grâce au plan de Balaam, Israël devint attaché à Baal Péor. L’Éternel s’emporta contre Israël et déclencha une plaie en son sein, qui frappa les innocents comme les coupables.153
4 Pour arrêter la plaie, l’Éternel dit à Moïse : « Prends tous les chefs du peuple et rassemble-les pour former un tribunal destiné à juger ceux qui ont adoré l’idole. En règle générale, pour juger les idolâtres il faut des témoins, mais ici les coupables ont fauté en privé, à l’intérieur des tentes moabites. Aussi, afin de permettre aux juges de les traduire en justice et de porter une sentence contre eux, Je ferai reculer les ombres qui abritent les coupables et le soleil les éclairera directement. Vous lapiderez les coupables et les pendrez154 devant l’Éternel, à la face du soleil, afin que chacun puisse les identifier clairement et apprendre à ne pas imiter leurs actes. Alors la colère de l’Éternel se détournera d’Israël et la plaie cessera. »
5 Les 157 200 Juifs qui étaient coupables furent ainsi exposés au grand jour, jugés et condamnés. Moïse dit alors aux 78 600155 juges d’Israël : « Chacun de vous tuera deux des hommes qui se sont attachés à Baal Péor par lapidation et pendaison. »
6 L’homme hébreu appelé Zimri fils de Salou vint et amena la Madianite portant le nom de Kozbi fille de Tsour à ses frères, assemblés alors aux yeux de Moïse. Il défia Moïse aux yeux de toute l’assemblée des enfants d’Israël. Dieu fit que Moïse et le peuple entier156 oublient la loi enseignant comment agir dans un tel cas ; voyant ainsi leur guide impuissant à arrêter cette insurrection, les Hébreux loyaux se mirent à pleurer à l’entrée de la cour de la Tente de la Rencontre. L’incapacité de Moïse à agir sur le moment contrastait fortement avec sa vive et tranchante réaction lors de la faute du veau d’Or. En réalité, Dieu fit oublier la loi à tous dans le but que le petit-fils d’Aharon, Pin’has, puisse relever le défi et gagner la distinction qu’il méritait.
MAFTIR
Pin’has prend l’initiative
7 Pin’has fils d’Eleazar, fils d’Aharon le prêtre, vit agir Zimri et dit à Moïse : « Ne nous as-tu pas enseigné que, si quelqu’un voit un homme engagé dans une relation charnelle en public avec une femme non juive et qu’il est animé d’indignation vertueuse, il peut l’avertir et, s’il ne s’arrête pas, l’exécuter sans procès ? » Se rappelant la loi aussitôt,157 Moïse répondit : « Tu as raison ! Si tel est ton cas, alors, puisque tu te rappelles la loi, l’honneur t’appartient de l’exécuter ! » Pin’has se leva alors de l’assemblée et prit une lance dans sa main.
8 Il suivit l’homme hébreu nommé Zimri fils de Salou dans la tente, l’avertit, ainsi que la femme, qu’il s’apprêtait à les tuer pour leur acte, et miraculeusement Zimri et Kozbi ne purent pas se dégager l’un de l’autre (car alors il aurait été interdit à Pin’has de les tuer sans procès). Miraculeusement, il les transperça tous les deux de sa lance ; l’homme hébreu, par son organe reproducteur, et la femme de même, par son organe génital. Zimri n’appela pas à l’aide. Autres miracles : Pin’has souleva les deux, transpercés par sa lance, et ils ne glissèrent pas ; un ange souleva l’entrée de la tente pour que Pin’has puisse les amener au-dehors dans la condition où ils se trouvaient, afin qu’il soit évident pour tous qu’il les avait tués à bon escient. À la vue de Pin’has portant le couple sur sa lance, les partisans de Zimri voulurent l’attaquer ; aussi, la plaie s’intensifia afin de les tuer. S’avisant que la plaie s’était soudain intensifiée et que les gens étaient nombreux à mourir, Pin’has jeta Zimri et Kozbi à terre et pria Dieu de l’arrêter. Ainsi cessa la plaie contre les enfants d’Israël.
9 Ceux qui moururent lors de la plaie furent au nombre de vingt-quatre mille. Le soulèvement de Zimri écrasé, les juges terminèrent d’exécuter ceux qui étaient coupables d’idolâtrie.
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