Faites des communautés

Chers amis,

Ce jeudi 27 février 2014 sera également le 27 Adar I 5774. Flashback.

Le 25 Adar I 5752 (29 février 1992) fut Chabbat Mevarkhim, le Chabbat qui précède et bénit le début du mois suivant. Comme chaque semaine, le Rabbi de Loubavitch tint ce jour-là un Farbrenguen auquel plusieurs milliers de ‘Hassidim assistèrent dans la grande salle du 770 Eastern Parkway.

Trois heures durant, le Rabbi parla, développant une grande variété de thèmes dans la Torah. Lors de brefs intermèdes entre les discours, les ‘Hassidim chantaient et levaient de petits verres en plastique emplis de vin pour dire le’haïm au Rabbi.

Dans l’un de ses discours, le Rabbi évoqua la lecture de la Torah du jour, Vayakhel (Exode 35-38), et celle de la semaine suivante, Pekoudei (Exode 38-40). Pourquoi, demanda le Rabbi, Vayakhel, qui signifie « communauté », précède-t-elle Pekoudei, qui exprime la notion d’« individualité » ? Ne doit-on pas d’abord développer et parfaire les individus avant d’espérer en faire de saines communautés ?

Mais, continua le Rabbi, tel est l’esprit de la Torah : faites des communautés, avant même d’avoir des individus parfaits. Les gens ne sont pas des Lego ou des pièces de machines, qui doivent être entièrement formées avant de pouvoir être assemblées de façon constructive. Les gens sont des âmes, qui recèlent déjà en elles leur potentiel de perfection. Et rien ne permet autant d’exprimer le potentiel d’une âme que d’interagir et de s’unir avec d’autres âmes. Des individus imparfaits, mais réunis dans l’amour et la camaraderie, font des communautés parfaites.

Dès l’issue du Chabbat, un groupe d’érudits (appelés les ‘hozrim, ou « répétiteurs ») se rassembla pour rappeler et transcrire les paroles du Rabbi (car, pendant le Chabbat, aucun dispositif d’enregistrement ne peut être utilisé). Sous 24 heures, les paroles du Rabbi avaient été fidèlement transcrites, traduites dans une demi-douzaine de langues et faxées aux centaines de centres ‘Habad-Loubavitch dans le monde. Les ‘Hassidim du Rabbi avaient de quoi étudier, diffuser et mettre en application jusqu’au Farbrenguen du Chabbat suivant, si le Rabbi ne faisait pas de discours au cours de la semaine (comme c’était souvent le cas).

Mais, le lundi après-midi (le 2 mars1992), alors qu’il priait auprès du tombeau de son beau-père et prédécesseur, le Rabbi eut une attaque cérébrale qui paralysa son côté droit et, pire encore, le priva de la faculté de parler. Il n’y eut pas de Farbrenguen le Chabbat suivant, ni celui d’après.

Deux ans et trois mois plus tard, le Rabbi quitta ce monde dans les premières heures du matin du 3ème jour du mois hébraïque de Tamouz, dans l’année 5754 depuis la création du monde (le 12 juin 1994), laissant une génération orpheline.

Les disciples du Rabbi attendent toujours le prochain Farbrenguen. En attendant, ils font des communautés.