Attendre Machia’h aujourd’hui

Au cœur de l’été, tandis que le monde ralentit, voyage et aspire au repos, le calendrier juif nous fait entrer dans les Trois Semaines. Ces jours portent la mémoire du siège de Jérusalem, de la destruction du Temple et d’un exil qui se prolonge encore. Leur gravité contraste avec la légèreté de la saison. Et ce contraste même nous invite à nous interroger : que signifie véritablement attendre la Délivrance ?

Les dates du calendrier juif ne se bornent pas à commémorer des événements passés. Elles mettent en lumière, avec une intensité particulière, une vérité appelée à nous accompagner tout au long de l’année. Les Trois Semaines nous apprennent ainsi à ne pas considérer l’exil comme une réalité normale. Elles réveillent en nous une douleur qui ne vient pas seulement du souvenir de ce qui fut détruit, mais de la conscience de ce qui manque encore au monde.

Or cette douleur est indissociable de l’espérance.

Attendre Machia’h, ce n’est pas simplement croire qu’il viendra un jour. C’est croire qu’il peut venir aujourd’hui même. Nous le disons dans nos prières, nous l’affirmons parmi les principes de notre foi, et nous sommes appelés à le désirer sincèrement. Pourtant, le jour s’achève et la Délivrance n’est pas encore venue. L’espérance laisse alors place à la déception.

La tentation serait de nous en protéger : espérer moins afin de moins souffrir. Faire de la venue de Machia’h une certitude lointaine, bien réelle, mais privée de toute urgence. Après tout, pourrions-nous penser, lorsqu’il viendra, nous serons prêts à l’accueillir.

Mais le judaïsme ne nous enseigne pas une espérance mesurée, tenue à distance pour éviter d’être déçus. Il nous demande d’attendre de tout notre cœur. Et si la journée s’achève sans que la Délivrance soit venue, il nous appartient d’en ressentir le manque, puis de nous éveiller le lendemain avec la même confiance.

C’est là toute la force spirituelle de cette attente. Elle n’ignore ni la longueur de l’exil ni les déceptions accumulées. Elle les traverse. « Même s’il tarde, je l’attendrai chaque jour. » Non parce que rien ne s’est passé la veille, mais malgré ce qui ne s’est pas encore accompli.

Il en fut ainsi en Égypte. Moïse annonça la délivrance, et le peuple crut. Pourtant, Pharaon alourdit aussitôt le joug, comme si les faits venaient démentir la promesse qui venait de leur être faite. Mais ce recul apparent ne fut pas le signe que la délivrance s’éloignait : il précéda les miracles de la sortie d’Égypte.

Les Trois Semaines nous demandent donc de ne pas laisser notre attente s’émousser. Ressentir l’absence du Temple, ajouter une mitsva, réparer une relation, faire entrer davantage de lumière autour de nous : chacun de ces gestes affirme que l’exil n’est ni notre état naturel ni notre condition définitive.

Même au cœur de ces jours graves, notre regard demeure ainsi tourné vers la promesse des prophètes : ces jours seront transformés en jours de joie et de fête. Non pas dans un avenir indéfini, mais – nous le demandons et l’espérons de tout notre cœur – dès maintenant, avec la venue de Machia’h.

Chabbat Chalom !


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