Bamidbar
Un regard neuf sur l’unité
Nos Sages enseignent qu’à l’approche du Don de la Torah, nos ancêtres furent unis « comme un seul homme, animés d’un seul cœur ». C’est dans cet esprit qu’il convient, pour nous aussi, de nous préparer à Chavouot et au renouvellement de notre acceptation de la Torah et de l’alliance forgée avec D.ieu.
Dans le Tanya, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi pose un regard neuf sur l’unité, un regard qui bouleverse les catégories habituelles de l’expérience humaine. Bien souvent, nous pensons l’unité comme un compromis : il y a ce que l’autre veut, et ce que moi je veux ; ce que D.ieu veut de moi, et ce que moi je voudrais de Lui. Et, dans cette logique, chaque rapprochement suppose que l’un ou l’autre cède une part de soi. On préserve la paix, certes, mais au prix de concessions, d’un certain sacrifice. Même la paix intérieure ressemble aussi à une négociation entre les multiples voix qui nous traversent – l’âme divine, l’âme animale, les aspirations nobles, les élans plus terrestres.
Mais le Tanya enseigne qu’une véritable harmonie est possible, à condition de déplacer le centre de gravité de notre joie : que la source exclusive de mon bonheur soit la joie de mon âme. Il ne s’agit pas d’un simple effort de volonté, mais d’un travail patient de discernement, d’étude, de prière, où l’on apprend à distinguer l’essentiel de l’accessoire. Et parce que l’âme est une parcelle du Divin, elle est par essence unifiée à tout ce qui existe. Dès lors, non seulement le conflit s’apaise, mais chaque élément de la réalité trouve sa juste place dans une harmonie profonde : le monde, loin d’être un champ de rivalités, devient un ensemble où chaque différence participe à un but commun.
Dans notre génération, le Rabbi de Loubavitch a révélé une dimension plus essentielle encore au concept d’unité : l’essence divine ne réside pas seulement dans ce qui unit, mais aussi dans ce qui distingue. Le propre de l’Infini, c’est d’être à la fois Un et multiple, Ciel et terre, spirituel et matériel. Ce n’est donc pas seulement en surmontant les différences que l’on accomplit la volonté divine, mais en reconnaissant que ces différences elles-mêmes sont porteuses du Divin. La véritable unité, selon le Rabbi, n’est pas l’effacement de l’autre ni de sa singularité ; elle est la célébration de la diversité, l’acceptation profonde que chaque particularité, même celle qui semble à l’opposé de la mienne, fait partie d’un même dessein.
Dès lors, aimer son prochain « comme soi-même » ne signifie plus simplement lui accorder le respect ou la tolérance, mais reconnaître en lui une parcelle irremplaçable de l’harmonie universelle. Cette conception bouleverse notre rapport à autrui, au monde, et à nous-mêmes.
Le triste état actuel du monde ne doit pas nous décourager de nous pénétrer de cette vision, au point où celle-ci guide et nourrit notre existence. En effet, « D.ieu a placé le monde dans le cœur de l’homme » (Ecclésiaste 3,11). Ainsi, en vivant au diapason de l’âme de la création, en entrant en résonance avec la vérité divine qui est l’essence de toute chose, nous faisons avancer le monde vers le seuil critique où l’unité intrinsèque émergera pour donner lieu à un monde de bien et d’harmonie universelle.
Avec nos vœux pour recevoir la Torah de nouveau avec joie et inspiration.
Chabbat Chalom et ‘Hag Saméa’h !
Vos amis @ Fr.Chabad.org
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