Vav (ו) est la sixième lettre de l’alphabet hébraïque.
Valeur numérique : 6
Prononciation : « v », « o » et « ou »
Signification : 1. un crochet 2. le mot « et » 3. placé devant un mot, transforme le passé en futur ou le futur en passé
Récit
Une portion de la rivière utilisée comme mikvé pour l’immersion rituelle se trouvait au sommet d’une colline escarpée, aux abords de la petite ville de Premishlan, dans l’ouest de l’Ukraine. Quand le chemin qui y menait était glissant, il fallait faire un long détour autour de la colline, car il était dangereux de monter tout droit. Reb Méir, le Rabbi de Premishlan, prenait toujours le chemin direct, quel que soit son état, et personne ne l’avait jamais vu trébucher ni glisser.
Un jour de neige où les sentiers de montagne verglacés étaient particulièrement dangereux, Reb Méir monta comme à son habitude vers la rivière. Deux jeunes gens de familles fortunées séjournaient dans les environs. Ils avaient subi quelque peu l’influence de la Haskala, le mouvement dit des « Lumières ». Ces jeunes hommes ne croyaient pas aux exploits surnaturels et, voyant Reb Méir gravir comme toujours la colline d’un pas assuré, ils se persuadèrent que le chemin devait être facile à monter.
Pour démontrer la justesse de leur théorie, ils attendirent que Reb Méir ait commencé à s’immerger dans la rivière, puis s’engagèrent avec assurance sur le chemin verglacé qui montait à flanc de colline. Après quelques pas seulement sur ce sentier traître, ils glissèrent et dévalèrent la pente. Leurs blessures nécessitèrent des soins médicaux. Une fois complètement rétabli, l’un des jeunes hommes prit son courage à deux mains et alla poser cette question au tsadik : « Comment se fait-il que personne d’autre ne puisse emprunter ce chemin glissant, alors que le Rabbi y marche d’un pas assuré, sans jamais trébucher ? »
Reb Méir répondit : « Quand on est relié en haut, on ne tombe pas en bas. Méir est attaché en haut ; c’est pourquoi il peut gravir sans peine même une colline glissante. »1
Forme
La sixième lettre de l’alef-beth est le vav.
La lettre vav a la forme d’un crochet.2 Sa forme peut aussi représenter une glissière qui relie un niveau supérieur à un niveau inférieur.
Guématria
La valeur numérique du vav est six. Six représente le lien, comme l’illustrent les anges de la vision d’Ézéchiel, dont les six ailes leur permettaient de s’élever pour s’unir et se relier à D.ieu. Six représente aussi les six livres de la Michna. En étudiant la Torah, on se relie à D.ieu.
Six représente également la plénitude, car une chose entourée sur chacun de ses six côtés – au nord, au sud, à l’est, à l’ouest, au-dessus et au-dessous – est complète. De même, lorsque le peuple juif quitta l’Égypte, D.ieu l’entoura de six nuées de gloire.3 La nuée au-dessus d’eux les protégeait du soleil. Celle du dessous les préservait du sable brûlant du désert. Les quatre nuées qui les entouraient – derrière et devant, à gauche et à droite – formaient un bouclier protecteur. Les flèches et les autres armes dirigées contre eux se transformaient en paille. En outre, les nuées de gloire faisaient aussi office de « tailleur » et de « teinturier ». Chaque soir, les membres du peuple juif retiraient leurs vêtements avant de se coucher. Le lendemain matin, ils les retrouvaient parfaitement propres et repassés. Si quelqu’un prenait quelques kilos, ses vêtements « grandissaient » avec lui. Les Juifs portèrent les mêmes vêtements chaque jour pendant tout leur séjour dans le désert. Ceux-ci s’adaptaient au corps de chacun, sans jamais vieillir ni s’user.4
Le nombre six désigne aussi les six cent mille hommes juifs âgés de 20 à 60 ans qui quittèrent l’Égypte. Il représente également la Torah, car le mot ישראל, Israël, est l’acronyme de יש ששים רבוא אותיות לתורה, « Il y a six cent mille lettres dans la Torah ». Si une seule lettre de la Torah manque, est coupée ou fissurée, à D.ieu ne plaise, le rouleau de la Torah tout entier est déclaré « non casher », impropre à la lecture. De même, si un seul Juif s’écarte du chemin, manque ou est souillé, le peuple juif tout entier s’en trouve lui aussi incomplet.
Nous retrouvons le nombre « six » lorsque le peuple juif était asservi en Égypte et accablé de travaux écrasants. Pharaon conçut de nombreux stratagèmes pour empêcher les Juifs de se multiplier. Pourtant, leur nombre continuait d’augmenter à un rythme incroyable. La Torah nous dit en effet que les femmes juives donnaient naissance à six enfants à la fois.5
Le monde fut créé en six jours – les six jours de la Création. Le premier mot de la Torah, Béréchit (« Au commencement »), est lui-même composé de six lettres : בראשית. De plus, la Torah affirme clairement : « D.ieu créa six jours. »6 Le premier verset de la Torah contient aussi six aleph. Le premier vav de la Torah se trouve au début du sixième mot (véèt). La Création est donc liée au nombre six.
Chacun de ces six jours fut créé au moyen d’un attribut émotionnel différent.7 De plus, la succession de ces six jours correspond à l’affirmation du Talmud selon laquelle D.ieu a créé le monde, tel que nous le connaissons, pour qu’il existe pendant 6 000 ans. En examinant chaque jour de la Création, nous pouvons y retrouver chacun des six millénaires et l’attribut qui lui correspond.
Le premier jour de la Création fut celui du ‘hessed, l’attribut de bonté. C’est le jour où D.ieu dit : « Que la lumière soit. » Cette lumière était infinie : elle aurait pu permettre à un homme de voir d’un bout du monde à l’autre. Toutefois, D.ieu la retira par la suite, car Il vit qu’elle pouvait aussi être utilisée à des fins mauvaises. On pourrait à juste titre demander : « Comment pouvait-il y avoir de la lumière dès le premier jour, alors que le soleil et la lune ne furent formés que le quatrième jour de la Création ? » La lumière dont il est question ici est celle que D.ieu conçoit comme la source de la puissance, de la vision, du potentiel et de la bonté dans leur expression ultime.8 En outre, au cours du premier millénaire, qui correspond au premier jour, les êtres humains vivaient extrêmement longtemps : Adam, par exemple, vécut 930 ans. Le ‘hessed représente donc la bonté de D.ieu, tant dans la création de la lumière infinie que dans la vitalité dont Il dota l’homme.
Le deuxième jour de la Création fut imprégné de guevoura, contraction et jugement. C’est le jour où D.ieu sépara les eaux qui emplissaient tout en eaux supérieures et inférieures. Sur le plan historique, le deuxième millénaire vit un jugement sévère s’abattre sur les habitants du monde, à commencer par le Déluge, que D.ieu fit venir pour détruire le monde entier, à l’exception de Noé et de ceux qui se trouvaient dans l’arche. Cette période comprit aussi l’épisode dévastateur de la tour de Babel, au cours duquel une génération entière se révolta et bâtit une tour pour monter jusqu’au trône de D.ieu afin de Le détruire. D.ieu « confondit leur langage »9 faisant naître une cacophonie de 70 langues afin qu’ils ne puissent plus communiquer entre eux. La confusion qui en résulta fut appelée bavel, ou « Babel », un mot qui signifie confus ou obscurci.
Le troisième jour de la Création fut celui de tiféret, beauté et miséricorde.10 Ce jour-là furent créées les fleurs et les herbes, ainsi que toutes les couleurs de l’univers. Au cours du troisième millénaire correspondant, la main miséricordieuse de D.ieu se manifesta dans la délivrance du peuple juif d’Égypte et dans le don de la Torah. La Torah est appelée tiféret, ou beauté. La beauté ne se limite pas à une seule couleur ou à un seul son : elle naît du mélange et de l’harmonisation de couleurs ou de sons différents. De même, la Torah est un mélange harmonieux de commandements positifs et négatifs, ainsi qu’une synthèse des éléments spirituels et matériels de la Création. C’est également durant cette période que nous furent données les mitsvot, les commandements qui nous enjoignent de suivre les voies de D.ieu.
Le quatrième jour de la Création fut celui de netsa’h, victoire et endurance. C’est le jour où D.ieu créa les deux luminaires dans le ciel, le soleil et la lune. C’est au cours de ce millénaire que furent construits les deux Saints Temples. Le Premier Temple était spirituellement supérieur, et donc comparé au soleil. Le Second Temple, comparé à la lune, rayonnait d’une lumière plus faible. En outre, le Talmud11 affirme que netsa’h est associé à Jérusalem, la ville de notre destinée, de notre foi et de notre délivrance ultime.
Le cinquième jour de la Création fut celui de hod. Hod signifie reconnaissance. Il peut aussi désigner la dévastation. C’est le jour où D.ieu créa les « monstres marins » et où l’océan commença à grouiller de créatures. Les oiseaux furent eux aussi créés ce jour-là et commencèrent à voler dans le ciel. Le cinquième millénaire correspondant fut une époque de massacres, d’expulsions et d’épreuves effroyables pour le peuple juif. Le livre des Lamentations dit : « Toute la journée fut dévastatrice. »12 Il nous faut toutefois mettre en balance la dévastation de hod avec le fait que, tout au long de cette époque, le peuple juif reconnut D.ieu avec ferveur. Ce cinquième « jour » fut le millénaire où des milliers de Juifs, mourant pendant les croisades, s’écrièrent : « Chéma Israël – l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. » Même au bord de l’anéantissement, le peuple juif reconnut son Créateur.
Le sixième jour de la Création fut celui de yessod, qui signifie à la fois établir un fondement et nouer un lien. C’est le jour où fut créé Adam, le fondateur de l’humanité. D.ieu façonna d’abord le monde entier, puis y fit entrer l’être humain. Nous en apprenons qu’il nous incombe d’établir un lien entre le domaine matériel et le domaine spirituel, en mettant chaque aspect du monde physique au service de D.ieu.
Yessod représente également le sixième millénaire. Comme l’expliquent les enseignements de la ‘Hassidout, Adam est le prototype de Machia’h, l’homme parfait. Le mot « Adam » s’écrit אדם. L’aleph, dont la valeur numérique est un, représente l’intellect, la première des dix facultés de l’homme. Dalet, deuxième lettre du mot Adam, est la première lettre de dibour, la parole. Mem désigne maassé, l’action.13 Ainsi, Adam, ou Machia’h, sera parfait dans la pensée, la parole et l’action. En outre, le Or Ha’haïm14 écrit15 que les étincelles de la délivrance commencèrent à apparaître dans la cinq centième année du sixième millénaire, soit en 1740 dans le calendrier grégorien. Puisque le Talmud16 affirme que « toutes les échéances fixées pour la venue de Machia’h sont déjà passées », il nous appartient de multiplier les actes de bonté et de bienveillance pour hâter sa venue dès maintenant.
Signification
Le vav ne ressemble pas seulement à un crochet : le mot vav signifie bel et bien « crochet ».17 Un crochet sert à maintenir deux choses ensemble. Il est aussi un moyen de relier le spirituel et le matériel. Comme dans le récit ci-dessus : « Quand on est relié en haut, on ne tombe pas en bas. »
Sur le plan syntaxique, l’ajout d’un vav au début d’un mot lui donne le sens de « et » ; ainsi, véélé signifie « et ces choses ». Dans une phrase, « et » est le crochet qui relie un mot ou une proposition au suivant. En outre, le vav placé devant un verbe le fait passer du passé au futur ou du futur au passé. Par exemple, le mot hébreu haya signifie « c’était ». Le mot véhaya signifie « ce sera ». Le simple ajout du vav transforme le passé en futur. À l’inverse, considérons le mot yehi, qui signifie « ce sera », comme dans « Yehi or »18 – [Et D.ieu dit :] « Que la lumière soit. » Plaçons un vav devant – vayehi –, et le sens devient « La lumière fut », au passé.
Cela nous permet de mieux comprendre un enseignement du Rabbi dans son commentaire du Tanya :19 « La Torah comporte cinquante-trois sections. Toutes commencent par un vav, à l’exception de dix. De même, le Tanya,20 également appelé la Loi Écrite de la pensée ‘hassidique, compte cinquante-trois chapitres dans sa première partie. Tous commencent par un vav, à l’exception de dix. »
Pourquoi dix sections de la Torah et dix chapitres du Tanya ne commencent-ils pas par la lettre vav ? La réponse est peut-être la suivante :
La Torah est souvent comparée à l’eau.21 Tout comme l’eau dévale les montagnes escarpées jusqu’à la vallée sans perdre son essence vivifiante, la Torah nous parvient dans sa forme originelle et essentielle. La Torah a pris naissance au Ciel, émanant de D.ieu, puis elle est descendue – et descend continuellement – jusqu’au monde matériel, sans subir la moindre altération.
Tel est le message de la lettre vav, crochet qui relie le domaine supérieur au domaine inférieur, conduit vertical par lequel la Torah descend jusqu’à l’humanité. Sur le plan historique, la Torah relie aussi les lois et coutumes du passé au présent, et ainsi le présent à l’avenir. À l’image du vav, qui peut faire passer un mot, une phrase ou une idée du passé au futur et inversement, la Torah s’inscrit dans le temps tout en le transcendant. Ses enseignements intemporels font le lien entre la vie aux débuts de la Création et les questions actuelles de notre existence moderne.
On pourrait dire que les dix sections de la Torah et les dix chapitres du Tanya qui ne commencent pas par un vav renvoient aux Dix Commandements et aux dix paroles par lesquelles D.ieu créa le monde.22
Comme l’explique le Zohar :23 « Si un Juif observe les Dix Commandements de la Torah, le monde, qui fut créé par les dix paroles, continuera d’exister. Mais s’il ne les observe pas, à D.ieu ne plaise, le monde retournera au chaos primordial. »
Le vav nous enseigne ainsi l’effet immense que nous exerçons sur le monde lorsque nous sommes reliés en haut et faisons descendre la Torah sur terre dans nos pensées, nos paroles et nos actes.

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