Vous avez peut-être entendu dire que la soukkah est une étreinte divine. Lorsque vous êtes assis dans une soukkah à Soukkot, ces parois et ce toit — c’est D.ieu qui vous prend dans Ses bras.
Ce n’est pas une invention. Cela vient d’une parabole du Baal Chem Tov, rapportée par Rabbi Chmouel de Loubavitch.
En résumé, le roi envoie son fils unique, le prince héritier, découvrir ce qu’est véritablement le monde. Comme il est adolescent, le prince parvient à se débarrasser de son escorte et à s’éclipser vers le pays des Gros Ennuis.
Il finit par arriver dans un pays habité par des gens sauvages et hostiles, qui ne reconnaissent pas son père comme roi, parlent des langues qu’il ne comprend pas et n’acceptent que les espèces. Comme il est adolescent, il devient l’un des leurs.
Bien des années plus tard, il se souvient de son père, de la vie au palais et de sa véritable identité de prince. Il aspire à revenir et entreprend donc le long voyage du retour.
Il finit par arriver aux portes du palais. Il n’a plus du tout l’apparence d’un prince. Pire encore, il n’a aucun moyen de communiquer, car il ne parle plus sa langue natale. Aux yeux des gardes, il n’est qu’un importun ; ils le jettent donc dans un fossé.
Épuisé, brisé et frustré, il fond en larmes. Des profondeurs à vif de son être jaillit soudain un cri puissant : « Papa ! Papa, je suis là ! »
C’est Roch Hachana. Vous êtes le prince. Le cri, c’est le chofar.
Papa, le roi, entend les appels de son fils depuis sa chambre privée, au plus profond du palais. Sans réfléchir, il bondit et se précipite hors du palais, laissant toutes les portes ouvertes et faisant fi de tout protocole.
C’est Yom Kippour.
Le roi saisit son fils et l’emmène sans attendre dans cette chambre intérieure, où il le serre très fort dans ses bras.
C’est Soukkot. La soukkah vous entoure de tous côtés. Vous êtes au cœur d’une étreinte divine. Vous êtes aimé.
Mais enfin, ma maison m’entoure de tous côtés. Les murs et le plafond de mon bureau m’entourent de tous côtés. Le ciel et la terre m’entourent de tous côtés. Qu’a donc de particulier une soukkah ?
À moins, peut-être, que le monde entier ne soit en réalité qu’une gigantesque étreinte de soukkah…
Comment le grand peut être petit
Revenons un peu en arrière. Qu’est-ce donc qu’une étreinte divine ? Que signifie cette idée d’entrer en relation avec le Créateur de l’univers ?
Cela paraît si chaleureux et réconfortant. Cela paraît également absurde. D.ieu est infini. Vous êtes fini. À vrai dire, vous n’avez pas grand-chose en commun — pas vraiment de quoi bavarder autour d’une bière.
Mais ce n’est pas comme si les sympathiques rabbins et rabbaniot qui vous ont parlé de cette étreinte de D.ieu n’avaient pas réfléchi à la question jusqu’au bout. Ils savaient probablement quelque chose que nous n’avons pas encore mentionné. C’est assez contre-intuitif au premier abord, mais cela prend tout son sens lorsqu’on y réfléchit.
La plus grande des grandeurs, c’est la petitesse.
Pensez à un enseignant brillant. Un enseignant intelligent peut expliquer des notions scientifiques de niveau universitaire à des lycéens. Un enseignant extraordinaire peut tout expliquer à un enfant de cinq ans. D.ieu peut faire tenir tout Son être là où Il le décide.
Comme le fait remarquer Rabbi Yo’hanane dans le Talmud :
Partout dans la Torah où vous trouvez mention de la grandeur de D.ieu, vous trouvez au même endroit mention de Son humilité.1
Il est question de la sollicitude de D.ieu envers les pauvres et les opprimés. Mais, comme tous les enseignements du Talmud, celui-ci est une clé qui ouvre plus d’une porte :
Si vous êtes plus ou moins grand, ou d’une grandeur mesurable, ou même vraiment, vraiment grand, alors petit est petit et grand est grand.
Mais si vous n’êtes pas simplement grand, mais Infiniment Grand — enfin, pas vous, mais D.ieu est Infiniment Grand — quelle différence y a-t-il alors entre grand et petit ? Pour Celui qui est Absolument, Infiniment Grand, le grand et le petit sont pareillement insignifiants. Il peut aller où Il veut.
Vu sous un autre angle : la véritable grandeur, c’est de pouvoir choisir où l’on veut être. Et c’est précisément lorsque vous choisissez d’être dans les endroits les plus petits que vous démontrez à quel point vous êtes prodigieusement grand.
Devinez quoi ? Vous avez été choisi. Non parce que vous êtes si grand. Parce que vous êtes si petit. Et plus vous vous faites petit, plus vous serez choisi.
Une interface avec l’infini
Mais comment Le saisir ? Sous quel manteau vient-Il à vous ?
Il vous faut une interface. Une très bonne interface entre le fini et l’infini.
Je sais bien que cela paraît ridicule. Tout étudiant qui a suivi un cours élémentaire de mathématiques sait qu’il n’existe rien entre le fini et l’infini. Mais les interfaces sont le secret du multivers. Elles relient des mondes.
Comme vous et l’appareil sur lequel vous lisez ceci.
Votre appareil pense — enfin, il ne pense pas vraiment, il traite des informations — en numérique. Vous pensez — enfin, nous n’avons en réalité aucune idée de la manière dont les humains pensent, mais nous avons en tout cas abandonné le modèle numérique.
Le fait est que votre psyché humaine, toute douce et floue, est plus éloignée du monde numérique froid et rigide qu’elle ne l’est d’un univers parallèle. Pour fonctionner ensemble, vous avez besoin d’un pont entre les mondes.
Des gens sympathiques de la Silicon Valley ont donc conçu une interface graphique permettant de vous relier l’un à l’autre. Vous touchez de jolies petites cases et les faites glisser sur l’écran, et votre appareil reçoit tous les zéros et les uns dont il a besoin pour traiter les informations et vous recrache le résultat qu’il doit produire.
Voilà une première forme d’interface, jetée sur un profond abîme. Une interface encore plus extraordinaire est bien plus ancienne et enjambe un gouffre encore plus vaste. C’est l’interface entre votre psyché et le reste du monde. Elle s’appelle le langage.
Le langage prend des idées et des émotions brutes et les transmet à votre esprit conscient sous forme de bavardage intérieur, aux autres sous forme de mots, et au monde physique sous forme d’actions porteuses de sens. C’est un pont, une interface véritablement extraordinaire entre le spirituel et le matériel. En écoutant ce bavardage dans votre esprit, vous vous tenez à la lisière du monde matériel, à l’écoute du monde des anges.
Bien, voilà donc deux formes d’interface : l’une entre l’humain et le numérique, l’autre entre le spirituel et le matériel. Quelle est l’interface de D.ieu entre l’infini et le fini ? Où sont les boutons, curseurs, icônes et champs de texte qui nous permettent d’interagir avec notre Créateur infini ? Dans quelle langue nous parle-t-Il ?
La réponse est simple. C’est l’univers dans lequel vous vivez.
Le plan de l’univers
Je parie que vous pensiez que j’allais dire : la Torah. Vous vous disiez que Tzvi Freeman cherche toujours à promouvoir la Torah et les mitsvot. C’est son programme. Tout cela n’était qu’une longue introduction à une nouvelle dose de sa propagande en faveur des mitsvot.
Et maintenant, vous vous dites que Tzvi Freeman n’est peut-être pas si fanatique que cela, finalement.
En réalité, je suis encore plus fanatique que vous ne l’imaginiez.
Je vous dis que tout ce que vous verrez, entendrez, toucherez, sentirez, goûterez ou percevrez d’une manière ou d’une autre — tout ce qui vous affectera de quelque façon que ce soit — n’est rien d’autre qu’une interface par laquelle vous saisissez la sagesse divine et infinie qu’est la Torah.
Comme le Baal Chem Tov le disait souvent, il ne vous arrive rien qui ne soit un commentaire de cette sagesse. Il vous suffit d’ouvrir votre âme à la langue dans laquelle D.ieu vous parle.
Et il n’existe aucune situation de la vie qui ne constitue une occasion d’être enveloppé dans une mitsva — une occasion que vous offrent les boutons et les curseurs de l’interface de la vie.
Qu’apporte la Torah ? La Torah est lumière. Lorsqu’il fait noir, vous ne distinguez plus rien. Vous pourriez mordre votre éponge de cuisine en la prenant pour une part de gâteau. Mieux vaut toujours allumer la lumière avant de grignoter quelque chose à minuit.
C’est tout ce que fait la Torah — elle éclaire la raison d’être de chacun des éléments de cette interface utilisateur, ce qu’ils font et comment les utiliser.
C’est ce que veut dire le Midrash lorsqu’il affirme que D.ieu regarda dans la Torah et créa le monde. Il en conçut chaque atome comme le moyen d’accomplir encore une mitsva, d’apprendre encore une leçon. De recevoir encore une étreinte.
Idolâtrer l’interface
Bien entendu, vous avez le libre arbitre. Vous pouvez décider que L’étreindre ne vous intéresse pas. Vous préférez étreindre l’interface. Faire comme s’il n’existait rien de plus profond que le monde que vous voyez et touchez.
Étreindre l’interface. Ce que l’on appelle aussi l’idolâtrie.
À une époque primordiale, à l’aube de la connectivité numérique, lorsque les connexions par modem étaient la norme et que tout était constamment branché sur une prise murale, c’est alors que le culte des médias interactifs conquit le cœur de bien des âmes pourtant brillantes.
L’idée reçue de l’époque voulait que l’expérience humaine suprême consiste à interagir avec une machine. Les enfants devaient recevoir leur enseignement de machines. Les gens devaient prendre leur bon temps avec des machines.
Cette époque est révolue. Aujourd’hui, nous sommes tous d’accord pour dire que les machines sont là afin de permettre aux gens d’interagir entre eux. Une bonne application sur un bon appareil est celle qui se fait oublier, comme s’il n’existait plus que vous et les personnes avec lesquelles vous interagissez.
Enfin, presque. Nous avons désormais des interfaces d’intelligence artificielle qui se font passer pour humaines, en disant par exemple : « De quoi aimeriez-vous parler avec moi ? »
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ? Parce que la même idolâtrie, le même mauvais usage de l’interface, se reproduit avec l’interface de D.ieu : le monde.
Vous ne comprenez peut-être pas de quoi il retourne dans ce monde. Vous pensez peut-être que c’est une machine amusante avec laquelle interagir. Ou une grande machine effrayante qui se sert de vous pour son propre amusement.
Ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est une interface. Elle n’est pas destinée à être une application indépendante. Immédiatement sous sa surface se trouve l’unité absolue d’un D.ieu infini. C’est à cela que vous voulez accéder à travers elle.
Adorer le monde revient à serrer un manteau dans ses bras en ignorant la personne qui se trouve à l’intérieur.
L’étreinte à l’enfant qui entre en maternelle
La question n’est donc pas de savoir comment une structure frêle, coiffée d’un toit de branches éparses, peut constituer une étreinte divine. La question est plutôt : pourquoi cette structure seulement ? Pourquoi pas le ciel et la terre tout entiers ?
La réponse est qu’il n’existe aucune proximité comparable à celle de la soukkah, aucune étreinte comparable à celle de ces parois frêles et de ces branches éparses.
Le monde qui nous entoure est hostile. Pour parvenir à cette étreinte, il faut lutter, arracher les étincelles de bien profondément enfouies en lui et rejeter les déchets. Alors seulement pouvez-vous accomplir une mitsva, recevoir une étreinte. Alors vous pouvez entendre la Torah vous parler à travers les événements de votre vie.
Mais lorsque vous entrez dans une soukkah à Soukkot, vous êtes entouré par un signal clair et net de sagesse divine. Sa structure même est Torah, jusque dans tous les détails examinés dans le Talmud et le Choul’hane Aroukh. Ces branches là-haut — durant ces sept jours, ce sont des branches saintes, un amour intense venu du plus haut des cieux qui rayonne sur vous.
Il vous suffit de vous asseoir là, de faire ce que vous avez à faire, et vous êtes enveloppé dans une mitsva.
Nous avons besoin de cette expérience une fois par an. Au commencement d’une vie nouvelle, créatures à peine nées dans une année à peine née, avant de nous précipiter tête baissée dans le tumulte d’un univers froid et cruel, nous avons besoin que l’on nous montre ce que l’on peut faire de cet univers. Qu’il peut, lui aussi, devenir une soukkah.
Confortablement installé dans votre soukkah, vous apprendrez que la vie est un espace saint dans lequel vous devez entrer avec tout votre être. Vous apprendrez que son toit est fait de matériaux frêles qui vous abritent de la lumière. Et qu’au-delà de ce toit se trouvent le soleil, la lune et les étoiles.
Et que, si vous utilisez chaque chose dans le but pour lequel elle a été créée, chaque instant peut alors devenir une étreinte divine. Bien au-delà des étoiles.
L’étreinte à venir
Certes, pour le moment, l’interface est encore incommode. Souvent contre-intuitive. Comme je l’ai écrit, elle est carrément hostile et maltraite son utilisateur. Il nous faut sans cesse consulter le manuel pour savoir quoi faire ensuite.
Mais bientôt viendra un temps où, comme l’a prophétisé Habakouk, « une pierre criera du mur »2. Non seulement le monde cessera de s’opposer à vous et de vous mettre à l’épreuve, mais le but et le sens de chaque chose crieront haut et fort.
À cette époque, comme l’écrit le Rambam : « L’occupation du monde entier ne sera que de connaître D.ieu. »3
Il y aura des occupations matérielles. Les gens construiront, planteront, écriront, créeront… toutes ces choses que nous faisons aujourd’hui.
Mais pas pour gagner leur vie. Tout ce que nous ferons alors n’aura d’autre but que de connaître le D.ieu infini.
Pourquoi attendre jusque-là ? Avez-vous serré aujourd’hui un Créateur infini dans vos bras ?
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