Question :

J’ai récemment perdu ma mère et j’ai commencé à dire le Kaddich pour elle. Je me suis rapproché d’un centre ‘Habad local, qui m’a accueilli chaleureusement, et je leur en suis profondément reconnaissant. Je viens d’apprendre que l’on ne récite pas le Kaddich durant l’année entière de deuil, mais seulement 11 mois. Est-ce exact ? Et si oui, pourquoi ?

Réponse :

Tout d’abord, je suis vraiment désolé d’apprendre la disparition de votre mère. Elle est assurément très fière que vous récitiez le Kaddich en sa mémoire.

Pour répondre à votre question : oui, la coutume ‘Habad et ashkénaze est de réciter le Kaddich pendant onze mois. Examinons de plus près la pratique du Kaddich des endeuillés pour en comprendre la raison.

La raison du Kaddich

Les enfants récitent le Kaddich pour aider l’âme de leurs parents à traverser le jugement divin et à faciliter leur passage vers le Monde à Venir.1

Le Talmud nous enseigne que « le jugement des impies au Guéhinom dure douze mois ».2 On pourrait donc penser qu’il faudrait réciter le Kaddich durant douze mois, n’est-ce pas ?

Cependant, l’usage ashkénaze courant consiste à le réciter jusqu’à un jour avant l’achèvement des onze mois. Par exemple, si le yahrtzeit tombe le 10 Chevat, on récite le Kaddich jusqu’à la dernière prière (l’après-midi) du 9 Tévet.

On agit ainsi car réciter le Kaddich pendant les douze mois complets pourrait laisser entendre que l’on considère nos parents comme des pécheurs, et donc comme méritant la durée maximale de purification.3

Étant donné que réciter le Kaddich, même pour une partie du dernier mois, serait halakhiquement assimilé à un cycle complet de douze mois, on s’interrompt donc avant l’entrée dans le douzième mois.4

Le Kaddich pour les justes & la coutume séfarade

Le Kaddich est également bénéfique à ceux qui n’ont nul besoin de purification, en les aidant à s’élever vers des degrés spirituels supérieurs.5 C’est pourquoi on récite le Kaddich même pour les individus les plus justes, et que l’on récite le Kaddich le jour du yahrtzeit (anniversaire du décès), lorsqu’il est raisonnable de penser que le temps passé au Guéhinom a déjà accompli son œuvre.

C’est également pour cette raison que la coutume séfarade courante est de réciter le Kaddich pendant presque douze mois entiers – en s’arrêtant une semaine avant le premier anniversaire du décès.6

Les anges écoutent

Cela soulève une question : si le Kaddich est aussi bénéfique pour les justes, pourquoi les Ashkénazes ne le récitent-ils pas pour une période plus longue ?

La réponse se trouve dans un Midrash fascinant :7

Lorsque l’homme quitte ce monde, le Saint béni soit-Il dit aux anges de service : « Regardez ce que les gens disent [du défunt] : “il était honnête”, “il craignait D.ieu…” etc. »

Cela montre que la façon dont nous évoquons le défunt et ses actions au cours de sa vie est elle-même examinée. Dans cet esprit, les Ashkénazes évitent de réciter le Kaddich pendant une durée qui pourrait laisser entendre quelque chose de négatif au sujet du défunt.8

Y a-t-il des exceptions ?

Et si votre parent demandait expressément que le Kaddich soit récité durant douze mois entiers ? Ou si vous pensiez qu’il était véritablement mauvais et avait réellement besoin de ce soutien supplémentaire ?

Parlez-en à un rabbin, car dans ces cas exceptionnels, il peut être justifié de réciter le Kaddich pour la totalité des douze mois.9

Puisse venir le jour où il n’y aura plus de mort et où nous retrouverons ceux que nous aimons, avec la venue de Machia’h !