Trouver le temps de prier peut s’avérer particulièrement difficile pour les femmes, compte tenu de leurs obligations familiales et autres. Bien que les femmes soient exemptées en principe de nombreuses mitsvot liées au temps (chofar, loulav, téfiline, etc.), la prière fait exception. L’importance de la prière des femmes est soulignée par le Talmud, qui tire des principes fondamentaux de la prière que fit ‘Hanna, la mère du prophète Samuel, qui pria avec ferveur pour avoir un enfant.

Les femmes sont tenues de prier, mais il existe des points de vue divergents quant aux modalités de cette obligation. Certaines occasions peuvent ne permettre que des prières essentielles, tandis que d’autres peuvent autoriser une routine de prière plus complète. Nous présentons ci-après les obligations de base, les parties facultatives ainsi que les priorités des prières des femmes.

Pour comprendre ce que les femmes sont tenues de prier, nous devons d’abord présenter quelques éléments de contexte sur la nature de leur obligation.

La nature des obligations de prière des femmes

Deux points de vue sur la prière des femmes

  1. Première approche : L’obligation essentielle de la prière pour les hommes et les femmes est d’origine biblique, sans horaires fixes. La Torah nous commande de « servir D.ieu de tout ton cœur »1, ce que les sages interprètent comme étant la prière2. Selon ce point de vue, accomplir ce commandement peut être aussi simple que d’adresser une seule demande quotidienne à D.ieu. Lorsque les sages instituèrent des heures spécifiques et le texte de la Amida, les femmes furent exemptées de ces ajouts, comme elles le sont pour d’autres commandements liés au temps3. De nombreuses femmes juives au cours de l’histoire ont suivi cette approche4.
  2. Seconde approche : Les Hommes de la Grande Assemblée (Anchei Knesset Haguedola) établirent la mitsva de la prière avec des horaires et des textes fixes. Bien que les femmes soient en général exemptées des mitsvot liées au temps, les sages les y inclurent, car elles aussi doivent rechercher la miséricorde divine. Selon ce point de vue, les femmes doivent prier la Amida de Cha’harit (prière du matin) et de Min’ha (prière de l’après-midi), tandis que Maariv (prière du soir) est facultative et les femmes la récitent rarement5.

La plupart des autorités halakhiques adoptent cette seconde opinion, requérant les femmes de prier la Amida deux fois par jour6. Néanmoins, dans certains cas, elles peuvent s’appuyer sur la première opinion7.

En plus de la Amida, les prières quotidiennes comprennent toute une gamme d’autres sections. Bien qu’il soit méritoire que les femmes récitent toutes ces prières si elles en ont le temps, elles n’en sont pas strictement tenues. Nous allons présenter un aperçu général des prières, en soulignant quelles parties ont la priorité et lesquelles peuvent être omises si le temps est limité :

Birkhot Hacha'har (Bénédictions du matin) : De nombreuses opinions considèrent que les femmes sont tenues de réciter les bénédictions du matin, car elles ne dépendent pas du temps et expriment la gratitude pour les bienfaits quotidiens8. (Note : Certaines femmes ont pour tradition de réciter la bénédiction Chéassani Kiretsono [« Qui m’a faite selon Sa volonté »] à la place de la bénédiction que les hommes récitent, Chelo Assani Icha [« Qui ne m’a pas fait femme »]. Chez les femmes ‘Habad, la coutume la plus répandue est de ne pas dire Chéassani Kiretsono et de simplement omettre la bénédiction. Cependant, certaines femmes ‘Habad disent Chéassani Kiretsono, suivant leur tradition familiale.)

Birkat Hatorah (Bénédictions sur l’étude de la Torah) : Les femmes sont tenues de dire Birkat Hatorah, car elles doivent apprendre les mitsvot qui s’appliquent à elles9.

Korbanot (Offrandes quotidiennes) : Les femmes sont encouragées à réciter Parachat Hatamid, la section décrivant l’offrande quotidienne dans le saint Temple10.

Pessoukei Dezimra (Versets de louange) : Facultatif pour les femmes, mais encouragé en fonction de leurs possibilités et de leur temps disponible. Ceci correspond à l’avis du Choul’hane Aroukh Harav11. (Certaines autorités, comme le Michna Beroura12, sont d’avis que les femmes sont tenues de réciter Pessoukei Dezimra).

Birkhot Keriat Chéma (Bénédictions avant et après le Chéma) : Les femmes sont tenues de se souvenir de la Sortie d’Égypte quotidiennement, car cette mitsva ne dépend pas du temps. Pour l’accomplir, elles doivent réciter Emet Veyatsiv avant la Amida, en maintenant le lien entre la rédemption (guéoula) et la prière (tefila). Les autres bénédictions entourant le Chéma sont facultatives, mais encouragées si le temps le permet13.

Chéma : En tant que mitsva liée au temps, les femmes sont exemptées du Chéma complet. Néanmoins, il est recommandé aux femmes de dire le premier verset, car il représente l’acceptation de la souveraineté de D.ieu14.

Prières de Moussaf : La question de savoir si les femmes sont tenues de dire le Moussaf le Chabbat et les jours de fête fait débat15. De nombreuses femmes ont l’habitude de prier Moussaf16, mais si l’on doit choisir entre Min’ha ou Moussaf, Min’ha a la priorité17.

Hallel et Kidouch Levana : Les femmes sont exemptées du Hallel18 et du Kidouch Levana car ce sont des mitsvot liées au temps19. Bien que les femmes puissent choisir de réciter le Hallel, elles ne récitent pas le Kidouch Levana20.

En pratique : adapter la prière aux circonstances de la vie

Si vous vous occupez d’enfants et avez peu ou pas de temps : Une femme qui s’occupe de jeunes enfants peut relever de la même catégorie que celle d’une personne soignant un malade, exempte de la prière complète. Dans ce cas, vous devriez au moins réciter les Birkhot Hacha’har (bénédictions du matin) pour remplir l’obligation de prier selon l’opinion la moins exigeante21.

Si vous avez quelques minutes : Récitez les prières suivantes, qui constituent le minimum quotidien requis pour remplir votre obligation selon l’opinion principale22.

  • Birkhot Hacha’har (Bénédictions du matin)
  • Birkat Hatorah
  • Parachat Hatamid
  • Le premier verset du Chéma
  • Emet Veyatsiv
  • La Amida de Cha’harit
  • Alénou (Bien que non requise, elle est considérée comme un pont entre la prière et le reste de la journée, et beaucoup suggèrent donc qu’elle soit récitée après les prières minimales)23.

De plus, beaucoup suggèrent que les femmes récitent les Six Souvenirs (techniquement pas une prière et peuvent être récités à tout moment de la journée)24.

  • Min’ha (y compris Parachat Hatamid)

Avec du temps supplémentaire : Facultatif mais recommandé, par ordre de priorité :

  • Le reste du Chéma
  • Birkhot Keriat Chéma
  • Pessoukei Dezimra (au moins Baroukh Chéamar, Achrei et Yichtaba’h)

Si vous avez largement le temps25  : Ajoutez ce qui suit, par ordre de priorité :

  • Les psaumes qui suivent Achrei (Psaumes 146-150)
  • Vayevarekh David
  • Le passage de la Akeida
  • Le second Achrei après la Amida
  • La Ketoreth et autres offrandes
  • Le Cantique du Jour

Interrompre la prière (Amida) pour s’occuper d’un enfant

Si votre bébé ou votre tout-petit pleure pendant la Amida et perturbe votre concentration, vous pouvez le calmer d’un geste, mais en évitant d’émettre des sons. Si nécessaire, vous pouvez émettre des sons pour le réprimander légèrement (sans réellement prononcer de mots), et si cela ne suffit pas, vous pouvez vous approcher ou vous éloigner de lui sans interrompre verbalement votre prière. Il faut essayer d’éviter de s’interrompre pendant les trois premières ou les trois dernières bénédictions de la Amida. Si vous devez faire une pause, vous essayez de le faire entre les bénédictions, et non au milieu de l’une d’elles. Ensuite, vous reprenez depuis le début de la bénédiction que vous récitiez, quelle que soit la durée de l’interruption.

Cela s’applique lorsque vous faites une pause de votre propre initiative en raison d’une incapacité à vous concentrer, mais si l’interruption était due à une situation inévitable – comme un enfant qui tombe et nécessite une attention immédiate – vous pouvez vous interrompre n’importe où dans la Amida et parler si nécessaire. Lorsque vous reprenez vos prières, la durée de l’interruption détermine si vous devez recommencer la Amida. Si la pause dure le temps qu’il faut habituellement pour achever l’ensemble de la Amida, vous devez la recommencer. Si la pause a été plus brève, et que vous n’avez pas parlé, vous pouvez reprendre à l’endroit où vous vous êtes arrêtée.

Si vous vous êtes interrompue au milieu d’une bénédiction, vous continuez là où vous étiez dans cette bénédiction. Si vous avez dû parler, vous reprenez au début de la bénédiction interrompue. Pour les interruptions pendant les trois premières bénédictions, vous devez recommencer la Amida, et pour les interruptions dans les trois dernières bénédictions, vous reprenez depuis le début de la section finale, commençant par « Retsé »26.

Ajouter des prières plus tard

Si vous avez récité les prières minimales, mais découvrez ensuite que vous avez plus de temps, vous pouvez réciter ultérieurement la plupart des prières supplémentaires. Si, toutefois, vous avez déjà récité la Amida, vous pouvez ajouter les psaumes de Pessoukei Dezimra, mais sans dire Baroukh Chéamar ou Yichtaba’h27.