La lecture de la Torah de Emor contient une description des fêtes que D.ieu ordonne au peuple juif de célébrer. Elle commence par la fête de Pessa’h, car c’est à ce moment-là que notre peuple est devenu nation. La fête suivante mentionnée est celle de Chavouot. Mais contrairement à toutes les autres fêtes évoquées dans ce passage, aucune date précise n’est indiquée pour Chavouot. Au lieu de spécifier le jour où cette fête doit être célébrée, la Torah nous donne la mitsva du compte du Omer et déclare que Chavouot doit être observée le cinquantième jour du compte du Omer. (C’est d’ailleurs l’origine du nom Chavouot. Chavouot signifie « semaines ». Après sept semaines, soit 49 jours, le cinquantième jour devient une fête.)

Le compte du Omer fait bien plus que combler l’intervalle chronologique entre Pessa’h et Chavouot. La portée spirituelle de cette mitsva permet aux deux fêtes de se compléter. À Pessa’h, « le Roi des rois, le Saint béni soit-Il, s’est révélé » au peuple juif. Toutefois, ce dernier n’était pas en mesure d’intérioriser cette révélation, car il était encore souillé par l’impureté accumulée au fil des années d’exil en Égypte. Comme le disent nos Sages : « Il fallut à D.ieu un instant pour faire sortir les Juifs d’Égypte, mais quarante ans pour faire sortir l’Égypte des Juifs. »

De plus, au sens plein du terme, « faire sortir l’Égypte des Juifs » – c’est-à-dire le raffinement personnel que les Juifs doivent accomplir – doit provenir de leurs propres efforts, et non d’une révélation venue d’En-Haut. Telle est la nature du service divin prescrit pour le compte du Omer : raffiner et élever notre personnalité. Les 49 jours du compte du Omer correspondent aux 49 dimensions de notre personnalité. (Selon la Kabbale, nos émotions sont composées de sept qualités différentes. Ces sept se combinent les unes aux autres, produisant un total de 49. Le service divin du compte du Omer consiste à polir et développer chacune de ces potentialités.)

La pensée ‘hassidique établit un tout nouvel ensemble de paramètres pour cette tâche. Non seulement nous devons abandonner nos traits de caractère indésirables et affiner les traits positifs, mais nous devons aussi nous concentrer sur la conquête de notre égocentrisme fondamental, cette dimension de notre personnalité appelée yechout, souci de soi. À ce stade, nos émotions ne se focalisent plus sur « ce que je veux » et « ce que je ressens », mais elles s’alignent sur les Midot Elyonot, les qualités émotionnelles divines, et les reflètent. Tel est le sens profond du terme sefira, qui ne signifie pas seulement « compte », mais aussi « rayonnement ». Une personne reçoit le potentiel de faire rayonner une lumière divine.

Regarder vers l’horizon

La lecture de la Torah commence par un commandement adressé aux prêtres de ne pas contracter l’impureté issue du contact avec un cadavre humain. L’impureté n’est pas un mal. Enterrer un mort est, au contraire, une grande mitsva, et pourtant celui qui le fait devient impur. C’est cependant le résultat de la chute qu’a connue l’humanité après la faute de l’Arbre de la Connaissance. Avant cette faute, l’homme était destiné à vivre éternellement. Le corps et l’âme étaient destinés à fonctionner en parfaite harmonie. La faute a toutefois engendré la possibilité d’une séparation entre le corps et l’âme – la mort. Le vide créé par cette séparation est la source de l’impureté.

À l’ère de la Délivrance, « Je ferai disparaître l’esprit d’impureté de la terre ».1 L’homme retrouvera une existence semblable à celle du Jardin d’Éden. En réalité, ce sera plus qu’un retour à l’Éden, car, dans l’Avenir ultime, il sera révélé que le corps possède une source spirituelle plus élevée que l’âme. À l’époque présente, le corps tire sa vitalité de l’âme et meurt lorsque le lien entre les deux est rompu. Dans l’Avenir ultime, l’âme tirera sa vitalité du corps et percevra la divinité transcendante investie dans l’existence matérielle.