Eikev
Pyrophobie ?
Alors que des incendies ravagent actuellement plusieurs régions françaises, le feu manifeste son pouvoir le plus redoutable. Livré à lui-même, attisé par la sécheresse et le vent, il détruit des forêts, menace des habitations et contraint des familles à fuir. Nos pensées accompagnent les personnes éprouvées, et notre profonde gratitude va aux pompiers qui luttent avec courage contre des flammes difficiles à maîtriser.
La crainte du feu matériel est donc parfaitement légitime. Elle inspire la prudence et nous rappelle notre responsabilité. Mais cette peur ne doit pas nous empêcher de comprendre ce que le feu représente dans sa dimension spirituelle profonde. Car le feu dont parle la Torah n’est pas une puissance de destruction : il est une énergie divine de vie.
La Torah est comparée à l’eau. Sa partie révélée – ses textes, ses lois et ses enseignements pratiques – irrigue l’existence. Elle nous indique comment sanctifier le Chabbat, comment manger, comment conduire nos affaires et comment nous comporter envers autrui. Comme l’eau, elle descend jusqu’à nous et apporte la vie partout où elle pénètre.
Lorsque nous avons soif, nous venons naturellement vers l’eau. Mais que faire lorsque cette soif nous manque ? Lorsque les règles nous paraissent froides, que les obligations et les interdits ne nous inspirent plus, et que la Torah semble demeurer extérieure à notre vie ?
Il faut alors pénétrer plus profondément en elle. Car si, à l’extérieur, la Torah est eau, à l’intérieur, elle est feu.
Sa dimension intérieure, révélée notamment par la ‘Hassidout, nous fait découvrir ce qui anime ses paroles et ses mitsvot. Elle ne nous enseigne pas seulement ce qu’il convient de faire : elle dévoile la présence de D.ieu au cœur de chaque geste, de chaque être et de chaque instant.
Ce feu peut, lui aussi, nous effrayer. Nous pouvons craindre l’inconnu, la profondeur spirituelle ou ce qui dépasse les limites familières de notre compréhension. Une forme de « pyrophobie » intérieure nous tient alors à distance de ce qui pourrait précisément nous rendre pleinement vivants.
Dans la lecture de la Torah de cette semaine, nous lisons : « Car l’Éternel, ton D.ieu, est un feu dévorant. » Ce feu ne consume pas la vie : il est la vie. Il consume seulement ce qui l’étouffe – l’indifférence, l’habitude, la froideur et l’illusion que nous serions séparés de D.ieu. Il éclaire l’esprit, réchauffe le cœur et embrase l’âme. En vérité, il est notre propre feu : l’énergie divine qui nous anime au plus profond de nous-mêmes.
À nous de lui ménager une place, en étudiant davantage la dimension intérieure de la Torah, en approfondissant le sens d’une mitsva et en insufflant plus de conscience et de chaleur à nos actes.
Ainsi préparerons-nous la venue de Machia’h : non pas un monde livré aux flammes, mais un monde éclairé de l’intérieur, où l’énergie divine qui fait vivre toute existence apparaîtra enfin au grand jour.
Chabbat Chalom !
De vos amis @ Fr.Chabad.org
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