Faire de chaque halte une demeure

Dans la lecture de la Torah de cette semaine, nous lisons : « Sur l’ordre de D.ieu, ils campaient, et sur l’ordre de D.ieu, ils partaient. » Dans le désert, le peuple juif ne décidait pas seul de ses étapes. La nuée qui reposait au-dessus du Michkane, le Sanctuaire, indiquait quand il fallait s’arrêter et quand il fallait reprendre la route.

Le Rabbi souligne ici une chose étonnante. À chaque halte, les enfants d’Israël ignoraient combien de temps ils resteraient sur place. Cela pouvait durer un jour, quelques semaines, ou de longues années. Et pourtant, à chaque fois, ils dressaient le Michkane dans son intégralité. Rien n’était traité comme provisoire. Rien n’était laissé « pour plus tard ». Puisque D.ieu les avait conduits là, ce lieu devenait, pour le temps voulu par Lui, un endroit où Sa Présence devait résider pleinement.

Il y a là une première leçon pour nos propres cheminements. Nous faisons des projets, et nous devons en faire. Nous réfléchissons, nous construisons, nous choisissons une direction. Mais au fond de chaque déplacement, de chaque attente, de chaque changement de rythme, se trouve une conduite divine plus profonde que notre compréhension immédiate. Parfois, D.ieu nous demande d’avancer. Parfois, Il nous demande de demeurer. Et parfois, ce que nous appelons une pause est en réalité une étape essentielle.

La seconde leçon est peut-être plus exigeante encore : ne jamais suspendre sa vie spirituelle sous prétexte que la situation est temporaire. Nous disons parfois : lorsque les choses seront plus stables, je m’y mettrai ; lorsque j’aurai plus de temps, je prierai mieux ; lorsque ce passage sera terminé, je construirai vraiment. Mais la Torah nous enseigne que l’on peut ériger un sanctuaire même pour une seule journée. Car lorsqu’un instant est relié à D.ieu, il cesse d’être simplement passager. Il reçoit une profondeur qui le rend durable.

Ainsi, chaque lieu où nous sommes placés, chaque période que nous traversons, peut devenir un Michkane. Une maison, un bureau, une salle d’attente, une saison de transition, une période d’incertitude : tout cela peut être habité par une parole de Torah, une mitsva, un acte de bonté, une prière sincère.

C’est aussi ainsi que nous préparons la venue de Machia’h. Non pas en attendant que le monde devienne enfin parfait pour commencer à servir D.ieu pleinement, mais en révélant, dès maintenant, que chaque fragment de notre existence peut devenir une demeure pour Lui. Alors même nos haltes deviennent des départs, et nos chemins conduisent vers la Délivrance.

Chabbat Chalom !


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