Chekalim: embraser notre quotidien

Dans la lecture spéciale de Chekalim, que nous lisons le Chabbat qui précède le début du mois d’Adar, la Torah nous rapporte l’ordre divin de donner un demi-chékel pour réparer la faute du Veau d’or. Le Midrash raconte que Moïse eut du mal à saisir ce qui lui était demandé, jusqu’à ce que D.ieu lui montre une pièce de feu et lui dise : « Voilà ce qu’ils donneront. » Pourquoi une pièce de feu ? Pourquoi pas d’argent ou d’or ?

Le Rabbi de Loubavitch explique que cette vision ne visait pas à préciser un montant, mais à révéler une manière d’être. L’argent est une force puissante. Il peut nourrir la convoitise, susciter l’injustice, corrompre les relations. Et pourtant, il n’est pas mauvais en soi. S’il occupe une place si centrale dans les dérives humaines, c’est précisément parce que sa source est élevée. Ce qui est intense peut tomber bas – ou s’élever très haut.

La Torah ne nous demande pas de fuir l’argent, pas plus qu’elle ne nous demande de nier les forces vitales de l’existence. Elle nous apprend à les sanctifier. De même que l’intimité conjugale peut être réduite à la recherche du plaisir ou devenir l’acte par lequel une âme descend dans le monde, l’argent peut être instrument d’égoïsme ou vecteur de sainteté.

Tout commence par un déplacement intérieur : reconnaître que ce que nous possédons ne nous appartient pas absolument. Si nous gagnons, héritons ou recevons une somme, ce n’est pas uniquement le fruit de notre talent ou de nos efforts, mais une confiance placée en nous par le Ciel. Donner la tsédaka n’est donc pas un geste de magnanimité ; c’est un acte de vérité. Nous restituons une part de ce qui nous a été confié.

Mais pourquoi un demi-chékel, et non un chékel entier ? Parce qu’aucun de nous ne constitue à lui seul un tout. Le plus riche ne peut donner davantage, le plus pauvre ne peut donner moins. Tous sont égaux dans cette mitsva. Le demi-chékel proclame que chacun est indispensable, et que personne ne suffit à lui seul. La sainteté naît de l’unité.

Et pourquoi une pièce de feu ? Parce que la tsédaka ne doit pas être froide. On peut donner par habitude, par calcul, voire par orgueil. Ou l’on peut donner avec chaleur, avec vitalité, avec reconnaissance. Le mot hébreu matbéa, « pièce », est lié à téva, la « nature ». D.ieu nous demande d’introduire le feu dans notre nature, d’embraser notre quotidien par une intention vivante.

À l’approche de Pourim, nous donnons le demi-chékel en souvenir du Temple. Nos Sages enseignent que ces demi-chékels ont précédé et annulé, des générations plus tard, le décret d’Haman. La tsédaka n’est pas seulement réparation du passé ; elle prépare l’avenir. Chaque don est une semence déposée dans l’histoire, une lumière discrète qui protège nos enfants et ouvre un chemin.

Transformer l’argent en feu spirituel, c’est accomplir la mission confiée à l’homme : faire d’un monde matériel une demeure pour la Présence divine. En donnant avec joie et conscience, nous hâtons le moment où cette lumière embrasera le monde entier : l’ère de Machia’h.

Chabbat Chalom !

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