La pénurie d’étroguim qui frappait Berditchev tourmentait son célèbre rabbin, Rabbi Lévi Its’hak, et ne lui laissait aucun répit. Déterminé à célébrer Soukkot avec un étrog, Rabbi Lévi Its’hak ordonna à ses messagers de se disperser et de parcourir les routes à la recherche de tout voyageur susceptible de transporter le fruit jaune si convoité.

L’un des messagers aborda un voyageur et lui demanda s’il transportait un étrog. L’homme répondit que oui. Cependant, le voyageur expliqua au messager qu’il devait poursuivre sa route vers sa destination. Il ne céda pas, même lorsque le messager le supplia de passer Soukkot à Berditchev afin de permettre à Rabbi Lévi Its’hak et à sa communauté d’accomplir l’une des mitsvot essentielles de la fête. Après tout, fit valoir le voyageur, il revenait tout juste d’un long voyage et avait prévu d’être chez lui pour la fête, et il ne souhaitait pas la passer à Berditchev.

Entre-temps, la nouvelle de l’étrog du voyageur parvint rapidement à Rabbi Lévi Its’hak. Sans attendre que l’étrog arrive jusqu’à sa porte, le rabbin se rendit rapidement auprès du voyageur. Rabbi Lévi Its’hak commença à lui exposer la situation difficile de sa communauté, mais celui-ci refusa d’en entendre parler, jusqu’au moment où Rabbi Lévi Its’hak proposa à l’étranger une part de sa propre récompense dans le Monde futur.

À ces mots, le voyageur accepta. Il se rendit dans une auberge de Berditchev, avec l’intention d’y séjourner pendant Soukkot. Les habitants de Berditchev, triomphants d’avoir obtenu l’étrog, étaient transportés de joie.


Envoyé par Rabbi Lévi Its’hak, un messager traversa précipitamment la ville pour transmettre à l’aubergiste les instructions du rabbin : l’homme à l’étrog ne devait pas être admis dans la soukka de l’auberge. Les mêmes instructions furent diffusées dans toute la ville : tous les maîtres de maison devaient refuser l’accès de leur soukka à l’homme à l’étrog.

Le voyageur, qui ignorait tout de cette consigne, revint de la synagogue et se présenta à l’entrée de la soukka de l’auberge, prêt à réciter le Kiddouch et à s’installer pour le repas de fête. Mais l’aubergiste, conformément à la demande de Rabbi Lévi Its’hak, empêcha le voyageur de poser ne serait-ce qu’un pied dans la cabane. Le voyageur se mit à crier contre l’aubergiste, qui resta ferme et ne tint aucun compte de ses protestations. Comprenant que ses cris ne servaient à rien, le voyageur fila chez le voisin et lui demanda s’il pouvait célébrer la soirée de fête dans sa soukka. À sa stupéfaction, le voisin refusa. Et lorsqu’il continua à parcourir la ville à la recherche d’un endroit où réciter le Kiddouch, la réponse était toujours non. Le voyageur commença à soupçonner qu’une forme d’action concertée était à l’œuvre. Comment tout le monde pouvait-il lui refuser l’usage de sa soukka ?

Le voyageur décida donc d’interroger certains habitants, les pressant de questions jusqu’au moment où ils lui révélèrent l’instruction de Rabbi Lévi Its’hak. Fort de cette information, le voyageur courut chez Rabbi Lévi Its’hak et exprima vivement ce qu’il pensait :

« C’est ainsi que vous me le rendez ? »

Mais Rabbi Lévi Its’hak l’interrompit en disant : « Voici ce que je te propose. Si tu renonces au bénéfice de la promesse que je t’ai faite de partager avec toi ma part dans le Monde futur, je te permettrai d’entrer dans ma soukka. »

« Voici ce que je te propose. Si tu renonces au bénéfice de la promesse que je t’ai faite de partager avec toi ma part dans le Monde futur, je te permettrai d’entrer dans ma soukka. »

Le voyageur resta figé sur place, en proie à un combat intérieur. Mais en définitive, le choix s’imposa à lui. Aussi désireux fût-il de jouir des récompenses du Monde futur, son désir d’accomplir l’importante mitsva de résider dans la soukka l’emportait.

« Très bien », consentit le voyageur.

Le lendemain, Rabbi Lévi Its’hak invita le voyageur, ainsi que d’autres Juifs de Berditchev, à prendre le repas de fête dans sa soukka. Rabbi Lévi Its’hak se tourna alors vers le voyageur et lui dit :

« À présent, je t’assure de nouveau que tu auras bel et bien une part de ma récompense dans le Monde futur. Lorsque je t’ai fait cette promesse la première fois, tu ne méritais pas cette part. Maintenant que tu t’es montré prêt à y renoncer afin d’accomplir une mitsva, tu es véritablement digne de cette haute récompense. »

Adapté de Chemouot VeSippourim, vol. 1, p. 248