Le Rav Eli Schlanger, rabbin assistant de ‘Habad-Loubavitch de Bondi à Sydney (Australie), a été tué dimanche soir lors d’une attaque terroriste survenue pendant une célébration publique de ‘Hanouka qu’il animait au parc de Bondi Beach. Il était âgé de 41 ans.
Organisateur clé de l’événement annuel « ‘Hanouka by the Sea » de ‘Habad de Bondi, tenu lors de la première des huit nuits de la fête, le Rav Schlanger allait à la rencontre des participants, échangeait avec eux et accomplissait des mitsvot, lorsque deux hommes armés ont ouvert le feu sur une foule d’environ 2 000 personnes. Au moins 15 personnes ont été tuées lors de l’attaque, parmi lesquelles ce père de cinq enfants. Des dizaines d’autres ont été blessées.
Un an plus tôt à peine, s’exprimant auprès de Chabad.org à l’occasion de la célébration de ‘Hanouka 2024 à Bondi Beach, le Rav Schlanger expliquait que face à la montée de l’antisémitisme, les Juifs ne se cachent pas — ils choisissent au contraire d’intensifier leurs efforts pour diffuser la lumière. « Soyez plus juifs, agissez de manière plus juive et apparaissez de manière plus juive », disait-il, une philosophie qui animait chacun de ses actes durant ses 18 années de service auprès de la communauté juive de Sydney.
« Toute la raison d’être d’Eli était celle d’un chalia’h. Il était profondément attaché au Rabbi [Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie], et il encourageait les autres à mettre en œuvre les directives du Rabbi », a déclaré Mena’hem Spielman, membre de la direction du Tzemach Tzedek Community Centre à Sydney. Spielman collaborait avec le Rav Schlanger dans le cadre de leur chli’hout, notamment lors de l’événement de Youd Teth Kislev de la semaine dernière, organisé et animé par le Rav Schlanger à ‘Habad de Bondi.
Un rabbin aux multiples fonctions
Né à Londres de Rav Binyomin et Dobra Schlanger, Eli a grandi dans un foyer profondément ancré dans les valeurs ‘hassidiques. Il a étudié à la yeshiva Tomchei Tmimim de Brunoy, en France, puis a reçu son ordination rabbinique à la yeshiva centrale située au 770 Eastern Parkway — siège mondial de ‘Habad — à Crown Heights, à New York.
« Je me souviens de lui comme quelqu’un de passionné, énergique, avec une personnalité joyeuse », se rappelle le Rav Zalmy Fogelman, rabbin basé à Los Angeles, condisciple de Schlanger à la yeshiva. « Il avait un amour profond pour le Rabbi et se montrait entièrement dévoué à chaque aspect de sa chli’hout. »
Après son mariage avec Chayale Ulman, fille du Rav Yehoram et de Shternie Ulman, directeurs de ‘Habad de Bondi et de F.R.E.E. (Friends of Refugees of Eastern Europe) à Sydney, le Rav Schlanger rejoignit ‘Habad de Bondi en tant que rabbin assistant, devenant rapidement une figure centrale de la communauté.
« Il était comme un véritable frère pour ses beaux-frères et belles-sœurs, et éprouvait une admiration profonde et respectueuse pour ses beaux-parents », a précisé Mena’hem Spielman.
Pendant 18 ans, la famille Schlanger a servi la communauté juive, mais l’influence du rabbin dépassait largement les murs d’une seule synagogue. Il servait en tant qu’aumônier auprès des services correctionnels de la Nouvelle-Galles du Sud et des anciens prisonniers de guerre de cet État ; il était également aumônier à l’hôpital St. Vincent de Darlinghurst, où il accompagnait patients et familles.
Le Rav Schlanger assumait pleinement son rôle aux côtés de son beau-père, le Rav Ulman, érudit de renommée internationale et décisionnaire halakhique, sans jamais hésiter à occuper la position de « numéro deux » au sein de la communauté.
« Ce qui m’a marqué, c’est la manière dont il regardait son beau-père avec admiration », se souvient Eli Leinkram, ancien élève. « Il assumait pleinement son rôle d’assistant. Il y voyait un honneur et un privilège. »
Mena’hem Spielman a également souligné la passion du Rav Schlanger pour rassembler l’ensemble de la communauté juive. « Il ne cherchait pas seulement à développer sa propre communauté : il cherchait surtout à amplifier le message du Rabbi et à élever tout Sydney. »
Le Rav Schlanger s’efforçait de soutenir des initiatives communautaires juives qui n’étaient pas les siennes et les soutenait activement. Lorsqu’une célébration de Sim’hat Beth Hachoéva à Souccot fut organisée en même temps que celle qu’il avait mise en place, il ne se contenta pas d’en faire la publicité : il s’y rendit lui-même accompagné d’invités. « Toute sa personnalité était guidée par une seule question : “Que voudrait le Rabbi que l’on fasse ?” », a déclaré Spielman. « Tout était lechem chamayim [pour l’amour du Ciel]. »
Le Rav Schlanger dirigeait le Project Noah, une initiative consacrée à l’enseignement des sept lois noahides ; il a développé conjointement un site Internet pour la certification du statut juif et créé une application destinée au suivi des activités indépendantes de diffusion communautaire juive. S’il existait une initiative visant à rendre le judaïsme plus accessible à Sydney, il en prenait naturellement la tête. Il a également joué un rôle central dans l’inauguration du nouveau centre de ‘Habad de Bondi, d’un montant de 30 millions de dollars, l’an dernier.
Ceux qui l’ont connu décrivent un homme à l’énergie inépuisable. « Son énergie semblait inépuisable, toujours prêt à saisir la moindre opportunité d’action », raconte Dovid Polterak, qui avait collaboré avec le Rav Schlanger lors d’un voyage RARA (Roving Rabbis) en Australie en 2005. « Quand nous sommes partis en RARA, moi, je ne faisais que suivre. C’est son enthousiasme qui faisait que tout se réalisait. »
Dovid Polterak se souvient que le Rav Schlanger se jetait corps et âme dans tout ce qu’il faisait, avec une joie communicative — qu’il s’agisse de distribuer des matsot ou d’aider quelqu’un à mettre les téfiline. Il avait une joie de vivre profondément contagieuse.
« Il avait un grand sens de l’humour. Même dans les moments difficiles, il essayait d’alléger l’atmosphère », se rappelle Mena’hem Spielman.
Ces derniers mois, le Rav Schlanger s’était imposé comme un porte-parole engagé en faveur de la protection des communautés juives face à la montée de l’antisémitisme. Quelques semaines seulement avant son assassinat, il avait organisé une cérémonie commémorative pour le Rav Gavriel et Rivka Holtzberg, émissaires ‘Habad tués lors des attentats de Mumbai en 2008, ainsi que pour le Rav Tsvi Kogan, assassiné aux Émirats arabes unis en novembre 2024.
Préoccupé par le bien-être de la communauté juive australienne qu’il chérissait, le rabbin avait écrit plus tôt cette année directement au Premier ministre australien Anthony Albanese, l’exhortant à prendre des mesures fermes contre le terrorisme en ôtant toute légitimité à ceux qui propagent la haine.
« Ce qu’il vivait et respirait »
« Il ne sortait jamais sans chapeau ni veste, sans porter l’uniforme du rabbin ‘Habad », a déclaré Eli Leinkram. Le Rav Schlanger prenait son rôle rabbinique très au sérieux et affichait une dignité naturelle. « Il était respectueux, et l’on ne pouvait s’empêcher de le respecter en retour. »
Pour ses élèves, le Rav Schlanger était une incarnation quotidienne du dévouement et de l’amour. L’un d’eux, évoquant l’essence même de sa personnalité, a déclaré : « S’il y a une chose que je sais à propos d’Eli Schlanger, c’est que, sans le moindre doute, il aurait voulu que nous commémorions son assassinat en renforçant la fierté juive et les initiatives du Rabbi. Cela peut sembler cliché, mais c’est véritablement ce qu’il vivait et respirait. »
Le Rav Schlanger était pleinement investi dans chacun de ses engagements. Ainsi, en 2007, alors qu’il était encore étudiant à la yeshiva, il découvrit qu’un de ses grands-oncles, Nossen Nutte Schlanger, avait été assassiné pendant la Shoah. À la naissance de son fils en 2012, il le prénomma Nossen Nutte afin de perpétuer l’héritage de ce parent. L’an dernier, à l’occasion de la bar-mitsva de son fils, il s’est rendu avec lui sur la fosse commune de Brzostek, en Pologne, où reposait son grand-oncle. Il organisa ensuite pour son fils une lecture dans un rouleau de la Torah que le martyr éponyme avait lui-même utilisé.
Un autre des grands-oncles du Rav Schlanger, le révérend Leslie Olsberg, avait dirigé la synagogue de Heaton Park à Manchester, elle-même attaquée lors des offices de Yom Kippour en 2024.
Des familles avec de jeunes enfants étaient venues nombreuses au parc de Bondi Beach pour l’allumage annuel de la ménora, la musique et les festivités. Le Rav Schlanger se trouvait sur scène, en train de diriger la cérémonie, lorsque les deux hommes armés ont ouvert le feu.
Quinze personnes ont été tuées, parmi lesquelles Yaakov Levitan, rabbin travaillant à BINA à Sydney, secrétaire du Beth Din de Sydney et coordinateur des activités ‘Habad dans la ville ; Reuven Morrison, homme d’affaires ‘hassidique partageant son temps entre Melbourne et Sydney ; Dan Elkayam, un Juif français venu célébrer avec la communauté juive locale de Bondi Beach ; et Alex Kleytman, survivant de la Shoah né en Ukraine, assassiné alors qu’il protégeait son épouse des tirs.
L’attaque a pris fin lorsque Ahmed al-Ahmad, propriétaire d’un magasin de fruits, a plaqué au sol et désarmé l’un des assaillants. Il a été touché par deux balles tirées par le second terroriste. L’un des attaquants a été neutralisé ; l’autre a finalement été interpellé. La police enquête sur des engins explosifs improvisés découverts dans un véhicule lié aux assaillants.
Le Rav Schlanger laisse dans le deuil son épouse, Chayale, et leurs cinq enfants, dont un nourrisson de deux mois dont le brit mila a été célébré il y a seulement quelques semaines. Il laisse également ses parents, Rav Binyomin et Dobra Schlanger, résidant en Israël, ainsi que huit frères et sœurs.
Le Rav Schlanger a été inhumé à Sydney.
Que sa mémoire soit une bénédiction.
Onze victimes de l’attaque se trouvent actuellement dans un état critique. Merci d’ajouter une mitsva et de réciter un psaume pour le mérite de leur guérison rapide et complète.
Pour soutenir la famille Schlanger, cliquez ici. Une campagne a également été lancée pour venir en aide aux victimes de l’attaque. Pour faire un don, cliquez ici.
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