Concernant le verset : « Et Isaac sortit se recueillir dans le champ vers le soir »1, nos Sages commentent qu’à ce moment, il institua la prière de l’après-midi. La prière de l’après-midi a un caractère particulier.

La prière du matin vient presque d’elle-même : après s’être levé et avoir reçu à nouveau le don de la vie, il est naturel de remercier D.ieu. De plus, la journée n’a pas encore commencé et l’on a le temps de rassembler ses pensées, de les tourner vers Lui et ainsi de prendre du recul.

La prière du soir ne présente pas non plus de grande difficulté. La journée est terminée. On ressent souvent le besoin de faire le point, de revoir sa journée et d’en apprécier les leçons spirituelles.

Mais la prière de l’après-midi est différente. Toute activité ou profession connaît ses moments frénétiques, où l’on est sous pression et tellement absorbé par le travail, les achats et les ventes qu’on n’a plus la moindre place pour autre chose. Souvent, c’est précisément au cœur de ces moments-là que l’on doit réciter la prière de l’après-midi. Malgré ces exigences pressantes, il faut s’arrêter, prendre du recul et prier.

Nos Sages enseignent : « Il faut toujours être attentif à la prière de l’après-midi, car c’est seulement l’après-midi qu’Élie fut exaucé. » Autrement dit, lorsque D.ieu voit quelqu’un s’efforcer de prier malgré le feu de ses occupations, Il répond et exauce ces prières.

La formulation hébraïque de cet enseignement contient également une allusion qui évoque les effets bénéfiques de ces prières. זהיר Zahir, le terme hébraïque traduit par « être attentif », a également le sens de « briller ». Ces prières permettent à l’âme de rayonner au grand jour. L’essence spirituelle de la personne, le noyau divin de son âme, s’exprime et triomphe de sa nature matérielle et de ses préoccupations terrestres.

Pour expliquer : l’essence de l’âme – tout comme l’essence de D.ieu – ne peut être décrite comme « sainte ». Car la sainteté implique une forme de limitation et d’exclusion : certaines choses et activités ne peuvent être qualifiées de saintes. En effet, l’association de D.ieu avec la sainteté a conduit à la dichotomie qui mine la spiritualité occidentale : le spirituel y est séparé du physique. On enferme D.ieu dans le cadre restreint de la prière et de l’étude, tandis que les activités physiques sont vues comme séparées de Lui.

Du point de vue de l’essence divine – et de celle de l’âme – rien n’est plus éloigné de la vérité. D.ieu n’est ni spirituel ni matériel ; Il imprègne de la même manière le spirituel et le matériel. Il ne peut être saisi par les plus hautes élévations spirituelles, pas plus que les activités les plus dépravées ne peuvent couper quelqu’un de Lui.

Quand une personne reflète-t-elle cet aspect essentiel de la dimension divine ? Quand elle unit le matériel et le spirituel dans sa vie, lorsqu’au cœur même de ses activités matérielles, elle s’arrête pour prier, se consacrant au spirituel. Un tel acte permet au cœur de son âme – son véritable potentiel divin – de rayonner.

Vers l’horizon

Nos Sages tirent un autre enseignement du verset cité au début, affirmant qu’Isaac – comme son père Abraham et son fils Jacob – pria sur le futur lieu du Temple. Il est cependant important de noter le terme employé pour désigner ce lieu : un champ.

Les commentateurs notent : quand le Temple est-il, ailleurs, qualifié de champ ? Dans sa destruction, comme il est écrit : « Sion sera labourée comme un champ. »

Dans le même ordre d’idées, nos Sages comparent le processus de l’exil aux semailles ; comme le dit le prophète : « Je sèmerai [Israël] pour Moi dans la terre. » Lorsqu’on les récolte, les fruits obtenus dépassent de loin la quantité initialement semée.

Certes, pour que cette croissance ait lieu, l’enveloppe extérieure de la graine doit se désintégrer totalement. Alors seulement, son noyau peut donner naissance à une plante vigoureuse. De manière similaire, la destruction du Temple et l’exil de notre peuple ont pour but d’éliminer toute superficialité et de permettre au peuple juif de s’épanouir dans son accomplissement avec la venue de Machia’h. Ce n’est pas sans douleur, mais cela mène au bien suprême.

Une allusion à cela se trouve également dans l’histoire des prières d’Isaac. La Torah relate qu’après avoir prié, Isaac « vit des chameaux venir ». Les lettres hébraïques du mot גמל gamal (« chameau ») ont la même racine que גמול guemoul (« récompense »). Isaac vit que la destruction du Temple et l’exil étaient des étapes dans un processus qui mènerait à la récompense suprême : la venue de Machia’h.