Ces deux aspects distinctifs de la 'Hassidouth (et plus généralement de la Torah) – à savoir : 1) le fait qu'elle imprègne tous les degrés de NRNH jusqu'à l'âme « animale » et ce bas monde ; 2) l'expression de son essence exclusivement à travers son ascendant sur l'âme « animale »1 et l'univers –, trouvent (comme du, reste tous les concepts de la 'Hassidouth), leur correspondance dans le domaine révélé de la Torah,2 et dans la Hala'ha, en une loi Toranique. Il y a plus : cette loi se trouve encore clarifiée, et mieux comprise à la lueur des deux aspects de la 'Hassidouth évoqués.

« Les objets se trouvant à l'intérieur des quatre coudées entourant une personne, lui sont acquis, ou qu'elle soit »3 : dans une allée, une voie bordant le domaine public4 (et, en matière de mariage ou de divorce5 : parfois même dans le domaine public, d'après certains avis).6 Ce mode d'acquisition fut édicté par les Sages afin que « les gens n'en viennent pas à se quereller ».

Mais bien que la loi stipule que seuls les objets situés dans les quatre coudées entourant une personne lui sont acquis, les Sages, pour valider cette acquisition, ont également attribué à la personne les quatre coudées elles-mêmes et en ont fait son « domaine » ['Hatsère].7 Et c'est en vertu de cette dernière propriété que les quatre coudées entourant une personne lui acquièrent de fait l'objet qui s'y trouve, à travers la règle dite « d'acquisition par le domaine » [Kinyane 'Hatsère].8 (C'est pour cette raison qu'un moins de treize ans, qui n'a pas de droits en matière de « domaines » ['Hatsère], ne saurait acquérir les quatre coudées qui l'entourent, et n'a, par conséquent, aucun droit sur les objets qui s'y trouvent.9 Il demeure pour­tant, que les Sages n'ont attribué les quatre coudées que dans le but de faire acquérir l'objet qui s'y trouve et pour nulle autre raison.10

Cependant, bien que l'acquisition d'un objet à travers celle des quatre coudées dans lesquelles il se trouve, soit fondée sur la loi « d'acquisition du domaine » [Kinyane 'Hatsère], le premier mode d'acquisition (à travers les quatre coudées), est de plus grande portée que celui de la loi du « domaine » ('Hatsère). Aux termes de la loi du Kinyane 'Hatsère, un domaine qui ne serait pas délimité ou stable (quant bien même la personne n'aurait qu'à se pencher pour saisir l'objet s'y trouvant),11 ne permet pas l'acquisition d'un objet avant que la personne ne déclare « Mon domaine acquiert pour moi cet objet ».12 Par l'acquisi­tion à travers les quatre coudées, en revanche, (même si elles ne sont pas délimitées et stables) il n'est pas nécessaire de dire « Mon domaine [m']acquiert... ».13 Plus encore : les quatre coudées font acquérir des objets à une personne, sans qu'elle le sache ou qu'elle le désire14. Mais cet avantage des quatre coudées requiert une explication : puisque le mode d'acquisition par les quatre coudées n'est fondé que par le Kinyane 'Hatsère (auquel il demeure même inférieur, n'ayant été institué que dans la seule perspective de l'acquisition d'un objet, comme on l'a vu précédemment), comment est-il possible que l'acquisition par les quatre coudées ait plus de poids que le Kinyane 'Hatsère ?15

L'explication à cela est que la Yé'hidah d'un être, comprend et embrasse16 ses quatre coudées ; elle lui fait ainsi acquérir des objets sans même qu'il en exprime le désir ou qu'il le sache, car au niveau de la Yé'hidah, désir et entendement ne revêtent aucun sens. Pourtant, la Yé'hidah n'investit les quatre coudées que dans le seul but d'une « acquisition » : l'acquisition d'un objet matériel extérieur à la personne humaine. Les facultés de l'être, aux quatre degrés de NRNH, lesquelles correspondent aux quatre coudées,17 ne permettent pas de mettre à contribution et de révéler le degré de Yé'hidah. C'est seulement lorsque ces quatre degrés s'emploient à la purification et à la transfiguration d'un objet matériel extérieur à la personne – ce qui correspond à l'acquisition d'un objet situé dans son domaine –, en en faisant un outil du service de D.ieu, que le degré de Yé'hidah se manifeste à travers ces facultés.18