Ainsi, tout comme l'infini, caractère du Ein-Sof, présent dans la 'Hassidouth, apparaît sur un plan général dans tous les domaines de la Torah (ainsi qu'il a été expliqué au chapitre III), de même, l'expression du Ein-Sof par son extension au degré le plus trivial de la Création – pour le transformer et en faire même un réceptacle du divin –, apparaît dans l'ensemble de la Torah (tout en étant essentiellement véhiculé par la 'Hassidouth).

C'est là du reste, la pensée de nos Sages lorsqu'ils attribuent à D.ieu la parole : « J'ai créé l'inclination au mal, et J'ai créé la Torah pour l'épicer. » 1 Car à priori, cette affirmation a de quoi surprendre. En effet, de tous les mondes, le nôtre est le plus trivial, – « Il n'y a pas plus trivial que lui » écrit Rabbi Chnéour Zalmane2 –, et le mauvais penchant, au sein même de ce monde, caractérise ce qu'il y a de plus vil, au point même de faire dire au Talmud que « D.ieu (Lui-Même) " regrette " de l'avoir créé »3. Ajouter à cela que tous les mondes, jusqu'aux Mondes Supérieurs, sont littéralement insignifiants au regard de la Torah (d'où le fait que le Roi David ait été réprimandé pour avoir loué la Torah en disant que le moindre de ses commandements affectait les mondes supérieurs et inférieurs).4 Combien dérisoire peut alors apparaître une parole selon laquelle la Torah aurait été créée pour « épicer » l'inclination au mal !

Cependant, à la lueur de notre précédente discussion, cette affirmation revêt un sens : l'essence de la Torah – le fait qu'elle ne fasse qu'un avec l'Essence Divine –, est justement caractérisée par le fait qu'elle puisse « épicer » le mauvais penchant, car le pouvoir de neutraliser l'inclination au mal, et, plus encore, de la muer en bien,5 n'appartient qu'à l'Essence de D.ieu.

Le sens de cette idée est que tous les stades de révélation, jusqu'aux plus sublimes, sont circonscrits aux limites inhérentes aux formes de la « lumière » révélée à chaque degré. Aussi, le mal, lequel est l'opposé de ce qui est « lumière », peut-il venir contrarier ces révélations,6 car il n'est pas en leur pouvoir de le changer en bien ; elles ne peuvent que tenter de le combattre jusqu'à ce qu'il soit éradiqué. L'Essence Divine en revanche, est « simple », d'une absolue « simplicité »7 qui transcende toute « forme », et qui ainsi n'est pas sujette à antagonisme de ces « formes », d'où le fait qu'elle seule ait le pouvoir de subjuguer le mal et de le muer en bien.8

C'est également pour cette raison que le degré de la Torah qui ne fait qu'un avec l'Essence Divine est décrit9 comme « délectation auprès de Lui » ; le bonheur et le plaisir, En-Haut, sont le fruit de la distinction et la transfiguration de l'obscurité :10 la mutation de l'obscurité en lumière. C'est là le sens de « délectation auprès de Lui » ; c'est seulement en retournant l'obscurité à la lumière – à la « délectation » de la Torah –, que se trouve exprimée l'Intériorité de la Torah [Pnimiouth] telle qu'elle se confond avec ce que le Ein-Sof a de plus profond : telle qu'elle est « auprès de Lui ».