Pour essentielle que soit la Yé'hidah, elle ne nie pas pour autant les NRNH ; au contraire : la Yé'hidah constitue l'essence de chacun de ces degrés. (C'est là, du reste, l'une des différences entre les notions de « manifestation » [« Guilouï »], et d'« essence » [« Etsem »] : la « manifestation » caractérise une certaine particularité, c'est pourquoi ce qui ne correspond pas à sa forme spécifique de révélation n'est pas « elle ». Étant une révélation extérieure, elle exclut par définition ce qui ne lui est pas conforme. Etsem en revanche, est l'état d'essence de tout objet ou concept). Aussi, [du fait que l'essence sous-tend toutes les formes de manifestation], l'un des grands accents de la 'Hassidouth porte sur la façon dont les particularités s'unifient en leur essence. Cette mise en relief de la relation des particularités à l'essence sera d'autant mieux perçue en considérant la façon dont la 'Hassidouth infuse vie et vitalité aux quatre degrés du PaRDeS du Modé Ani.

Pour ce qui concerne les Sefiroth [attributs divins], qui caractérisent le degré « ésotérique » de l'interprétation du Modé Ani, la 'Hassidouth met en valeur la façon dont l'attribut de Mal'houth s'unit au degré de Yessod jusqu'à ce qu'ils ne forment plus qu'un : « Roi vivant et Éternel ». Ainsi, l'idée d'unité traduite par le verset « Il n'est rien en dehors de Lui » ne vient pas nier l'existence des Mondes mais vient plutôt signifier que les Mondes, pour autant qu'ils soient circonscrits aux limites imposées par leur existence propre (et tributaires des contraintes du temps et de l'espace), n'en demeurent pas moins parfaitement unis à l'Essence de la Lumière du Ein-Sof.

Au regard du concept des Mistvoth, qui était au cœur de l'approche homilétique (Drouch) du Modé Ani, la 'Hassidouth souligne le fait que même les commandements possédant un bien-fondé rationnel et que la Torah de vérité appelle Michpatim [« Jugements »], ont pour fondement essentiel la seule et unique volonté de D.ieu, laquelle transcende la raison.

Pour ce qui est de la Création, telle que l'explication allusive (Rémez) nous a permis de la percevoir, la 'Hassidouth met en évidence que même les aspects de l'univers à travers lesquels la Création semble avoir atteint un stade d'indépendance (et dont nous ne ressentons pas le renouvellement perpétuel), comme le renouveau de la vie humaine (et de l'univers), sont le fruit d'une re-création fondamentale, comme lors des six premiers jours de la Création.

Quant aux sentiments humains, qui font l'objet de l'explication littérale (Pchatt) du Modé Ani, il apparaît que la simple gratitude exprimée par le juif pour sa vie (à son réveil le matin) ne traduit que sa conviction de ce que son entière vitalité réside dans le fait d'être juif.