Ce qui a été dit précédemment à propos de l'apport de la 'Hassidouth aux trois degrés de Pchatt, Drouch et Rémez vaut également pour le degré « ésotérique » (Sod) du Modé Ani.

Dans leur interprétation Kabbalistique, les mots « Roi vivant et éternel » caractérisent l'attribut de Mal'houth [« Souveraineté », « Royauté »], tel qu'il se fond dans l'attribut de Yessod [« Fondation »], pour constituer le degré dont émane la restitu­tion de l'âme. La 'Hassidouth s'emploie à clarifier et à expliquer cette idée en termes intellectuellement compréhensibles (ce qui vaut du reste, pour tous les concepts kabbalistiques, dont les explications rationnelles ne sont rendues possibles qu'au moyen de la 'Hassidouth, ainsi qu'il a été exposé au chapitre 1). Mais il y a plus. A travers les explications de la 'Hassidouth c'est la teneur profonde de l'interprétation qui est perçue, et l'idée « vit » alors tout autrement.

La 'Hassidouth parvient à cette clarification de l'interprétation kabbalistique en expliquant que l'attribut de Mal'houth caractérise le degré du divin qui possède une affinité avec la Création, et qui est ainsi à l'origine des limites du temps (et est aussi affecté par elles). L'attribut de Yessod, lui, est un aspect du divin qui est au-delà du domaine relationnel du divin à la Création. Ainsi, tous les attributs du divin « précédant » Mal'houth ne sont tributaires ni de l'espace ni du temps.1(Aussi la manifestation de ces attributs a pour effet de faire disparaître les notions même d'espace et de temps). La fusion des attributs de Mal'houth et de Yessod caractérise la révélation de la lumière du Ein-Sof– laquelle transcende les mondes –, au sein du degré du divin qui a lui investi la Création.

C'est là le sens de l'affirmation selon laquelle la restitution de l'âme émane du degré de « Roi vivant et Éternel » : la restitution de l'âme chaque matin consiste en effet en la création d'un être entièrement nouveau (ainsi qu'il a été expliqué au chapitre XIII). La création à partir du néant (« Yech MéAïne »), s'opère tout spécifiquement à travers l'attribut de Mal'houth (car les attributs « précédant » Mal'houth ne peuvent donner lieu à une existence « indépendante »). Cependant, la propriété de Mal'houth de pouvoir créer ex nihilo ne saurait provenir que de l'Essence du Or Ein-Sof (la Lumière Infinie)2 laquelle transcende la cadre de la relation aux mondes. Car du fait que l'Essence du Or Ein-Sof est entièrement transcendante, elle ne saurait être affectée même par les notions de « néant » et d'« existence », aussi a-t-elle le pouvoir d'opérer la mutation du néant en « existence ». On ne peut en dire autant de la Lumière qui à rapport aux mondes ; celle-ci est, pour ainsi dire, confinée dans les limites imposées par le « néant » et l'« existant », dont elle est tributaire.

Cette reconnaissance de ce que la création ex nihilo n'émane que de l'Essence de D.ieu ne vient à la personne qu'à travers sa Yé'hidah. Deux concepts sont au cœur de cette idée : 1) L'appréhension de l'Essence du Or Ein-Sof n'est possible qu'à travers le degré de l'âme qui est lui même unifié à son essence. (Les quatre degrés de NRNH sont eux, liés au degré du divin qui est manifeste dans les mondes) : 2) La vraie reconnaissance du sens de la création ex nihilo consiste à prendre pleinement conscience (et non pas comprendre sur le seul plan intellectuel) qu'il n'y a strictement aucune possibilité d'existence d'une entité séparée, et que chaque existence est une création nouvelle provenant du divin ; d'où il découle nécessairement que cette création émane de l'Essence du Or Ein-Sof. Une telle reconnaissance n'est possible qu'en vertu du degré de Yé'hidah, ainsi qu'il a été expliqué au chapitre XIII.