La façon dont la 'Hassidouth illumine et vivifie le degré du Drouch [explication homilétique] du Modé Ani peut être ainsi exposée.

L'interdiction de retenir un objet déposé chez soi, en raison des dettes contractées envers nous par son propriétaire, serait [n'était l'explication de la 'Hassidouth] incompréhensible. Car dès lors que le propriétaire est redevable au gardien, et que ce dernier n'a pas d'autre moyen de récupérer sa dette, pourquoi ne saisirait-il pas l'occasion d'obtenir ce qui lui revient de droit ? Quel différence y a-t-il avec le cas où l'objet aurait été volé au gardien, auquel cas, si l'objet ne peut être repris au voleur par les tribunaux, on a le droit de le faire acheter au voleur par un tiers afin de le récupérer.1

La 'Hassidouth explique que le principe fondamental régissant tous les commandements – même ceux dont on peut comprendre le bien-fondé –, est la volonté suprême laquelle

transcende la raison2 (car la volonté divine, même lorsqu'elle revêt l'aspect de la raison, ne perd pas rien de son essence et de son caractère absolu.)3 Aussi, même les commandements à caractère rationnel appelés Michpatim (« jugements »), doivent être accomplis, en premier lieu, pour la seule raison qu'ils sont la volonté du Créateur, et en acceptant le joug divin (« Kabalath Ol »), c'est à dire de la façon dont sont accomplis les 'Houkim4 (commandements à caractère supra-rationnel). (Il demeure cependant que les commandements qui comportent un bien-fondé rationnel, parce que la volonté suprême qui les sous-tend à en la circonstance, revêtu l'aspect de la raison – et que la Torah appelle ainsi, Michpatim –, doivent également être accomplis5 pour leur caractère rationnel).6

Et puisque tous les commandements ne sont que la volonté de D.ieu, laquelle se confond avec D.ieu Lui-Même, ainsi, de même qu'on ne peut dire que l'existence D.ieu sert un projet annexe (à D.ieu ne plaise), on ne peut également dire des Mitsvoth qu'elles existent pour servir un autre projet. Elles sont elles-mêmes leur seul propos et leur seule finalité. A ce titre, et pour en revenir à la loi qui nous occupe – l'injonction de restituer un objet confié pour en prendre soin –, celle-ci n'a pas pour (unique) propos le bénéfice du propriétaire (c'est à dire que l'objet lui soit librement et intégralement restitué); en fait, l'acte de restitution est en lui-même sa propre finalité.

Aussi, bien que le propriétaire doive de l'argent au dépositaire et ne lui ait pas payé sa dette, on ne peut pour autant soutenir que le dépositaire puisse conserver l'objet confié, car lui aussi est astreint à la Mitsvah de restitution.7

Cette réelle conviction [d'une volonté de D.ieu, qui ne revêt pas l'aspect de la raison] ne provient que de la Yé'hidah. Car du fait que le lien des NRNH avec leur Créateur est inhérent à leurs formes respectives, leur appréhension de la volonté suprême est limitée par la forme qui la véhicule. Seule la Yé'hidah, qui ne possède ni forme, ni la moindre aspiration propre, et dont l'attachement au divin n'a pour autre teneur et finalité que le divin, lui-même, peut concevoir en elle-même l'essence véritable de la volonté suprême dans son absolue simplicité, et comprendre qu'elle n'a pour autre finalité que cette même volonté.