On peut constater, après cet exposé du sens immédiat du Modé Ani, que la 'Hassidouth n'introduit pas d'interprétation supplémentaire à celle déjà donnée au degré du Pchatt du Modé Ani, (car pour la 'Hassidouth, le Modé Ani consiste également en un hommage rendu pour avoir « restitué en moi mon âme »). En réalité, la 'Hassidouth clarifie avec acuité, et met en lumière son sens, en soulignant ce qu'est l'âme (et la vitalité) du juif, et ce pourquoi il exprime son remerciement. Ceci vaut pour les interprétations du Modé Ani aux degrés du Remez, du Drouch et du Sod ; la 'Hassidouth y projette une intense lumière, ainsi qu'il va être montré à travers l'analyse ci-après.

Au degré du Rémez, l'allusion à la Résurrection des Morts, à travers la restitution de l'âme chaque matin (sans l'explication qu'en donne la 'Hassidouth), apparaît bien lointaine. En effet, (non seulement le sommeil n'est qu'un soixantième de la mort, mais encore) le renouveau de la restitution de l'âme après le sommeil tient au seul rattachement de l'âme au corps, alors que le renouveau au temps de la Résurrection des Morts affectera le corps et l'âme en tant que tels. Préalablement à la Résurrection des Morts, seul l'os appelé Louz sera resté du corps,1 il s'ensuit que l'âme (dont le sort est généralement lié à celui du corps), sera également l'objet d'une mutation fondamentale. Lors de la Résurrection, un corps entier2 sera régénéré à partir de cet os, et de façon similaire, l'âme traversera une série d'étapes à l'issue de laquelle elle aussi sera « reconstruite », pour ensuite pénétrer le corps. Aussi l'allusion à la Résurrection des Morts à travers la restitution quotidienne de l'âme, est-elle purement allégorique.

C'est ici que la 'Hassidouth intervient pour expliquer que même lors de la restitution quotidienne de l'âme, le renouveau ne tient pas qu'au rattachement de l'âme au corps, mais qu'il s'agit en fait d'une régénération du corps et de l'âme eux-mêmes. (C'est du reste la raison pour laquelle il est dit que chaque matin la personne devient un être nouveau).3 La raison en est, il est vrai, qu'à chaque instant la Création est à nouveau portée à l'existence, exactement comme lors des Six Jours de la Création.4 (Cependant, la Résurrection des Morts est tout particulièrement préfigurée par la restitution quotidienne de l'âme, car l'expression et la révélation de la création perpétuelle de l'univers, ex nihilo, apparaît avec plus d'éclat le matin).5

On ne saurait réellement reconnaître et ressentir ceci [la perpétuelle création ex nihilo] qu'à la faveur de la révélation de la Yé'hidah. Car les quatre degrés de NRNH sont tributaires de leurs « Mondes » respectifs (Néfèche, de Assiah : le Monde de l'Acte ; Roua'h, de Yetsirah : le Monde de la Formation ; Nechamah, de Briah : le Monde de la Création ; 'Hayah, de Atsilouth : le Monde de l'Émanation),6 de façon trop inhérente pour que leur appréhension spontanée soit autre qu'une conscience de l'absolue existence de leur monde. Le sentiment que les Mondes n'ont pas la moindre existence propre, et qu'ils sont constamment recréés depuis le néant, est pour ces quatre degrés, une conception « nouvelle », et annexe.

Seul le degré de Yé'hidah,7 qui transcende tous les Mondes permet de percevoir de façon intrinsèque que les mondes sont néant, et qu'ils ne doivent leur existence qu'à une création renouvelée à chaque instant.