La vitalité que la 'Hassidouth introduit au sein du degré du Pchatt, dans le Modé Ani (l'idée du remerciement pour avoir restitué « mon âme en moi ») réside dans l'accent mis sur le mot « Nichmati », « mon âme ». C'est en effet pour la restitution d'une âme spécifiquement juive que la gratitude est exprimée. Si une autre âme avait été rendue1, bien qu'il se fût également agi d'une résurrection (d'un soixantième de la mort), la reconnaissance n'aurait pas été si intense. Car à la lumière de la Yé'hidah, seule la vie authentiquement juive est ressentie comme telle, et confère à l'être qu'elle anime le nom de « Adame ».2 La seule vie charnelle et physique, serait celle d'une nation que la Torah compare aux ânes3, et pour laquelle il n'y aurait aucune raison d'être reconnaissant.

Bien que la vie du corps soit assurément un stade important d'existence4, et surtout s'il s'agit de la vie humaine,5 il demeure néanmoins que les Juifs sont appelés « fils de rois »,6 et que le concept de « vie » pour un prince, tient à sa relation avec son père, le roi. En effet, s'il était offert à un prince une vie qui le couperait de son père, le roi, pour l'amener à vivre de façon vile, non seulement il n'apprécierait pas une telle vie, mais encore il y répugnerait.

[On connait, à ce propos l'histoire du 'Hassid Rav Yékoutiel Lipler, qui lorsque Rabbi Chnéour Zalman voulut le bénir pour une longue vie, s'écria : « Oui mais pas avec des années de paysan ! [c'est à dire une vie de paysan] De celui qui a des yeux mais ne voit pas, des oreilles mais n'entend pas ; qui ne voit ni n'entend le divin. »7 A priori, une telle réponse peut surprendre. Car lorsque l'on se voit offert un cadeau, surtout s'il s'agit d'un cadeau de valeur, il n'est pas convenable d'y poser le préalable que le cadeau soit encore plus important. Aussi, la longévité étant en elle-même fort appréciable (et ce d'autant que, comme on l'a dit précédemment, la vie permet d'accéder à toutes les autres formes de contentement terrestres), on comprend mal que Rav Yékoutiel ait pu y mettre une condition.

En réalité, Rav Yékoutiel ne désirait pas que la mesure de bénédiction fût augmentée, mais plutôt que cette longévité consiste en une vie de jours réellement vécus. Car pour lui, il allait de soi, que la véritable existence consiste en la perception par les yeux et les oreilles, du divin. D'où sa condition : « Mais pas avec des années de paysan », car pour lui des jours vécus sans percevoir D.ieu, ne sauraient mériter le nom d'existence ; au contraire, cette sorte de jours lui répugnait.]

Un tel sentiment ne provient que de la manifestation de la Yé'hidah. Les catégories de NRNH, du fait qu'elles revêtent une certaine forme (émotionnelle, ou intellectuelle) sont des entités en elles-mêmes, chez qui le divin constitue un aspect parmi d'autres et non l'essence. Aussi ces quatre degrés peuvent-ils, dans une faible mesure au moins, s'accommoder d'une vie dénuée de perception du divin. Au degré de Yé'hidah en revanche, qui caractérise par définition l'union avec l'essence de D.ieu, rien ne saurait être considéré en dehors de D.ieu.