Je comprends que tous les sept ans il y a une année sabbatique pendant laquelle les agriculteurs israéliens laissent reposer leurs champs et où toutes les dettes sont annulées. Comment fonctionne cette annulation ? Que se passe-t-il si quelqu’un me doit de l’argent ? Suis-je vraiment obligé d’y renoncer ? J’ai entendu dire qu’il y a quelque chose qui s’appelle un prouzboul et qui permet en quelque sorte de contourner la loi. Qu’est-ce qu’il en est ?

Bonne question. Commençons par le début. Nous lisons dans le livre du Deutéronome :

Telle est la loi de la Chemita : que tout créancier relâche sa main de ce qu’il aura prêté à son prochain. Il ne fera pas pression sur son prochain ou sur son frère, car le temps de la rémission en l’honneur de D.ieu est arrivé.1

Ceci nous enseigne qu’un des aspects de l’observance de la Chemita (le terme hébraïque pour désigner l’année sabbatique) est l’abandon de toutes les créances. Toute dette qui n’a pas encore été remboursée à la fin du dernier jour de l’année de Chemita est annulée. Même si un emprunteur souhaite rembourser sa dette, le prêteur ne peut pas l’accepter, à moins qu’il rappelle à l’emprunteur que la dette a été annulée et que celui-ci insiste pour lui donner l’argent malgré tout « à titre de cadeau ». (Il est en effet considéré louable pour un emprunteur d’agir ainsi.)

Dans le même temps, la Torah nous interdit de nous abstenir de prêter de l’argent de peur que la Chemita annule le prêt, et nous ordonne de prêter volontiers en dépit du risque de ne pas être remboursé.

Dans les mots de la Torah :

Garde-toi de nourrir une pensée perverse en ton cœur, en te disant : « La septième année, l’année de rémission, approche » et tu verrais ton frère nécessiteux d’un mauvais œil et tu ne lui donnerais pas... Tu lui donneras assurément, et ton cœur ne sera pas malheureux en lui donnant, car pour cela l’Éternel ton D.ieu te bénira dans tout ce que tu feras et dans tout ce que tu entreprendras.2

Qu’en est-il de nos jours entre prêteur et emprunteur ? Comment peut-on prêter de l’argent sachant que la dette sera effacée au bout de quelques années ?

Hillel vit que les gens évitaient de prêter de l’argent à mesure que l’année de Chemita approchait

Ce problème existe depuis plus de 2000 ans. Au premier siècle avant l’ère commune, Hillel l’Ancien vit que les gens évitaient de prêter à mesure que l’année de Chemita approchait. Cela posait deux problèmes : 1) Les riches transgressaient l’interdiction de la Torah de se retenir de prêter par crainte de la Chemita. 2) Les pauvres qui avaient désespérément besoin de prêts n’en trouvaient plus. Il y remédia de manière innovante.

Hillel remarqua que la Torah nous dit que seules les dettes privées3 sont annulées par la Chemita : « Il ne fera pas pression sur son prochain ou sur son frère. » Si, en revanche, l’on doit de l’argent au tribunal (c’est-à-dire à la communauté), la Chemita n’affecte pas le prêt. Sur cette base, il institua le prouzboul : un mécanisme par lequel les dettes sont transférées à un beth din (tribunal religieux).4 En faisant un prouzboul, on rend ses créances privées publiques et donc exigibles.5

N’est-ce pas un artifice conçu pour contourner une loi divinement prescrite ?

Le Talmud6 explique que, de nos jours, l’abandon des prêts dans le cadre de la Chemita n’est plus en vigueur selon loi biblique.7 Ainsi, comme la Chemita que nous observons aujourd’hui est une institution rabbinique, Hillel avait le droit de contourner ces lois en fonction de la nécessité de l’époque.

Quand fait-on le prouzboul ?

Bien que les prêts ne soient pas annulés jusqu’à la fin de l’année de Chemita, certaines autorités ont statué qu’un prêteur ne peut exiger le paiement d’un prêt après le commencement de celle-ci (bien qu’il ait le droit d’accepter si l’emprunteur souhaite rembourser de son propre chef). Pour cette raison, beaucoup ont l’habitude de faire un prouzboul avant Roch Hachana immédiatement avant l’année de Chemita de sorte à pouvoir être remboursés tout au long de celle-ci. Une fois le prouzboul effectué, les prêts concédés par la suite nécessiteront un prouzboul supplémentaire.

D’autres se contentent de faire un prouzboul à la fin de la septième année, juste avant que les prêts soient annulés. Pour parer à toutes les éventualités, beaucoup font le prouzboul deux fois : une fois avant l’année de Chemita, et une nouvelle fois juste avant qu’elle ne se termine. Telle est la coutume ‘Habad.

Il est possible de faire le prouzboul jusqu’à Roch Hachana (jusqu’à dimanche 13 septembre 2015).

Que dois-je faire ?

Voici le texte hébraïque du prouzboul :

Haréni mosser lakhèm kol ‘hovot cheyèch li, chéégbéh otam kol zemane chéertsé.

En voici la traduction en français (tout aussi valable) :

« Je vous transmets [à vous le Beth Din] toutes les dettes qui me sont dues, de sorte que je puisse les recouvrer à tout moment, quand je le voudrai. »

Il y a deux manières de transmettre le texte au Beth Din :

Faites votre prouzboul en ligne

a) La manière la plus simple et la plus pratique est d’assister aux offices religieux du matin dans votre synagogue le jour avant Roch Hachana. Après l’office, une cérémonie d’hatarat nedarim est accomplie au cours de laquelle chaque membre de la congrégation se tient devant un beth din composé de trois (ou, dans certaines communautés, de dix) de ses pairs et récite une déclaration d’annulation des vœux. (Cliquez ici pour en savoir plus sur hatarat nedarim.) Immédiatement après avoir fait sa hatarat nedarim, chacun récite le texte du prouzboul ci-dessus, transmettant ainsi par voie orale toutes les dettes à ce tribunal ad hoc.

b) Si ce qui précède n’est pas possible, vous pouvez transmettre vos dettes à un beth din par écrit. Cliquez ici pour faire un prouzboul en ligne.

Que faire si personne ne me doit d’argent ?

En raison du caractère exceptionnel de la mitsva de prouzboul, le Rabbi de Loubavitch de mémoire bénie a encouragé tout le monde à faire un prouzboul. Il a suggéré que même quelqu’un qui n’a pas de créances à collecter, et donc n’a pas besoin d’un prouzboul, prête symboliquement une petite somme d’argent à quelqu’un d’autre afin d’être en mesure d’observer cette institution rabbinique si rare – mais si facile à accomplir – qu’est le prouzboul.