Je partage avec vous une lettre qui a été écrite il y a trois décennies, mais qui vient d’être portée à ma connaissance et qui m’a fait pleurer. Pour comprendre pourquoi elle a eu un impact si profond sur moi, il est nécessaire de connaître le contexte.

Quand nous étions jeunes hommes, Mendel Shemtov, un autre étudiant en rabbinat, et moi-même avons été envoyés à Kherson en Ukraine pendant trois mois. Nous étions peut-être les premiers Juifs ouvertement pratiquants à venir de l’extérieur de l’URSS en 70 ans ! Alors que la perestroïka venait d’entrer en vigueur, nous avons enfin pu aider à reconstruire la communauté et faire découvrir à nos frères juifs – qui avaient été prisonniers derrière le Rideau de Fer pendant si longtemps – les fondements mêmes de notre tradition. J’ai quitté l’Ukraine en janvier 1991 et j’y suis retourné l’été suivant. Pendant mon absence, la nouvelle communauté juive de Kherson a envoyé cette lettre au Rabbi pour le remercier d’avoir envoyé des émissaires en Ukraine. La réponse du Rabbi, écrite à la main dans les marges, se lit en partie comme suit : « D’après le contenu de cette lettre, nous voyons clairement l’âme divine qui œuvre au sein des soussignés, et que cette âme est une parcelle de D.ieu venue d’en haut, littéralement. »

La communauté juive de Kherson réorganisée envoya cette lettre au Rabbi pour
le remercier d’avoir envoyé des émissaires en Ukraine.
La communauté juive de Kherson réorganisée envoya cette lettre au Rabbi pour le remercier d’avoir envoyé des émissaires en Ukraine.

C’est inspirant en soi. Mais il y a une deuxième partie à cette histoire.

Mon collègue le Rav Orenshtein m’a raconté que peu de temps avant que la communauté juive de Kherson n’écrive cette lettre au Rabbi, il leur avait enseigné le célèbre passage du deuxième chapitre du Tanya qui décrit l’âme divine comme « une parcelle de D.ieu d’en haut, littéralement ».

Apparemment, le mot « littéralement » a provoqué une certaine agitation parmi les étudiants.

Maria, la femme juive qui traduisait ces cours du yiddish au russe, a annoncé qu’elle ne pouvait pas y croire.

« De quoi parlez-vous ? » Vitaly, l’un de nos étudiants les plus directs, a demandé au Rav Orenshtein. « Nou, vraiment, vous dites que je suis une partie de D.ieu ?! »

Et le débat a continué.

Leur lettre au Rabbi ne faisait pas mention de l’âme divine ou de leur difficulté à comprendre comment une partie de D.ieu au sens littéral peut vivre en chacun de nous. Mais d’une certaine manière, le Rabbi a senti que cela les dérangeait et a trouvé un moyen de répondre à leurs préoccupations.

« Si vous voulez une preuve de la résilience de l’âme divine, leur disait le Rabbi, ne cherchez pas plus loin que les membres de la communauté de Kherson, enfermés derrière le Rideau de Fer pendant des décennies, qui étudient maintenant la Torah et s’engagent à la respecter. »

Aujourd’hui, nombre de nos anciens élèves sont devenus des leaders juifs à part entière. Deux d’entre eux sont même des émissaires ‘Habad !

Le Rabbi a trouvé un moyen de répondre à la question non posée par mes élèves, et il y a là un message que j’ai l’intention de prendre à cœur :

Toute personne qui a le courage de s’investir dans une mitsva de plus est la preuve vivante de cette phénoménale ligne du Tanya : l’âme divine est une parcelle de D.ieu d’en haut. Littéralement.