Un homme et une femme se présentèrent un jour chez un rabbin. La femme exigeait le divorce. La raison en était que son mari rentrait ivre à la maison et lui disait toutes sortes de choses désagréables. En réponse, celle-ci lui criait dessus. Il lui lançait alors quelque chose, et elle lui jetait autre chose. Chez eux, la troisième guerre mondiale éclatait, presque tous les soirs.

Malgré ces difficultés, le rabbin vit que ce mariage avait du potentiel, voire beaucoup, si seulement les deux apprenaient à modifier leur conduite. Il demanda donc à la femme d’essayer encore une fois, et il promit que si cela ne fonctionnait pas, il veillerait à ce que le divorce soit conclu.

Que suggéra le rabbin ? Il a dit à la femme : « J’ai un ancien livre de Kabbale qui contient un remède aux conflits entre époux. » Il donna à la femme des instructions détaillées : elle devait apporter une bouteille contenant exactement 250 ml à un mikvé après minuit un soir de Roch ‘Hodech, le premier jour du mois. Elle devait remplir la bouteille d’eau trois fois et la vider trois fois. Ensuite, elle devait remplir à nouveau la bouteille, l’envelopper dans un sac pour que les autres ne la voient pas et la ramener à la maison.

« Lorsque votre mari rentrera à la maison, poursuivit le rabbin, vous prendrez une cuillère à café de cette eau. Vous ne la cracherez pas et ne l’avalerez pas tant que votre mari ne se sera pas endormi. »

La femme prépara la bouteille et l’eau. Cette nuit-là, elle entendit son mari rentrer à la maison. De loin, elle comprit qu’il était ivre et qu’il disait des choses très désagréables.

Obéissant aux instructions, elle prit l’eau, en mit une cuillère à café dans sa bouche et la garda là. Son mari entra dans la maison et se mit à la couvrir d’insultes. Bien sûr, elle mourait d’envie de lui hurler dessus, mais elle ne pouvait pas : elle avait l’eau dans sa bouche. Et ainsi, son mari continua de crier pendant une demi-heure.

Finalement, devant l’absence de réponse, il se fatigua et s’endormit. Alors la femme se dépêcha de cracher l’eau. Elle se mit à crier et à libérer toute la haine qui s’était accumulée en elle pendant qu’il lui criait dessus. Mais cela ne dérangea pas son mari. Il ronflait et n’entendit pas un mot de ce qu’elle disait.

Le lendemain, la même chose se produisit. Il rentra à la maison et se mit à crier, mais elle ne pouvait pas lui répondre car elle avait l’eau dans la bouche. Mais ce jour-là, il y eut un changement : il ne cria que pendant 25 minutes, puis s’endormit.

Jour après jour, la scène se répéta, mais à chaque fois le mari criait un peu moins. Bientôt, il ne cria qu’une minute ou deux, et au bout d’un moment, il cessa complètement de crier.

Lorsque les cris s’arrêtèrent, ils purent communiquer entre eux. Dès lors qu’ils commencèrent à se parler, ils commencèrent finalement à s’apprécier.

Le remède suggéré par le rabbin était-il écrit dans la Kabbale ? Eh bien, pas explicitement, mais la Kabbale enseigne les vertus de la tolérance. Ce que le rabbin disait était essentiellement : « Ignorez-le et laissez-le atteindre son équilibre. Alors vous verrez que les choses pourront s’arranger. » Et ça a marché. Pourquoi ? Parce qu’en ignorant quelque chose, vous l’affaiblissez jusqu’à le décourager complètement.

Le même concept s’applique à nos pensées. La clé est de repousser une pensée indésirable des deux mains, de diriger notre esprit vers un autre centre d’intérêt et de laisser la pensée indésirable s’écouler de notre conscience naturellement, sans effort.

La ‘Hassidout met en évidence le pouvoir de notre intellect, et nous enseigne que celui-ci est la clé des émotions.1 Tout comme une clé avec laquelle on peut soit allumer ou éteindre le moteur d’une voiture, en concentrant ou en désactivant notre attention mentale, nous pouvons contrôler nos émotions.

Changer les événements qui se sont produits n’est pas en notre pouvoir ; ils font partie de l’histoire. Mais nous pouvons changer la nature de la façon dont nous réagissons à ce qui s’est passé. Nous avons un contrôle total de notre intellect et pouvons décider de ce à quoi nous voulons penser et de ce à quoi nous ne voulons pas penser. Et lorsque nous mettons ce contrôle en pratique, nous devenons alors maîtres de nos émotions.

Prenons, par exemple, les sentiments de colère. Comme nous l’avons mentionné précédemment, nos Sages enseignent qu’une personne qui se met en colère et perd son sang-froid est considérée comme si elle adorait des idoles. On pourrait se demander : si une personne est provoquée et ressent sa colère monter, n’est-il pas préférable qu’elle laisse celle-ci éclater ? La psychologie moderne dit que si une personne laisse la pression intérieure s’accumuler, cela peut causer des problèmes. Elle devient comme une cocotte-minute, et cela peut même affecter sa santé. Si, cependant, elle laisse s’exprimer ce qu’elle ressent, cela soulage la pression et elle peut ensuite se calmer et redevenir elle-même. S’il en est ainsi, pourquoi la Torah nous dit-elle de ne pas libérer la colère ?

Il y a deux résolutions à cette question : premièrement, on peut sublimer la colère et exprimer son énergie sous une forme positive. La façon dont une personne s’exprime n’a pas à être destructrice. La même énergie peut être libérée par des canaux positifs. Au lieu de se laisser aller à la colère, on peut serrer les dents et s’appliquer avec détermination à surmonter une épreuve à laquelle on est confronté.

De plus, si l’énergie brûle à l’intérieur d’une personne, il peut certes être préférable qu’elle la laisse sortir. Ce que la Torah exige, cependant, est de ne pas atteindre ce point, de ne jamais laisser son sang en arriver à bouillir à l’intérieur.

Pourquoi se met-on en colère ? Non pas à cause de ce qui s’est passé, mais parce que l’on pense à ce qui s’est passé et que l’on se concentre dessus. Nous avons une alternative. Il n’est pas nécessaire d’alimenter ce feu. Il est possible de détourner ses pensées du facteur contrariant et de se concentrer sur autre chose.

L’enjeu n’est pas de travailler sur des méthodes de relâchement de la pression, mais d’avoir une longueur d’avance ; de travailler sur la manière d’empêcher la pression de s’accumuler. Et cela implique de discipliner nos pensées.

C’est un principe de base de la Torah. Tout comme nous devons discipliner nos actions et notre discours, nous devons aussi discipliner nos pensées. Celui qui s’y applique avec effort finit par atteindre le contrôle de soi.

Prenons l’exemple de la jalousie. Si quelqu’un voit quelque chose qu’une autre personne possède et que sa réaction naturelle est de devenir jaloux, il se peut qu’il ne puisse pas changer cette réaction naturelle facilement. Ce qu’il peut faire en revanche, c’est ne pas entretenir des pensées de jalousie. C’est quelque chose dont il a le contrôle.

Il peut ne pas être en mesure d’empêcher une pensée jalouse d’émerger du subconscient dans le conscient. C’est une réaction naturelle. Mais il peut – et doit – se contrôler pour ne pas s’attarder à cette pensée.

Chaque fois qu’une pensée jalouse vient à l’esprit, il faut ne pas la contempler mais détourner son attention. La pensée peut revenir plusieurs fois. Mais à mesure que l’on fera l’effort de contrôler sa conscience, ces pensées jalouses seront beaucoup moins fréquentes. En fin de compte, elles cesseront d’apparaître du subconscient.

Le même concept s’applique en ce qui concerne les pensées de haine. La Torah nous dit de ne pas haïr un autre Juif.2 Mais que se passe-t-il si une autre personne nous fait terriblement mal ? Il est naturel que des sentiments de haine soient suscités. Comment pouvons-nous les contrôler ?

La réponse est qu’il est en effet très difficile de changer ce que nos tripes nous dictent pour ne pas réagir avec colère ou haine dans un tel cas. Cela peut être hors de notre contrôle. Une fois qu’une telle chose a eu lieu, des pensées de haine commenceront probablement à apparaître.

Mais c’est ici que nous devons exercer un contrôle. Nous avons la capacité de nous empêcher d’occuper notre esprit avec des pensées de haine.

Comment pouvons-nous nous arrêter ? Non pas en repoussant la haine d’une seule main, mais en s’en détournant totalement, en passant à un sujet complètement différent. Cela empêche les sentiments de haine d’être renforcés et amplifiés. De la sorte, ils ne s’embraseront pas et finiront par disparaître.

Ces pensées de haine peuvent continuer à revenir. Néanmoins, lorsqu’elles sont ignorées une fois, deux fois, trois fois et même cent fois, elles finissent par cesser de surgir du subconscient.

Beaucoup d’entre nous peuvent regarder en arrière dans notre passé et constater que lorsque nous étions plus jeunes, nous étions obsédés par certaines choses. Nous les voulions et ne pouvions pas arrêter de penser à elles. Le matin, l’après-midi, à l’école, pendant les repas, la nuit, quand nous nous endormions, dans nos rêves ; c’était presque comme si c’était tout ce à quoi nous pensions.

Quand nous y repensons maintenant, nous nous demandons : « Que s’est-il passé ? Pourquoi ne suis-je plus obsédé par ces mêmes pensées ? Qu’est-ce qui a changé ? » Souvent, la situation n’a pas changé et ce désir n’a jamais été satisfait.

Pourquoi alors ne continue-t-on pas à y penser ? La réponse est très simple. Plusieurs années ont passé, et dans l’intervalle, nous avons été confrontés à de nouvelles situations, à de nouveaux désirs et à de nouveaux problèmes, et peut-être même à de nouvelles obsessions. Nous avons consacré tellement de temps et d’attention à ces nouvelles choses que nous avons perdu tout intérêt pour les anciennes. Nous leur avons accordé de moins en moins d’attention et nous avons finalement cessé d’y penser.

C’est ce que nous devrions faire des sentiments de dépression et de toutes les pensées négatives. En général, nous devons savoir que tout ce qui se passe est bon et que, par conséquent, une personne doit toujours être bessim’ha, remplie d’une vraie joie. Nous devons intérioriser cette idée et en faire une partie de nous. Cela nous aidera à ne pas perdre notre équilibre lorsque des choses indésirables se produisent.

Mais si quelque chose parvient à nous bouleverser, nous devons savoir que nous avons une alternative. Celle-ci n’implique pas de méditer sur la façon dont l’élément bouleversant est en réalité un bien déguisé. Une personne très bouleversée ne pourra pas toujours honnêtement arriver à une telle prise de conscience. Ce que nous pouvons faire – et ce que nous devons faire, si nous voulons préserver notre équilibre intérieur –, c’est diriger notre attention vers un autre sujet, et recommencer encore et encore jusqu’à ce que ne plus être perturbés par la pensée bouleversante. Arrivés au stade où nous ne sommes plus contrôlés par nos pensées déprimantes, nous pouvons alors nous concentrer sur la vérité que la Torah enseigne : que tout vient de D.ieu et est par essence bon.