Le mois d’Eloul est un mois de préparation à Roch Hachana et à Yom Kippour. Voilà pourquoi les Juifs sonnent le choffar (presque) tous les jours du mois.

Quand sonne-t-on ?

Le meilleur moment pour sonner le choffar est juste après l’office du matin, quand l’assemblée est encore réunie. Vous l’avez manqué ? Vous pouvez encore attraper une sonnerie du choffar jusqu’au coucher du soleil.1 Nous sonnons du choffar tous les jours, excepté Chabbat, du 1er au 28 Eloul. Nous ne sonnons pas le 29 Eloul, la veille de Roch Hachana.2

Que sonne-t-on ?

Au moyen d’une corne de bélier casher, nous sonnons une version condensée de la séquence complète sonnée à Roch Hachana :

Un coup long, trois coups de taille moyenne (plus un tout petit coup), neuf coups brefs, un coup long.
Un coup long, trois coups de taille moyenne (plus un tout petit coup, un coup long.
Un coup long, neuf coups brefs, un coup long.

Telle est la coutume chez ‘Habad ; certains ne sonnent que le premier segment. À Roch Hachana, la séquence est beaucoup plus longue, avec beaucoup plus de critères et de spécifications.

Pourquoi sonne-t-on ?

Pour de nombreuses raisons. En voici quelques-unes :

a. Après qu’Israël ait commis le péché du veau d’or, Moïse passa 40 jours à implorer le pardon de D.ieu. Puis il monta de nouveau sur le mont Sinaï pour 40 jours, après quoi il descendit avec les deuxièmes Tables. Cette dernière ascension, qui débuta le premier Eloul et se poursuivit jusqu’à Yom Kippour, s’accompagna de sonneries de choffar. Pour commémorer cela, nous sonnons du choffar pendant le mois d’Eloul.3

b. Eloul est le mois au cours duquel nous examinons nos âmes en prévision des Jours Solennels. Les poignantes sonneries du choffar nous inspirent à nous rapprocher de D.ieu, comme il est écrit : « Le choffar sonnera-t-elle dans une ville sans mettre le peuple en émoi ? »4

c. Sonner le choffar, qui est en fait une activité de Roch Hachana, un mois à l’avance confond l’ange accusateur, qui n’a désormais plus aucune idée de quel jour est le véritable Roch Hachana.5

Hein ? Comment le fait de sonner le choffar pendant un mois est-il censé confondre l’ange accusateur ? Personne ne lui a jamais envoyé un calendrier juif par la poste ? Cet ange rusé ne s’aperçoit-il pas de la supercherie, même au bout de plusieurs siècles ?

Le Rabbi6 donne un merveilleux enseignement à ce sujet :

Tout d’abord, ce n’est pas la seule fois que nous entreprenons d’embrouiller l’accusation. Le jour de Roch Hachana, nous sonnons du choffar plus que nécessaire, nous dit le Talmud, « pour confondre l’ange accusateur ». Sur ce passage talmudique, Rachi7 explique : quand le procureur voit comment nous chérissons les commandements de D.ieu – en allant bien au-delà de ce qui est requis – il n’a tout simplement plus rien à dire.

Quelque chose de semblable se produit quand nous sonnons du choffar pendant tout un mois avant Roch Hachana. En faisant cela, nous aurons inévitablement des remords pour les méfaits du passé et nous nous engagerons sur un nouveau chemin. S’il en est ainsi, l’affaire est déjà conclue et nous avons gagné. D.ieu nous a déjà inscrits dans le livre de la vie pour l’année à venir, avant même Roch Hachana. Cela plonge le procureur dans la confusion. Quel rôle lui reste-t-il à jouer lorsque la date du procès arrive enfin ?

Tel est le sens de « ne pas savoir quel jour est Roch Hachana » : il ne peut plus dire quand le jugement se produit. Parce que nous avons réglé l’affaire à l’avance de notre propre initiative, dans une sorte d’accord en coulisses entre D.ieu et nous.

Voilà aussi pourquoi nous ne sonnons pas la veille de Roch Hachana : à ce stade, nous sommes tellement confiants que D.ieu a accepté notre repentir sincère au cours des 29 premiers jours que nous n’avons même pas besoin de sonner le dernier jour du mois.

Et l’accusateur se retrouve au chômage.