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Le signe et la foi

Le signe et la foi

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La dixième des plaies qui s’abattirent sur l’Égypte – la mort des premiers-nés égyptiens – se distingua des neuf premières de deux manières : d’abord Moïse annonça le moment précis où elle se produirait (« vers minuit ») ; ensuite, il fut commandé aux Israélites eux-mêmes de prendre des précautions contre cette plaie : ils devaient rester dans leurs foyers et marquer avec le sang les montants de leurs portes. Dans ce discours, le Rabbi explique pourquoi seule cette plaie porte ces traits distinctifs, et comment ceux-ci nous indiquent la voie que nous devons suivre pour que vienne la rédemption finale : l’Ère messianique.

1. Le moment et les précautions

Quand Moïse annonça à Pharaon l’arrivée de la dernière plaie – la mort des premiers-nés –, il lui précisa le moment où celle-ci aurait lieu. D.ieu avait dit qu’elle se produirait à minuit, mais Moïse dit, lui, « vers minuit »,1 craignant que les astrologues de Pharaon se trompent dans leurs calculs de l’heure exacte et qu’en conséquence, ils l’accusent d’imprécision.2 Cela suscite toutefois une interrogation : pourquoi fallait-il que l’heure de la plaie soit annoncée ? Avertir de son imminence aurait sûrement dû suffire, comme cela avait été le cas pour les neuf plaies précédentes. Nous devons en conclure qu’il existe une relation particulière et importante entre la plaie des premiers-nés et l’heure de minuit, de sorte qu’en mentionnant l’une, Moïse devait mentionner l’autre.

Deux autres traits distinguent encore la dixième plaie des neuf premières :

D’abord, les Juifs devaient, sur « les deux montants et le linteau des portes de leurs maisons »,3 marquer un signe avec le sang de la circoncision et celui de l’agneau de Pessa’h4 afin qu’ils soient protégés contre la plaie.

Ensuite, ils devaient rester chez eux durant toute la nuit : « Et nul d’entre vous ne franchira l’entrée de sa maison jusqu’au matin », parce que « dès lors que la force de destruction reçoit la permission [de se déchaîner], elle ne distingue pas entre les justes et les méchants ».5

Mais pourquoi ces précautions étaient-elles nécessaires ? Les plaies précédentes avaient été dirigées exclusivement contre les Égyptiens, sans que les Israélites n’eussent à prendre aucune précaution spéciale pour assurer leur immunité. Pourquoi la dixième plaie fut-elle différente de ce point de vue ? Et pourquoi dût-il y avoir deux précautions (le signe du sang et le confinement dans les foyers) ?

2. La singularité de la dernière plaie

Pour comprendre cela, il est d’abord nécessaire de comprendre que les neuf autres plaies ne furent pas de la catégorie dans laquelle « la force de destruction reçoit la permission [de se déchaîner] ». Dans celles-ci, aussi bien l’objet du dommage que son étendue furent restreints. La grêle, par exemple, détruisit « le lin et l’orge... mais le froment et l’épeautre ne furent pas touchés parce qu’ils n’étaient pas arrivés à maturité ».6 En revanche, la mort des premiers-nés ne fut pas limitée à une forme spécifique de destruction. La force « qui ne distingue pas entre les justes et les méchants » fut libérée à ce moment, et les Israélites durent donc se protéger contre elle.

À un niveau plus profond, la mort des premiers-nés se distingua non seulement dans la façon dont elles se déroula, mais également par son objectif. Les autres plaies n’avaient pas pour but premier de détruire, mais d’induire chez les Égyptiens une conscience de D.ieu : « Par ceci tu sauras que Je suis l’Éternel. »7 Et ce n’était pas là une leçon qu’il était nécessaire d’inculquer aux Israélites, car ceux-ci avaient déjà reconnu D.ieu.8 C’est aussi pour cela qu’au cours des neuf premières plaies, ceux qui furent touchés ne moururent pas, de sorte qu’ils puissent bénéficier de cette révélation de la puissance divine. En revanche, lors de la dixième plaie dans laquelle les premiers-nés moururent, il ne s’agissait manifestement pas de les éduquer eux, mais de les punir et de les détruire.

Or, dans ce cas, l’Attribut divin de stricte justice aurait pu demander quelle était la différence entre les Israélites dans leur idolâtrie9 et leur dépravation et les premiers-nés égyptiens ? Ne méritaient-ils pas d’être également punis ? C’est pourquoi les Israélites durent se protéger contre la force de destruction, qui était l’instrument de l’Attribut de stricte justice.

Il y eut deux niveaux à ces précautions : comme il fut « donné permission » à la force de destruction de se déchaîner sur l’Égypte en général de manière indiscriminée et sans limites, un « signe » ne pouvait pas constituer une protection contre elle. C’est pourquoi il fut ordonné aux Israélites de se retirer dans leurs maisons. À l’intérieur de celles-ci (puisque D.ieu « passa par-dessus » elles), la plaie fut sujette à une limitation, et il y eut de ce fait la possibilité (et la nécessité) qu’un « signe » distingue le Juif de l’Égyptien.

3.  Minuit et l’essence

Il est toutefois nécessaire de comprendre comment un « signe » put répondre à l’objection de l’Attribut de stricte justice demandant quelle était la différence entre une Égypte sans D.ieu et un peuple juif pécheur.

La réponse est que la dixième plaie fut exécutée par « D.ieu Lui-même dans Sa gloire et Son essence », c’est-à-dire D.ieu tel qu’Il transcende toute caractérisation, et en particulier tel qu’Il est au-delà de son attribut de stricte justice. À ce niveau, les accusations portées au nom de la rigueur et de la justice sont totalement inopérantes.

C’est là que réside la relation entre la dixième plaie et minuit. La mi-nuit est en effet le moment où se révèle l’Essence divine qui transcende toute chose et qui permet à ce moment de relier les deux moitiés de la nuit : la première qui conduit de la lumière à l’obscurité, symbole de sévérité et de retenue (guevoura), et la seconde qui mène de l’obscurité à la lumière, représentant la bonté et la largesse (‘hessed). Ainsi, en harmonisant momentanément ces deux tendances opposées, et en les transcendant de ce fait, minuit est le moment où D.ieu dans Son essence se révèle.10

Ainsi, à l’heure de la dixième plaie, D.ieu manifesta Son amour fondamental pour Israël, un amour qui, dans son infinité, ne trouve aucune place aux accusations de l’Attribut de justice. Quand celui-ci proteste : « Ésaü n’était-il pas le frère de Jacob ? » (c’est-à-dire : ne sont-ils pas égaux ?), D.ieu répond : « Pourtant J’ai aimé Jacob, et Ésaü, Je l’ai haï. »11 Car Son amour pour le peuple juif est aussi profond et invulnérable que celui d’un père pour ses enfants : « Vous êtes les enfants de l’Éternel votre D.ieu. »12

C’est pourquoi Moïse dit à Pharaon l’heure de la plaie (« vers minuit »). Il l’informait ainsi que cette dernière plaie serait l’œuvre de D.ieu dans Sa transcendance. Sans cela, Pharaon et sa cour auraient été convaincus qu’une plaie ayant pour objet de détruire et non pas d’éduquer aller également toucher les Israélites, puisqu’eux aussi étaient coupables de péchés. Seule une révélation de l’amour inconditionnel de D.ieu (c’est-à-dire à minuit) pouvait sauver ces derniers.

4. Signe et amour

Pourquoi, cependant, les Israélites eurent-il besoin d’un signe ?

La réponse est que pour faire descendre une révélation de D.ieu au sein du monde matériel, l’homme doit accomplir des actes de service divin, ceux mêmes qui sont spécifiés dans la Torah. L’amour inconditionnel de D.ieu, pour constant et omniprésent qu’il soit, requiert cependant une réponse active de la part du Juif pour que celui-ci puisse l’intérioriser et l’amener à se manifester. Et dans la mesure où cet amour est inconditionnel, la réponse humaine doit également l’être, et donc dépasser les limites de la rationalité.

Tel était précisément le caractère des deux signes, le sang de la circoncision et celui de l’agneau pascal. L’alliance de la circoncision est en effet accomplie sur un enfant juif d’à peine huit jours, âge où sa faculté de raisonnement n’est pas encore développée, et constitue donc une union entre le Juif et D.ieu qui réside au-delà du rationnel. Quant au sacrifice de l’agneau pascal, celui-ci constituait en lui-même un si grand risque pour les Juifs dans ce contexte qu’il était véritablement un acte de sacrifice de soi (messirat néfech). L’agneau était en effet une divinité égyptienne, et les Israélites durent non seulement l’égorger, mais également le garder au préalable pendant quatre jours au vu et au su des Égyptiens. Le sacrifice de soi n’est jamais rationnel. C’est pourquoi l’agneau pascal constitua une réponse du peuple juif à D.ieu qui transcendait la raison.

C’est ainsi que D.ieu répondit à ces deux signes par un acte d’amour supra-rationnel : l’amour de minuit, celui de l’Essence de D.ieu, celui de la délivrance de la dixième plaie.

5. Foi et raison

Nous pouvons maintenant résoudre une apparente contradiction entre les enseignements de nos Sages sur la vertu qui valut aux Israélites d’être délivrés d’Égypte. En un endroit, il est dit que ce fut leur foi13 : « Et le peuple eut foi, et quand ils comprirent que D.ieu s’était souvenu des Enfants d’Israël et qu’Il avait considéré leur souffrance, ils s’inclinèrent et se prosternèrent. »14 Ailleurs,15 il est déclaré que ce fut une récompense pour les signes du sang : « Dans ton sang, vis. »16

Mais les deux opinions n’en font qu’une. Les signes étaient ceux d’un lien entre les Juifs et D.ieu qui dépassait la raison. Et leur foi dépassa également la raison. Avant la rédemption, « aucun esclave n’avait pu fuir l’Égypte parce que le pays était totalement verrouillé (de toutes parts) »17 A fortiori était-ce d’autant moins raisonnable de croire que 600 000 personnes s’en échapperaient, un peuple abattu par les rigueurs de l’oppression, menacé d’annihilation par le décret de Pharaon de noyer tous les nouveau-nés mâles. La foi pure avec laquelle les Israélites crurent en la mission de Moïse et en la promesse de délivrance de D.ieu dépassait toute rationalité. Et cette foi éveilla en D.ieu Son amour inconditionnel pour Son peuple qui constitua leur lien inséparable. Les signes par lesquels cet amour fut alors exprimé firent descendre sa révélation en ce monde.

6. La rédemption future

« Comme aux jours de ta sortie du pays d’Égypte, Je lui montrerai des prodiges. »18 Cela signifie que le cours de la rédemption future suivra celui de la rédemption passée.

La délivrance d’Égypte fut une récompense pour la foi supra-rationnelle des Israélites qui fut tellement intériorisé par eux qu’elle agit même sur leurs facultés les plus extérieures (symbolisées par le sang de la circoncision), et jusque sur l’environnement non-humain (l’agneau pascal).

De même, la rédemption future sera-t-elle également la récompense de la foi : la foi qui fait abstraction de la grande occultation de D.ieu que produit notre exil, et qui demeure fermement attachée à la croyance en la venue de Machia’h ; une foi qui ne plane pas au-dessus de nos esprits, mais qui constitue notre plus profonde certitude et qui s’étend à chaque facette de notre être.

(Source : Likoutei Si’hot, vol. 3, p. 864 - 872)

NOTES
1.
Exode 11,4.
2.
Rachi ad. loc ; Berakhot 4a.
3.
Exode 12,22.
4.
Pirkei deRabbi Eliézer 29 ; Targoum Yonathan, Exode 12,13 ; Zohar II, 35b.
5.
Rachi, sur Exode 12,22.
6.
Exode 9,31-32.
7.
Exode 7,17 ; cf. aussi 8,18 et 9,14.
8.
Cf. Torah Or, Vaéra 57a.
9.
Yalkout Réouvéni sur Exode 14,27 ; Zohar II 170b.
10.
Cf. Or Hatorah, Vayé’halek Aleihem ch. 5. Béréchit p. 75 et suiv.
11.
Malachie 1,2-3.
12.
Deutéronome 14,1.
13.
Mekhilta sur Exode 14,31.
14.
Exode 4,31.
15.
Pirkei deRabbi Eliézer 29 ; Mekhilta, Exode 12,6, cité par Rachi ibid.
16.
Ézéchiel 16,6.
17.
Mekhilta sur Exode 18,11, cité par Rachi ibid.
18.
Michée 7,15.
Basé sur les enseignements du Rabbi de Loubavitch
Extrait de "Torah Studies" (Kehot 1986), une adaptation des discours du Rabbi de Loubavitch par le Grand-Rabbin de Grande-Bretagne, Dr Jonathan Sacks.
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