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Lorsque le fils de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi fut en âge de commencer l’étude, son père fit appel à l’un de ses ‘hassidim pour qu’il soit son précepteur.

« Tu as un commandement divin de pourvoir aux besoins de ta famille, lui dit-il. Et moi, j’en ai un d’éduquer mon fils. Concluons un marché : je pourvoirai aux besoins de ta famille et tu éduqueras mon fils. »

Le ‘hassid, qui savait à qui il avait affaire, lui demanda : « Rabbi, comment dois-je enseigner à votre fils ? » Ce à quoi Rabbi Chnéour Zalman répondit : « Il faut commencer par Aleph. Qu’est-ce qu’un Aleph ? Un Youd en haut, c’est D.ieu dont le nom commence par Youd. Un Youd en bas, c’est le Juif. Et une ligne de crainte du Ciel qui les relie. »


Cette ligne, c’est la route dans laquelle nous devons orienter l’enfant. C’est le chemin de sa vie, tant il est vrai que l’éducation est avant tout une affaire de sens et de direction. C’est écrit dans la Bible : « Éduque l’enfant selon son chemin, même lorsqu’il aura vieilli, il ne s’en écartera pas. » (Proverbes 22, 6) Cohérence et rectitude, honnêteté, intégrité et fidélité sont autant de qualités indispensables pour que cette ligne reste droite.

Cependant, dans le monde dans lequel nous vivons – et qu’il demeure d’actualité de qualifier d’exil –, nous ne pouvons nous suffire des lois de la géométrie selon lesquelles par deux points, il ne saurait passer qu’une seule ligne droite. En effet, ce chemin que nous devons faire arpenter à l’enfant reste entièrement à tracer devant lui. Dans ce contexte, l’enfant ressemble moins à un train n’ayant qu’à suivre les rails, qu’à un projectile dont la trajectoire balistique sera soumise à l’influence de tous les vents.

C’est pourquoi c’est bien « la crainte du Ciel » qui, seule, peut assurer la rencontre des deux « Youds » : le voyage de soi vers D.ieu ne peut être droit que si l’on est protégé des déviations néfastes par une motivation d’acier, par des sentiments d’attachement à D.ieu qui excluent l’éparpillement et la dispersion. Et parmi ces sentiments d’amour et de crainte de D.ieu, la crainte se doit d’être première et prépondérante. Non que l’amour ne soit pas une qualité fondamentale du Divin et de la relation qui nous unit à Lui. Mais parce que c’est la « crainte », c’est-à-dire la rigueur, qui nous donne une consistance, une cohésion et une cohérence. Sans elle, les sentiments d’amours que nous pouvons éprouver pour le Créateur, l’élan qui nous motive pour la plus noble des causes, risquent de s’évanouir sans laisser de trace au moindre bouleversement.

D.ieu a lié la mission cosmique du peuple juif à la réussite dans l’éducationTel est le premier principe qui doit présider à la construction de l’enfant. Telle est également la qualité première que nous devons démontrer en tant qu’éducateurs.

Il nous faut ainsi être rigoureux. Ne nous trompons pas : il ne s’agit pas d’être des pères fouettards rigides et sévères. Il s’agit d’être rigoureux dans l’amour que nous portons à nos enfants. D’être réellement ce que nous prétendons être à leurs yeux : des parents, des maîtres aimants et dévoués, prêts à tout donner pour leur bien et leur épanouissement. Y compris de notre temps. (Oui vous avez bien lu.)

Malheureusement, nous vivons dans un monde qui ne rend pas la chose facile. Notre société policée ne souffre pas les déséquilibres et les dysfonctionnements, ce qui est à son honneur, mais, trop souvent, face à des problèmes difficiles et exigeants, une attitude extrêmement répandue consiste à tout bonnement les occulter. Cela est notamment flagrant dans le traitement de l’actualité par les médias, mais c’est vrai également à l’échelle individuelle. L’adulte, que D.ieu a doté d’un esprit suffisamment large pour considérer, confronter – voire accepter – des points de vue divergents, détourne avec facilité cette merveilleuse faculté intellectuelle, refoulant et occultant à souhait, sacrifiant ainsi son intégrité sur l’autel du « politiquement correct ». Dès lors, les problèmes s’accumulent dans l’ombre... jusqu’à ce qu’une crise grave les propulse en pleine lumière.

Ce sont cependant bien des adultes qui ont reçu et accepté la Torah sur le Mont Sinaï, s’engageant à devenir les vecteurs de la vérité divine sur cette terre. Mais D.ieu, qui connaît les points faibles de Ses créatures, a lié la mission cosmique du peuple juif à la réussite dans l’éducation : le Midrache relate que D.ieu ne consentit à donner la Torah que lorsqu’une garantie suffisante lui fut présentée. Ni les patriarches, ni les prophètes ne constituèrent une caution satisfaisante. C’est l’engagement selon lequel « nos enfants seront nos garants » qui nous valut d’être choisis pour mener à bien la tâche de mener le monde vers sa finalité messianique.

En effet, si nous autres adultes pouvons parfois nous accommoder d’une vérité déficiente, les enfants, eux, ne peuvent soutenir le mensonge et l’incohérence, même involontaires, même fortuits. Nos enfants sont nos garants, car ils ne nous laisseront jamais nous égarer totalement.

Dans le microcosme familial, ce sont les enfants qui sont le baromètre du degré de vérité de nos vies d’adulteNotre histoire nous le montre : lorsque, en exil en Perse après la destruction du premier temple, nous avons abandonné l’espoir en D.ieu et placé notre confiance en Assuérus, le méchant Haman fomenta un plan d’extermination de notre peuple. Un plan dans lequel les enfants devaient être frappés les premiers. Et lorsque Mordékhaï ouvrit la voie du retour vers D.ieu, ce fut à travers les enfants qu’il le fit. Et alors, comme le dit la Méguila, « Pour les Juifs il y eut la lumière et la joie et l’allégresse et la gloire », puissions-nous en mériter autant.

Il en fut de même à ‘Hanouka : nous rappelons que les Maccabées étaient prêts au sacrifice de soi pour rester attachés à la vérité de la Torah en évoquant le fait que les enfants cachaient leurs livres et prétendaient jouer à la toupie lors des passages des soldats grecs. Ils étaient en première ligne du combat pour la vérité.

Aujourd’hui, dans le microcosme familial, ce sont de nouveau les enfants qui sont le baromètre du degré de vérité de nos vies d’adulte. Lorsque nous nous penchons sur leurs problèmes, n’imaginons pas que c’est leur devenir qui est en jeu : c’est notre présent à nous qui est en cause, notre fidélité et notre adéquation à notre mission.

Un jour, Rabbi Joseph Isaac Schneersohn, Rabbi de Loubavitch de 1920 à 1950, tomba malade lors d’un voyage en bateau. Fort heureusement, un médecin se trouvait à bord et lui procura les soins nécessaires.

Lorsque le Rabbi fut remis, le médecin, qui était un juif craignant D.ieu, vint lui déclarer qu’il se considérait personnellement responsable du fait que le Rabbi était tombé malade et qu’il lui demandait quelle serait la meilleure manière pour lui de s’amender.

Devant la surprise de Rabbi Joseph Isaac quant à cette étrange requête, le médecin expliqua qu’il avait déduit cela par un raisonnement logique : dans la mesure où l’œuvre de renforcement du Judaïsme menée par le Rabbi était tellement vitale pour la survie du Peuple Juif, il était clair à ses yeux que rien ne devait lui arriver. Ainsi, argumenta-t-il, la seule justification de cette subite maladie du Rabbi était qu’il serait là, lui, le médecin, pour le soigner. Et donc, d’après lui, s’il ne s’était pas trouvé sur ce bateau, il était clair que le Rabbi ne serait pas tombé malade. Il se sentait donc responsable.

Le Rabbi réfléchit quelques instants, acquiesça, et accéda à sa demande.

Quant à nous, parents et éducateurs, si nous sommes en situation de devoir répondre aux problématiques de nos enfants, c’est uniquement parce que telle est la manière de D.ieu de nous faire apparaître nos propres problématiques. C'est parce que le fait même de leur procurer cette aide de façon honnête et efficace nous fera devenir qui nous devons être.

Considérons l’expression « échec scolaire ». Ces mots portent en eux une vérité tellement criante qu’elle devrait nous sauter aux yeux. Lorsqu’un enfant est en perdition, l’échec mérite bien d’être qualifié de « scolaire » : c’est en effet l’échec du système scolaire et du monde éducatif qui n’a pas su mener à bien sa mission éducatrice envers cet enfant. Pourquoi l’échec devrait-il être attribué à ce dernier ? Pourquoi devrait-il être considéré comme étant, lui, en échec alors que dans cette affaire il n’est pas le « prestataire », mais bien la victime d’une prestation défaillante ?

Il importe donc que nous nous attelions sérieusement à mettre en œuvre des stratégies éducatives afin que nos enfants demeurent et progressent sur le chemin que nous leur traçons.  

Pour ce faire, il est indispensable de se former, ne serait-ce que pour identifier l’existence d’un problème et savoir à qui s’adresser. Cette responsabilité incombe autant aux familles qu’aux écoles, autant aux maîtres et aux rabbins qu’aux communautés et aux organisations.

Des livres sont publiés, des écoles juives élaborent des projets conséquents, des formations sérieuses pour les maîtres et les parents sont mises en place, des rabbanim spécialistes offrent leurs conseils, des praticiens efficaces existent, psychologues, orthophonistes, rééducateurs.

De plus en plus d’acteurs de l’éducation sont conscients de la nature réelle de cet enjeu et agissent dans le bon sens.

Nous devons tous en être.

par Emmanuel Mergui
Emmanuel Mergui est éducateur et membre du comité éditorial de Fr.Chabad.org
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