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Un adulte de 13 ans

Un adulte de 13 ans

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La Bar ou Bat Mitsva est le rituel de passage par lequel un enfant juif entre dans l’âge adulte, un jalon atteint à l’âge approximatif de la maturité du corps. Malgré cela, la plupart d’entre nous considèrent que les adolescents sont encore émotionnellement immatures et qu’ils demeurent des « enfants » longtemps encore après la puberté. La société ne croit pas en leur capacité à distinguer entre ce qui est sage et ce qui est irréfléchi et s’est doté d’un arsenal législatif pour restreindre leurs mouvements en conséquence. Le droit de conduire une automobile, de voter ou de souscrire seul à un abonnement téléphonique restent des rêves lointains aux yeux d’un nouvel « adulte » qui célèbre sa Bar/Bat Mitsva.

Pourquoi le Judaïsme considère-t-il officiellement un garçon de treize ans et une fille de douze comme des adultes ? Qu’y a-t-il à gagner à ignorer la réalité ?

Prenons un moment pour analyser ce qui différencie l’adulte de l’enfant. Il ne s’agit pas d’une différence d’intelligence : un enfant peut avoir un QI exceptionnel, il n’en demeure pas moins un enfant. L’érudition n’est pas non plus ce qui fait la supériorité de l’adulte : un enfant prodige qui connaîtrait l’Encycopledia Britannica sur le bout des doigts (quoique de nos jours ce serait plutôt Wikipédia...) ne serait toujours pas tenu responsable de ses actes. La maturité réside plutôt dans la capacité à intégrer les connaissances acquises à sa vie quotidienne et à utiliser les informations fournies par le cerveau pour dominer les pulsions du cœur.

La différence entre un adulte et un enfant n’est pas une différence d’intelligenceEn bref, c’est l’adulte qui est capable de prendre des décisions difficile basées sur sa compréhension des conséquences des actes qu’il prévoit d’entreprendre. Un enfant peut comprendre les conséquences de ses actes en théorie, chez l’adulte ces conséquences sont réelles, pas abstraites. Pour employer la terminologie de la ‘Hassidout, « l’esprit domine le cœur ».

C’est là le sens profond de la mitsva des Téfilines, celle qui, plus que tout autre, symbolise la Bar Mitsva. Le Téfiline du bras est placé face au cœur et celui de la tête au-dessus du cerveau : l’esprit doit toujours gouverner le cœur et les deux ensemble doivent être soumis à une autorité supérieure, celle des Commandements divins dont l’observance est évoquée dans les parchemins contenus dans les boites en cuir des Téfilines.

D.ieu, le concepteur de l’homme, a créé un être qui arrive à sa maturité physique et émotionnelle à peu près au même moment. Au moment de la puberté, l’être humain est théoriquement prêt à être responsable de ses actes. Dotés de ce nouvel esprit, ces nouveaux « adultes » ont la maturité nécessaire pour baser leurs actions sur la raison plutôt que sur leurs pulsions ou sur des fantaisies passagères. Ce n’est pas seulement de la théorie, c’est comme cela que les choses se passaient jusqu’à la moitié du 20ème siècle. Dans un passé pas si lointain, de jeunes adolescents se mariaient et subvenaient aux besoins de leurs familles, avec toutes les responsabilités que cela implique.

Et puis vinrent des jours meilleurs. Tellement meilleurs, en fait, que les parents qui avaient eu des enfances difficiles ont décidé qu’ils voulaient offrir mieux à leurs progéniture. Ils décidèrent légitimement de ne pas priver leurs enfants du confort et des luxes dont ils n’avaient pu bénéficier quand ils étaient eux-mêmes petits.

Cette nouvelle société d’abondance est une épée à double tranchantCette nouvelle société d’abondance fut une épée à double tranchant. Du pont de vue positif – à côté des avancées matérielles qu’elle procura, comme la banalisation du confort domestique et un système de santé performant et accessible à tous – elle produisit en une génération une jeunesse hautement instruite. En effet, les parents n’avaient plus besoin du travail des enfants pour augmenter le revenu familial et pouvaient les laisser étudier durant les longues années de leur adolescence, tout en leur prodiguant amour et soutien financier. Il est alors apparu que les enfants commençaient à mûrir de plus en plus tard. Effectivement, pourquoi grandir avant que ce ne soit vraiment nécessaire ? Après tout, quoi qu’il fasse de sa journée – tant qu’il ne devenait pas un serial killer – il pouvait toujours compter sur un repas chaud et un bon lit pour dormir. Est-ce que quoi que ce soit d’autre pouvait compter ? Qu’on lui dise que son étude assidue aujourd’hui aura un impact profond sur son lointain futur est bien différent que la réalité d’être renvoyé pour avoir été en retard au travail !

On ne peut pas revenir en arrière. Ce serait cruel pour des parents du 21ème siècle d’envoyer leur enfant de huit ans être apprenti dans une forge pour lui enseigner la responsabilité ! Nous remercions D.ieu pour Ses largesses à notre égard, mais, en même temps, nous devons prendre conscience que cela représente un nouveau défi duquel nous pouvons, et allons, triompher. Cela signifie qu’il nous faut résister à l’instinct parental d’être toujours là pour arranger, nettoyer, intervenir, remplacer et/ou résoudre tous les problèmes. Cela signifie mettre en place un système de conséquences qui ait du sens, et non capituler devant les habiles plaidoiries de nos chers petits.

Nous ne pouvons certainement pas changer la société d’un revers de la main, mais nous avons la possibilité de faire en sorte que nos enfants seront prêts à être des adultes responsables en atteignant l’âge de la Bar ou Bat Mitsva.

par Naftali Silberberg
Le Rav Naftali Silberberg est auteur et directeur du département des programmes du Rohr Jewish Learning Institute. Il réside à Brooklyn avec son épouse Haya Mouchka et leurs trois enfants.
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Discussion (2)
16 novembre 2013
Toda raba, un grand merci pour ce partage très riche et lumineux !
Elishaba
Anduze.Fr
10 avril 2009
so true, toda raba for deep insight.
keren
habadgeneve.ch
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