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Comment des dessins peuvent influencer les gens

Comment des dessins peuvent influencer les gens

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Rav Dr. Dovid Sholom Pape
Rav Dr. Dovid Sholom Pape

La première fois que j’entendis le Rabbi s’exprimer fut le jour de Pourim 1973. Il évoqua alors la façon dont Mordekhaï s’était tourné vers les enfants quand il prit conscience que la survie du peuple juif était en jeu. Il rassembla autour de lui 22 000 enfants et commença à étudier la Torah avec eux, parce qu’il savait que le pouvoir de faire taire l’ennemi venait de « la bouche des enfants ». Cette première expérience me fit comprendre combien le Rabbi se souciait des enfants et de leur éducation.

Les enfants, dit le Rabbi, sont Tsivot Hachem, « l’Armée de D.ieu ». Ils ont des cœurs purs, exempts de péché, et ce sont eux qui mèneront le peuple juif à la rencontre du Machia’h.

Huit ans plus tard, le Rabbi fonda une organisation dédiée à la sensibilisation de la jeunesse appelée Tsivot Hachem. Peu de temps après, cette organisation entreprit la publication d’un magazine pour enfants intitulé « The Moshiach Times » dont je devins par la suite le rédacteur en chef.

Sa réponse ne se fit pas attendre et il ne voyait rien de mal à avoir ces filles en couverture

La première couverture du Moshiach Times fut conçue par Adel Bachman. On y voyait une rangée de garçons et une rangée de filles brandissant des pancartes sur chacune desquelles était inscrite une lettre et qui formaient ensemble les mots AHAVAT YISRAEL, signifiant « l’amour de son prochain juif ». Lorsque certains des directeurs de l’organisation virent cette couverture, ils furent atterrés : « Comment peut-on avoir des garçons et des filles sur la même couverture ? », ont-ils demandé. « Si vous regardez n’importe lequel des autres magazines religieux, aucun n’a de photos de filles en couverture ! »

Il fut décidé de montrer cette couverture au Rabbi et de solliciter son avis. Sa réponse ne se fit pas attendre et il ne voyait rien de mal à avoir ces filles en couverture. Plutôt que de se focaliser sur cela, il dit que l’accent devait être mis sur la mitsva « Aime ton prochain juif comme toi-même ». Ces mots furent ainsi ajoutés à la couverture en hébreu et en anglais.

Le second numéro avait de nouveau des garçons et des filles en couverture et les mêmes objections furent soulevées. Le Rabbi fut encore consulté et il dit que la couverture était bonne.

Le Rabbi fit deux remarques: que les tsitsit du garçon devaient être dessinés plus distinctement et qu’il devait y avoir aussi une fille

Quand j’ai commencé à travailler sur le magazine en 1983, la couverture du numéro de Tichri/septembre s’avéra compliquée à réaliser. L’idée était de dépeindre un garçon rentrant de colonie de vacances avec tout son équipement qui, en entrant dans sa chambre, y verrait toutes les choses dont il aura besoin pour le début de la nouvelle année : ses livres de classe, un calendrier, un shofar, une boîte de charité, et ainsi de suite. C’était un croquis très détaillé.

Lorsque nous l’avons montré au Rabbi, il fit deux remarques : que les tsitsit du garçon devaient être dessinés plus distinctement et qu’il devait y avoir aussi une fille.

J’ai dit : « Je ne sais pas comment une fille peut cadrer ici. Que ferait une fille dans la chambre d’un garçon ? Cela ne va pas avec la composition. » Mais le Rabbi insista et finalement nous trouvâmes la manière de l’inclure dans le dessin. Et c’est ainsi qu’il fut établi qu’il devait y avoir un garçon et une fille sur chaque couverture.

Pour le contenu de la revue, j’ai embauché David Berg qui écrivait la rubrique « The Lighter Side » du magazine Mad. C’était un merveilleux écrivain et humoriste et il avait une grande sensibilité juive. Je lui ai demandé de préparer une série de dessins qui illustreraient d’une manière humoristique des idées de base de la Torah. Pour ce faire, il inventa un personnage grassouillet appelé Schlemiel qui comprenait toujours les choses de travers et il y avait un tandem de garçons qui le corrigeaient. Entre les deux, il y avait une blague. C’était mignon et drôle, mais je n’étais pas sûr que les enfants la comprennent. Je l’ai donc envoyée au Rabbi.

Le Rabbi n’eut aucun problème avec l’humour, mais il répondit que nous devrions éviter de dessiner des personnages de façon non réaliste – il donna l’exemple de gros nez ou de gros ventres – parce que c’est une erreur fondamentale dans l’éducation. Il dit : « Bien que ce soit un style répandu dans la bande dessinée et que les enfants soient habitués à voir ce genre de chose, c’est une erreur. S’agissant des enfants, ce qui est simple et normal est ce qu’il y a de meilleur. » Et il ajouta le très puissant mot ledaati qui signifie « à mon humble avis », comme pour dire : « Vous n’êtes pas obligé de m’écouter ; c’est juste mon opinion. » Mais, bien sûr, nous avions compris l’idée.

Le Rabbi répondit que nous devrions éviter de dessiner des personnages de façon non réaliste, par exemple avec des gros nez ou des gros ventres...

Au fil de temps, le Rabbi fit campagne pour changer la perception des gens de ce qu’il convient de montrer aux enfants. Par exemple, il pensait que nous devrions éviter de représenter des animaux non cashers, qu’il fallait dessiner les tables des Dix Commandements avec précision, c’est-à-dire carrées et non pas arrondies, que nous devrions représenter des matsot chemourot faites à la main et qu’il était important qu’une partie au moins des hommes adultes représentés aient des barbes.

Le Rabbi accordait une importance à chaque petit détail. Évidemment, chaque fois que nous recevions une réponse du Rabbi, celle-ci devenait une ligne directrice pour les numéros à venir.

Une fois, pour Pourim, la couverture montrait des enfants rendant visite à une résidence pour personnes âgées. Il y a avait sur le dessin beaucoup de cookies « oreilles d’Haman » et de crécelles, parce que le Rabbi avait dit auparavant que les enfants devaient voir des choses qui leur plaisent. Et nous avions mis une boîte de charité en plein milieu avec les mots « Talmud Torah » (école juive) dessus. Ainsi, tous les commandements de Pourim étaient représentés. Nous pensions que c’était une bonne couverture, mais le Rabbi souligna qu’à Pourim l’accent était sur la charité donnée aux nécessiteux et non aux institutions de Torah. C’était facile à corriger, mais qui y aurait pensé si le Rabbi ne l’avait pas signalé ?

Un numéro d’été montrait des enfants qui partaient en colonie. Les garçons étaient représentés dans un bus, les filles dans un autre et les parents leur disaient au revoir.

Que dit le Rabbi sur cette couverture ? « Vous devez ajouter les tables carrées. » Nous ne savions pas comment le faire sur cette couverture. Le numéro d’été sortait environ un mois après Chavouot, la fête qui célèbre Matane Torah, le don de la Torah, et les tables ne semblaient pas cadrer avec le thème du départ en colonie de vacances.

Mais c’était ce que le Rabbi voulait, alors nous avons dessiné les tables dans le ciel, rayonnant en direction des bus et des gens. Cela ajouta une nouvelle dimension spirituelle à l’ensemble. À présent, le message de la couverture était que même si les enfants partent en colonie, l’esprit de Matane Torah les accompagne. Ils n’avaient pas laissé la Torah derrière eux à Chavouot.

C’est ainsi que les remarques du Rabbi nous aidèrent à donner une autre perspective à la scène tout entière. Il nous a guidés de la sorte maintes et maintes fois sur la façon de rendre bien plus profond ce qui était présenté en couverture et à communiquer les idées de la Torah aux enfants.

par Dovid Shalom Pape
Rav Dr. Dovid Shalom Pape, auteur de livre pour enfants et professeur de philosophie 'hassidique, est le rédacteur en chef du magazine pour enfants The Moshiach Times. Il a été interviewé à New York en novembre 2013.
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