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Le mythe du self-made-man

Le mythe du self-made-man

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La démocratie occidentale a fait éclore de nombreux mythes relevant du merveilleux. Le mythe que tout homme ou femme, quel que soit son point de départ dans la vie, est en mesure de réussir dans le monde en associant travail rigoureux, diligence et confiance dans le système. Le mythe exprimant que chaque citoyen, quelles que soient sa race, sa croyance, sa couleur ou son sexe est non seulement en droit d’attendre un traitement juste et équitable par la société, mais le reçoit effectivement. Le mythe selon lequel des millions d’électeurs motivés presque uniquement par l’intérêt personnel et qui élisent des représentants encore plus égoïstes qu’eux-mêmes peuvent donner lieu à un système de gouvernance qui, non seulement fonctionne, mais œuvre effectivement pour le bien commun. Le mythe qui déclare que les bons triomphent toujours à la fin.

Le plus extraordinaire au sujet de ces mythes est qu’ils peuvent se réaliser, et que cela arrive souvent.

Et pourtant, l’un de ces mythes est très dangereux, et ce, particulièrement pour nous, Juifs : celui du self-made-man.

Voici Moïse, mettant en garde les enfants d’Israël il y a près de 3300 ans : « Garde-toi... de peur que lorsque tu mangeras à satiété, quand tu construiras et habiteras de belles maisons, quand ton gros et ton menu bétail se multipliera, que l’argent et l’or afflueront, quand s’accroîtra tout ce que tu posséderas, ton cœur s’enorgueillisse… et tu diras dans ton cœur : “C’est ma force et la vigueur de ma main qui m’ont conquis cette puissance.” » (Deutéronome 8, 11-17). Une telle attitude, poursuit Moïse, mène inévitablement à l’idolâtrie et au suicide national.

Pourquoi ce double critère ? Pourquoi est-il correct pour Tom, Jane et Spot de gambader joyeusement tout au long de leur vie de self-mades, alors que pour Shira et ‘Haïm une telle attitude rime avec catastrophe ?

La réalité est que c’est le prix que nous payons pour le fait d’être un peuple enraciné dans le miracle. Pendant des milliers d’années, nous avons mis en œuvre des miracles, transformant le monde dans lequel nous vivions. Mais cette caractéristique a aussi son revers : elle signifie aussi que notre existence est essentiellement un miracle. D’après toutes les lois de l’histoire et de la nature, nous aurions dû disparaître depuis longtemps. Pour que nous survivions ne serait-ce qu’un jour dans ce monde, et a fortiori pour que nous prospérions, une constante intervention divine est nécessaire.

Nos sages nous disent qu’une des lois fondamentales de la Création est que « le comportement d’une personne est jugé selon les standards qu’elle établit elle-même ».  Dans le langage de tous les jours, cela veut dire que nous décidons nous-mêmes des critères qui régissent notre vie. Si nous disons « Je suis un self-made-man », D.ieu dit : « D’accord, fais-toi toi-même. Ce sont désormais les lois de la nature, qui sont la base de ton existence humaine, qui détermineront ton avenir. »  Et être dans une telle situation est très dangereux pour un Juif.

Notre refus du self-making, le credo selon lequel on se fait soi-même, signifie-t-il que nous ne devons pas travailler autant que le voisin ? Malheureusement non. La différence entre celui qui se fait lui-même et celui qui est fait par D.ieu n’est pas que ce dernier ne doit pas prendre le train le matin. Car, quand bien même il apprécie le fait que tout ce qu’il possède lui est accordé d’En Haut, il demeure dans l’obligation de façonner les « réceptacles » pour recevoir les bénédictions divines. On peut trouver du pétrole, mais à moins de construire les pipe-lines, les pétroliers et les raffineries pour le contenir, le transporter et le raffiner, il ne sera pas de grande utilité pour qui que ce soit. Les bénédictions divines œuvrent de la même façon. C’est pourquoi on doit toujours courir après le train matinal.

Et pourtant, il y a une différence. Certes, on travaille dur, mais pas de manière aussi obsessionnelle. Et, bien qu’il puisse être exaltant de proclamer du haut d’un piédestal qu’on a construit de ses propres mains : « C’est ma force et la vigueur de ma main qui m’ont conquis cette puissance », c’est aussi un endroit très solitaire et assez effrayant. À bien y réfléchir, s’associer avec Celui qui a rédigé les règles et qui est aux commandes peut également s’avérer des plus exaltant. Et, si on ressent le besoin d’être effrayé, on peut toujours regarder un film d’horreur.

par Yanki Tauber
Par Yanki Tauber ; basé sur les enseignements du Rabbi.
Version française par Michel Cohen - Zurich, Suisse
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2 Commentaires
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JDV 2 avril 2015

self made man Je suis Americaine mais l'article est trés intèressante. Très bien fait! Reply

Anonyme France 1 novembre 2014

Merci beaucoup pour cette jolie réflexion qui remet les priorités à leur place. Reply

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