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Un Juif à Brooklyn

Un Juif à Brooklyn

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Le bureau du Rabbi (les fenêtres en bas à gauche) au 770 Eastern Parkway à Brooklyn
Le bureau du Rabbi (les fenêtres en bas à gauche) au 770 Eastern Parkway à Brooklyn

‘Haïm Tsvi Schwartz n’était pas un ‘hassid Loubavitch – avant la guerre, sa famille comptait parmi les adeptes du Rabbi de Munkatch –, mais un jour de 1946, il s’en fut quérir le conseil du Rabbi de Loubavitch de l’époque, Rabbi Yossef Its’hak. Rav Schwartz était un jeune réfugié qui avait perdu toute sa famille et le seul monde qu’il connaissait dans l’Holocauste et il était perdu, ne sachant que faire de sa vie.

« Parlez à mon gendre, Rav Mena’hem Mendel Schneerson », dit le Rabbi, et il donna sa bénédiction à ‘Haïm.

Le gendre du Rabbi suggéra au jeune rabbin d’établir sa résidence dans une certaine ville au Brésil.

– Au Brésil ?

– De nombreux réfugiés juifs s’installent au Brésil. À cause des tourments que notre peuple a subis ces dernières années, la plupart d’entre eux n’ont pas les rudiments les plus élémentaires d’une éducation juive. Déjà, beaucoup sont la proie de l’assimilation et des mariages mixtes. Il est de la responsabilité de tous les Juifs ayant reçu une éducation basée sur la Torah d’éviter la dissolution spirituelle de notre peuple. Allez au Brésil, et aidez à construire une communauté de juifs instruits et pratiquants.

‘Haïm accepta la mission. Il s’installa au Brésil et y fonda une école juive. Beaucoup d’efforts et de labeur furent nécessaires pour trouver le financement, former les enseignants et convaincre les parents de l’importance d’accorder à leurs enfants une éducation juive. Au fil des ans, le Rav Schwartz vit son école croître et prospérer et ses diplômés former le noyau d’une communauté de Juifs fiers et engagés.

Rav Schwartz maintint un contact peu fréquent, mais chaleureux avec l’homme qui l’avait envoyé au Brésil, qui avait entre-temps pris la direction du mouvement ‘Habad-Loubavitch après le décès de son beau-père en 1950. De temps à autre, Rav Schwartz demandait l’avis du Rabbi sur les problématiques qu’il rencontrait dans le cadre de son travail et les décisions qu’il avait à prendre.

Ce fut lors de l’une de ces occasions, plusieurs années après son arrivée au Brésil, que le Rav Schwartz prit réellement conscience de la portée de la préoccupation du Rabbi pour son peuple. Il relata cet incident à un ‘hassid Loubavitch qu’il rencontra sur un vol qui l’emmenait du Brésil à New York :

Un jour, commença-t-il, j’ai reçu un coup de fil des parents d’un des élèves de mon école qui me demandaient un rendez-vous. Bien qu’il s’agisse d’une demande assez commune, l’angoisse dans la voix au téléphone indiquait qu’il ne s’agissait pas d’une affaire légère. Je les ai invités à me rencontrer chez moi ce soir-là.

« Cela ne concerne pas notre fils, a commencé le père après s’être installé dans mon bureau, qui s’épanouit à merveille dans votre école, mais notre fille aînée, qui a grandi ici avant votre arrivée. Comme vous le savez, nous ne sommes pas très pratiquants, mais il est important pour nous que nos enfants conservent leur identité juive. C’est pourquoi nous envoyons notre fils dans votre école, bien que celle-ci soit considérablement plus “religieuse” que nous.

« Pour en venir au fait, notre fille nous a informés qu’elle est tombée amoureuse d’un non-juif et qu’ils ont l’intention de se marier. Nous avons tout essayé pour la dissuader, mais nos arguments, supplications, menaces et larmes ont été vains. Elle refuse maintenant d’en parler avec nous et a quitté la maison. Monsieur le rabbin ! Vous êtes notre seul espoir ! Peut-être que vous, vous saurez la toucher. Peut-être que vous saurez lui faire prendre conscience de la gravité de la trahison contre son peuple, contre ses parents et contre sa propre identité dans ce qu’elle a l’intention de faire ! »

– Serait-elle d’accord de me rencontrer ?, demandai-je.

– Si elle sait que nous vous avons parlé, elle refusera.

– Alors je vais aller lui parler directement.

J’ai demandé son adresse à ses parents et j’ai sonné à sa porte ce même soir. Elle était visiblement agacée de la raison de ma présence, mais elle était trop bien élevée pour ne pas m’inviter à entrer. Nous avons finalement discuté pendant plusieurs heures. Elle a écouté poliment et a promis de prendre en considération tout ce que je lui avais dit, mais je suis reparti avec le sentiment que je n’avais pas eu un grand effet sur sa décision.

Plusieurs jours durant, j’ai réfléchis à la question, essayant de penser à ce qui pourrait encore être fait pour empêcher la perte d’une âme juive. Et puis j’ai pensé à mon dernier recours : le Rabbi. J’ai appelé le secrétaire du Rabbi, le Rav Hodakov. Je lui raconté toute l’affaire et j’ai sollicité l’avis du Rabbi sur ce qu’il convenait de faire. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna, c’était le Rav Hodakov : « Le Rabbi dit de dire à la jeune femme qu’il y a un Juif à Brooklyn qui ne peut pas dormir la nuit parce qu’elle a l’intention de se marier avec un non-juif. »

Cette réponse inattendue me déconcerta et je n’ai pas réussi à comprendre ce que le Rav Hodakov voulait dire. « Qui est ce Juif ? » ai-je laissé échapper.

C’est alors que j’ai entendu la voix du Rabbi sur la ligne : « Son nom est Mendel Schneerson. »

J’ai lentement reposé le combiné sur le téléphone, plus confus que jamais. Pourrais-je vraiment faire ce que le Rabbi avait suggéré ? Elle allait sûrement me claquer la porte au nez ! Après une nuit fort troublée,  j’ai décidé d’exécuter à la lettre les instructions du Rabbi. Après tout, le destin d’une âme juive était en jeu et qu’avais-je à perdre, si ce n’était ma fierté ?

Tôt le lendemain matin, j’étais à sa porte. « Écoutez, dit-elle avant que je puisse dire un mot. Qui j’épouse est ma propre affaire et celle de personne d’autre. Je respecte les rabbins et les hommes de foi, je vous ai écouté alors que j’aurais dû vous montrer la porte. S’il vous plaît, partez et cessez de me déranger. »

– Il y a encore une chose que je dois vous dire, ai-je dit.

– Alors dites-le et partez.

– Il y a un Juif à Brooklyn qui ne peut pas dormir la nuit parce que vous avez l’intention de vous marier avec un non-juif.

– C’est ça que vous êtes venu me dire ?! dit-elle, incrédule, et elle commença à fermer la porte.

Mais elle s’arrêta au milieu de son geste. « Qui est ce Juif ? »

– Un grand leader juif, le rabbin Mena’hem Mendel Schneerson, le Rabbi de Loubavitch, répondis-je. Le Rabbi est vivement préoccupé par le bien-être matériel et spirituel de tous les Juifs, et éprouve une peine indicible pour toute âme perdue pour son peuple.

– À quoi ressemble-t-il ? Vous avez une photo de lui ?

– Je dois en avoir une quelque part. Je vais aller la chercher pour vous.

À ma grande surprise, elle ne s’y est pas opposée, acquiesçant de la tête. Je me suis précipité chez moi et j’ai presque retourné toute la maison en cherchant une photo du Rabbi. J’en ai finalement trouvé une dans un tiroir du bureau et je me suis empressé de retourner chez la jeune femme.

Dès qu’elle vit le visage du Rabbi, son visage pâlit. « Oui, c’est lui », murmura-t-elle.

« Toute la semaine, expliqua-t-elle, cet homme m’est apparu en rêve et m’a supplié de ne pas abandonner mon peuple. Je me suis dit que c’était mon imagination qui faisait apparaître l’image d’un sage juif et qui mettait ces paroles dans sa bouche en réaction à ce que vous et mes parents m’avez dit. Mais non, ce n’était pas une projection. Je n’ai jamais rencontré cet homme de ma vie, ni vu une photo de lui, ni même entendu parler de lui. Mais c’est bien lui. C’est l’homme que j’ai vu dans mes rêves... »

par Aaron Dov Halprin
Publié originellement dans le magazine "Kfar 'Habad".
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