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Manger saint

Manger saint

Une vision profonde de Tou BiChevat

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Lancez une recherche Google sur l’alimentation et la culture juive et vous obtiendrez environ 2 380 000 résultats, parmi lesquels un qui part du constat que « dans l’imaginaire populaire, la culture juive est souvent associée avec la nourriture ». D’ailleurs, la culture juive est souvent associé dans l’imaginaire juif avec la nourriture, tout comme le sont nos croyances et nos pratiques religieuses. Il est difficile ne serait-ce que de penser à une fête juive, n’importe quelle fête juive, sans penser a. à ce qu’on mange ce jour-là ou b. à ce qu’on n’a pas le droit de manger ce jour-là.

D’où nous vient donc cette obsession alimentaire ?

De fait, cette fixation juive sur la nourriture – quelle nourriture, comment et quand celle-ci doit être consommée – possède de profondes racines spirituelles.

C’est comme si nous étions revenus au Jardin d’Éden

Lorsque le premier homme et la première femme, Adam et Ève, furent créés, ils reçurent deux commandements explicites : de manger de tous les arbres du jardin d’Éden d’une part et de ne pas manger de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal d’autre part. Mais hélas, ils en mangèrent. Ainsi, le premier péché commis en ce monde fut une alimentation inappropriée. Ce fut à travers ce péché que le yétser hara (le mauvais penchant) devint une partie de nous tous, entravant jusqu’à aujourd’hui notre développement spirituel. Mais son effet alla plus loin : lorsqu’Adam et Ève mangèrent de l’Arbre de la Connaissance, une impureté fut également introduite dans le monde.

Tou BiChevat nous offre une occasion unique de réparer tout cela.

Rav Tsadok HaKohen (un rabbi hassidique qui vécut en Pologne de 1823 à 1900) explique qu’à notre table de Tou BiChevat, nous rejouons ce que fut la vie d’Adam et Ève avant leur péché, lorsqu’ils étaient frugivores. Lorsque nous nous asseyons devant notre table recouverte de fruits de toutes sortes, c’est comme si nous étions revenus au Jardin d’Éden et que nous accomplissions l’unique commandement positif explicite que nous avions reçu alors – l’un des plus commandements les plus anciens de la Torah. C’est quelque chose de grandiose et en même temps de tellement simple.

Cependant qu’en est-il du commandement négatif de ne pas manger le fruit de l’Arbre de la Connaissance ? Cette question est d’autant plus importante quant on sait que la plupart des fruits présents à notre table sont soupçonnés être de l’espèce de ce fameux arbre défendu : selon un avis, il s’agissait d’un figuier, selon un autre, c’était une vigne (qui était un arbre de grande taille dans le jardin d’Éden et qui fut réduit à sa taille actuelle suite au péché d’Adam et Ève). Selon une autre opinion, c’était le blé... En fait, pour chacune des sept espèces de fruits associées à la Terre d’Israël, que nous consommons traditionnellement à Tou BiChevat, il existe une opinion selon laquelle il s’agit de l’arbre défendu.

Il semble, dès lors, que lorsque nous mangeons des fruits à Tou BiChevat, nous faisions la même chose qu’Adam et Ève : nous obéissons au commandement positif tout en transgressant le commandement négatif. Mais comment serait-il possible que nous désobéissions effrontément à l’ordre de D.ieu en mangeant consciemment de l’Arbre de la Connaissance (olives, dattes, etc) tout en appelant cela une mitsva ?

Nous prenons le don et nous nous désintéressons du Donneur

Rav Tsadok explique que l’Arbre de la Connaissance était simultanément toutes les sept espèces et aucune d’entre elles. Il explique que l’Arbre de la Connaissance n’était pas une espèce de fruits à l’exclusion des autres, car ce n’était pas une chose, mais une façon d’agir – une façon de manger. Chaque fois qu’une personne prend du plaisir du monde, elle chute spirituellement et c’est comme si elle mangeait de l’Arbre de la Connaissance. Que signifie « prendre du plaisir » ? Cela signifie se laisser distraire par le plaisir de la consommation au point d’en oublier notre Créateur. Nous prenons le don et nous nous désintéressons du Donneur.

Lorsque nous mangeons les nombreux fruits associés à l’Arbre de la Connaissance le jour de Tou Bichvat, et le faisons avec la conscience de notre Créateur, c’est en soi une réparation de ce qui s’est passé dans le jardin d’Éden.

Selon une tradition rapportée par le Sefer Yetsira, le plus ancien ouvrage de Kabbale, nous savons tous que le mois hébraïque de Chevat est particulièrement propice pour rectifier notre relation avec la nourriture et avec le plaisir en général.

Ceci est exprimé dans le passage qui dit : « D.ieu a fait dominer la lettre tsadik sur l’alimentation excessive, le mois de Chevat et le gésier dans l’âme. »

Nos efforts pour atteindre la rectitude sont profondément liés à notre façon de manger

Le mot utilisé ici pour désigner l’alimentation est leita, et non akhila. Leita connote la gloutonnerie. C’est le mot qu’Esaü emploie lorsqu’il rentre affamé du champ et qu’il demande à Jacob : « Fourre de ce machin rouge que tu fais cuire dans ma gorge. » Ce sont ces mots qui ont valu à sa descendance de porter le nom d’Édom (lié à adom, « rouge »), jusqu’à ce jour.

Puisque le mois de Chevat est associé à la fois à la lettre צדי (que le Zohar appelle toujours צדיק) et avec l’alimentation excessive (c’est-à-dire manger sans conscience du Créateur, le péché de l’Arbre de la Connaissance), il est clair que nos effort pour atteindre la rectitude sont profondément liés à la rectification de la consommation, qui est elle-même liée à notre façon de manger. Le Sefer Yetsira nous fait savoir qu’un tsadik (un juste) est quelqu’un qui a rectifié son alimentation. Manger, ou leita, tel qu’employé dans les textes anciens, signifie beaucoup plus que de simplement avaler de la nourriture : l’acquisition de biens matériels, la quêtes des honneurs, l’accoutumance au pouvoir, aux louanges, à la drogue ou même à l’attention sont également des formes figurées de akhila, des manières de « manger ». Toutefois, il semble que toutes ces autres manières de « manger » ou de consommer métaphoriquement soient incarnées par notre manière de consommer notre nourriture.

Et même si cet effort pour rectifier notre alimentation est une pratique et une conscience que nous devrions apporter à chaque repas du mois (ou plutôt de l’année), Tou BiChevat est un moment particulièrement propice pour travailler sur soi de sorte à manger de manière correcte et avec l’état d’esprit et de conscience qui convient.

À Tou BiChevat, nous avons une occasion spéciale de réparer le péché d’Adam et d’Ève. Nous avons aussi un outil supplémentaire pour rectifier notre relation avec la nourriture qu’Adam et Ève n’avaient pas, un outil disponible toute l’année : ce sont les bénédictions que nous récitons sur la nourriture à la fois avant et après manger qui servent à ancrer tous nos repas et nos en-cas dans la conscience de D.ieu. Même si nous sommes distraits par le plaisir inhérent au fait de manger lui -même, nous englobons l’acte dans une conscience de D.ieu comme Créateur et Donneur.

Dans l’idéal, au moment où nous mastiquons, dégustons, savourons et avalons les fruits, nous devrions fermer les yeux et rendre sincèrement grâce au Créateur du monde.

C’est comme si nous étions transportés dans le jardin d’Éden, au début de l’histoire, et qu’il nous était donné de revenir sur cet événement fatidique et de faire les choses correctement cette fois-ci. C’est un processus thérapeutique, une occasion de rectifier nos âmes en profondeur. Mais cette fois, en accomplissant les deux commandements, nous apportons une puissante guérison à ce qui fut la racine de tous les péchés, mais aussi la racine de toute maladie, de tout déséquilibre et de toute névrose dans l’univers, et nous nous offrons à nous-mêmes une occasion de jouir des plaisirs de ce monde sans être consumé par eux.

par Sarah Schneider
Sarah Schneider est l’auteur des livres Kabbalistic Writings on the Nature of Masculine and Feminine et Eating as Tikkun, ainsi que de nombreux articles de journaux. Elle est la fondatrice et la directrice de A Still Small Voice, une école par correspondance qui fournit des enseignements hebdomadaires de la sagesse juive classique à ses abonnés à travers le monde. Elle réside dans la vieille ville de Jérusalem.
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