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Histoire: l’arrestation et la libération de Rabbi Chnéour Zalman

Histoire: l’arrestation et la libération de Rabbi Chnéour Zalman

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La forteresse Pierre-et-Paul (Petropavlov) à Petersbourg où fut emprisonné Rabbi Chnéour Zalman après son arrestation en 1798
La forteresse Pierre-et-Paul (Petropavlov) à Petersbourg où fut emprisonné Rabbi Chnéour Zalman après son arrestation en 1798

En route vers Petersbourg

Toute la ville de Lyozna fut frappée de stupeur lorsqu’elle apprit que Rabbi Chnéour Zalman allait être arrêté et conduit à Petersbourg pour y être entendu. La stupeur fit place à l’effroi lorsque des soldats prirent position tout autour de la maison du Rabbi. Celui-ci fut conduit vers la capitale dans la voiture noire qui était réservée aux condamnés soupçonnés des fautes les plus graves et en particulier de révolte contre le Tsar.

Sous bonne garde, la voiture se dirigea vers Petersbourg. Elle parcourut le chemin d’une seule traite. C’était un vendredi et le coucher du soleil approchait. Le Rabbi demanda au chef des gardes l’autorisation de s’arrêter dans une auberge afin d’y passer le Chabbat. Mais l’officier se moqua de lui.

– Tu es un prisonnier. De quel droit te permets-tu de donner des ordres ? Nous devons poursuivre notre route jusqu’à Petersbourg, selon les instructions qui m’ont été données.

– Vous ne pouvez cependant pas m’obliger à transgresser le Chabbat !

Mais l’officier fit la sourde oreille et trancha qu’il n’interromprait le voyage que pour changer de chevaux, lorsque ceux-ci seraient fatigués.

Le Rabbi se tut. Quelques instants plus tard, l’un des essieux de la voiture se cassa et le voyage s’interrompit pour que les soldats le réparent. Le voyage reprit ensuite, mais, quelques instants plus tard, un autre essieu se cassa. Il fut également réparé et, un peu plus loin, un cheval fit une chute et mourut.

Voyant tout cela, l’officier prit conscience des forces surnaturelles du Rabbi et n’osa plus lui opposer un refus. Il ordonna au cocher de rechercher une auberge afin que Rabbi Chnéour Zalman puisse y passer le Chabbat

Une question sur la Bible

À la fin du Chabbat, le voyage vers Petersbourg reprit. Là, le Rabbi fut mis au secret dans une cellule réservée aux condamnés accusés des crimes les plus graves. Lorsqu’on le laissa seul, le Rabbi se mit à prier et à étudier la Torah.

Il était au milieu de sa prière lorsque la porte s’ouvrit. Un représentant du ministre personnellement chargé de l’affaire entra dans la cellule. Voyant le Rabbi prier, il sentit qu’il était en présence d’un homme saint. Ému, il resta debout un long moment et contempla le Rabbi en prière. Puis il s’adressa à lui avec un grand respect. Il lui fut d’emblée évident qu’un tel homme ne pouvait être un dangereux criminel briguant le trône du Tsar.

L’homme, qui connaissait la Bible et le Judaïsme, demanda au Rabbi :

– Il est certains versets de la Torah que je lis et relis sans les comprendre véritablement. Ainsi, lorsqu’Adam fit une faute et se cacha, D.ieu l’appela et lui demanda : « Où es-tu ? », il répondit « Me voici ».

Quel est le sens de cette question divine ? D.ieu ne savait-Il pas où se trouvait l’homme ?

Le Rabbi rappela le commentaire de Rachi sur ce verset, mais le représentant du ministre indiqua qu’il connaissait cette explication. Il désirait cependant connaître l’interprétation du Rabbi lui-même.

– Crois-tu que la Torah est éternelle, qu’elle transcende l’espace et le temps ?

– J’y crois.

– L’explication est la suivante. Lorsqu’un homme parvient à un tel âge (et le Rabbi cita l’âge exact de son interlocuteur), D.ieu s’adresse à lui et lui pose une question : « Où es-tu ? »

Quelle est ta situation morale ? Sais-tu pour quelle raison tu as été créé sur la terre ? Quelle est la mission qui t’a été confiée ? Et qu’en as-tu déjà réalisé ?

La visite du Tsar

Ce haut fonctionnaire fut très impressionné par la réponse que le Rabbi apporta à sa question. Il fut appelé par le Tsar pour rendre compte de son entrevue et lui fit part de ses contacts avec cet étrange prisonnier. Le Tsar en fut intrigué et décida d’aller voir lui-même Rabbi Chnéour Zalman. Il ne désirait cependant pas que sa visite soit rendue publique et décida de ne pas révéler qui il était. Il mit donc des vêtements ordinaires et entra dans la cellule.

Lorsque le Tsar entra, le Rabbi se leva et récita la bénédiction que l’on dit en présence des rois. Il lui accorda le plus grand honneur et le Tsar n’eut plus aucun doute, le Rabbi l’avait reconnu, bien qu’il ait tenté de dissimuler son identité. « Comment sais-tu qui je suis ? »

– La royauté terrestre est à l’image de la royauté céleste, répondit le Rabbi. Dès votre entrée, j’ai senti que j’étais en présence d’un roi. Je n’ai jamais eu une telle sensation devant les employés de la prison ou les juges.

L’heure exacte

Outre les éclaircissements qu’ils obtinrent dans les questions directement liées au jugement, les juges eurent l’occasion de constater la grande sagesse du Rabbi dans différents domaines. Ainsi, ils l’enfermèrent une fois dans une chambre aveugle. Seule la faible lueur d’une bougie l’éclairait. Les rayons du soleil et la lueur du jour n’y pénétraient en aucune façon. Ils désiraient ainsi vérifier si le Rabbi saurait distinguer le jour de la nuit. Un jour, à deux heures de l’après-midi, ils lui demandèrent : « Pourquoi ne vas-tu pas dormir ? Il est deux heures du matin ! »

– C’est faux, répondit le Rabbi, il est très précisément deux heures cinq de l’après-midi.

– Comment peux-tu le savoir avec tant de précision ?

– Parce que chaque heure du jour correspond à une combinaison différente du nom divin Havaya et chaque heure de la nuit à une combinaison du nom Ado-naï. Grâce à ces combinaisons, on peut déterminer précisément l’heure.

La Cacherout en prison

Rabbi Chnéour Zalman fut emprisonné dans la forteresse Pétropavlov. Mais personne ne savait où il se trouvait, ni même s’il était encore en vie. D.ieu donna cependant aux ‘hassidim de Petersbourg le moyen de découvrir l’endroit où le Rabbi était incarcéré.

Une fois, le représentant du ministre dit au Rabbi : « J’aimerais te rendre un service, même s’il n’a que peu d’importance. Que puis-je donc faire pour toi ? »

– Pourrais-tu faire savoir à ma famille que je suis encore en vie ?

– Comment y parviendrais-je ? Tes détracteurs ne sont-ils pas des Juifs ? Si je m’adresse à un Juif, comment saurai-je si c’est un ‘hassid ou un opposant à la ‘Hassidout ?

– Si tu rencontres un homme portant des habits dépareillés, sache qu’il s’agit de mon beau-frère, qui s’appelle Israël Kasik. Avant mon arrestation, je lui ai dit de partir tout de suite à Petersbourg. Je suis sûr qu’il m’a obéi.

Le représentant fut particulièrement impressionné par l’affirmation de Rabbi Chnéour Zalman. Il promit de transmettre le message et tint parole. Il parcourut les rues de la ville et rencontra un homme répondant à la description d’Israël Kasik. Il lui demanda : « Comment t’appelles-tu ? »

Rabbi Israël avait voyagé avec un passeport appartenant à quelqu’un d’autre. Il donna donc le nom figurant sur ce passeport et le haut fonctionnaire lui dît : « Menteur ! »

Puis il s’en alla.

Rabbi Israël Kasik fut très étonné de ce qui s’était passé. Il s’en ouvrit aux ‘hassidim et tous en conclurent que quelque chose se cachait derrière tout cela. Ils décidèrent que Rabbi Israël parcourrait les rues le lendemain. S’il rencontrait encore cet homme, il lui dirait son véritable nom. C’est ce qui se passa. Le fonctionnaire visita le Rabbi et lui indiqua qu’il avait rencontré un homme répondant à la description de son beau-frère, mais portant un autre nom. Rabbi Chnéour Zalman comprit qu’il avait emprunté un passeport et lui demanda de tenter de le rencontrer encore une fois.

L’homme accepta. Parcourant les rues de la ville, il rencontra Israël Kasik et lui demanda son nom. Le beau-frère du Rabbi déclina sa véritable identité et l’homme ne répondit pas. Il avança lentement et Rabbi Israël le suivit. Il se dirigea ainsi vers sa maison et y entra. Rabbi Israël resta à l’extérieur. Tout à coup, une pastèque tomba de la fenêtre. Rabbi Israël comprit qu’elle était pour lui. Il la ramassa et se rendit chez l’un des ‘hassidim. Là, ils l’ouvrirent et y trouvèrent un papier portant une inscription de la main du Rabbi :

« Écoute Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. »

Ils surent alors que, D.ieu merci, le Rabbi était vivant et que l’espoir subsistait. Toutefois, ils ne savaient pas encore où était emprisonné le Rabbi. Ils ne le surent que quelques jours plus tard.

En effet, le Rabbi ne mangeait pas depuis plusieurs jours, ne disposant pas de nourriture cachère. Le responsable de la prison pensa qu’il craignait le jugement et jeûnait pour se laisser mourir. Il lui demanda à plusieurs reprises de se nourrir et, comme il ne l’écoutait pas, il lui envoya des soldats pour l’obliger à manger. Mais le Rabbi ferma fortement la bouche et ils furent dans l’impossibilité de s’acquitter de leur mission. Le représentant du ministre arriva alors et assista à la scène.

– Que se passe-t-il ici ? demanda-t-il. On ne peut contraindre un tel homme. Il faut essayer de le convaincre.

Il se tourna vers le Rabbi et lui demanda :

– Pourquoi ne mangez-vous pas ? Il est possible que vous soyez lavé de tout soupçon par le jugement. C’est même très probable. Si vous refusez de vous nourrir, vous serez responsable de votre propre mort et, d’après la Loi d’Israël, vous n’aurez pas part au monde futur.

– Il n’y a pas ici de nourriture cachère, répondit le Rabbi, et il n’est pas question que je mange taref, même s’il doit m’en coûter ma part du monde futur.

– Si je vous procure de la nourriture cachère, me ferez-vous confiance ?

– Pour l’heure, je n’ai pas besoin de nourriture, car mon estomac est affaibli par le jeûne. J’ai besoin d’un fortifiant. Si vous me procurez un médicament préparé par un Juif, je le prendrai.

– Me ferez-vous confiance si je vous l’apporte ?

– Si vous le recevez des mains d’un Juif et si personne d’autre que vous ne le touche jusqu’à ce qu’il me parvienne, je le mangerai.

À Petersbourg, la capitale, habitait l’un des grands ‘hassidim, le riche Rabbi Mordekhaï de Lyéplé, que tous les ministres respectaient pour son honnêteté et sa droiture. Le fonctionnaire lui demanda de lui préparer un médicament cachère, destiné à un Juif. Rabbi Mordekhaï eut le pressentiment qu’il s’agissait de Rabbi Chnéour Zalman. À qui d’autre ce médicament pouvait-il être destiné ? Il prépara donc le médicament et glissa, entre celui-ci et l’assiette, un papier sur lequel il inscrivit : « Pour qui est ce médicament ? Où se trouve son destinataire ? »

Il signa ensuite de son nom. Le représentant du ministre prit l’assiette, avec son contenu et l’apporta au Rabbi qui trouva le papier.

Il mangea ce qui était sur l’assiette, mais laissa un peu de son contenu. Il y glissa un papier sur lequel il avait inscrit : « Je suis celui qui mange et je me trouve à Pétropavlov. »

Puis il demanda au fonctionnaire de lui rapporter de ce médicament. L’homme restitua l’assiette à Rabbi Mordekhaï qui trouva le papier. Tous les ‘hassidim furent alors soulagés et Rabbi Mordekhaï prépara un autre médicament pour le Rabbi.

La bénédiction sur la lune

Pendant toute la durée de l’incarcération du Rabbi dans la forteresse de Pétropavlov, les chefs d’accusation furent mis en forme pour le procès. Celui-ci eut lieu non à Pétropavlov, mais au « Taynem Soviet ». C’est là que le Rabbi était régulièrement conduit pour y être entendu. Un fleuve, la Niba, séparait les deux endroits et un soldat était chargé de le lui faire traverser en barque.

Une fois, le Rabbi voulut saisir l’occasion pour réciter la bénédiction de la lune. Il demanda au soldat d’arrêter la barque, mais celui-ci refusa.

– Si je le désire, je peux faire stopper cette barque, précisa le Rabbi. Mais l’homme refusait encore.

Tout à coup, la barque s’immobilisa et le Rabbi récita le Psaume précédant la bénédiction. Puis, la barque reprit son mouvement et le Rabbi demanda encore qu’elle s’arrête, désirant accomplir la Mitsva en ayant recours aux voies naturelles.

– Que me donneras-tu en échange ? demanda le garde.

Le Rabbi lui remit le texte d’une bénédiction qu’il avait inscrit de sa main sur un papier. Alors, le soldat arrêta la barque et le Rabbi prononça la bénédiction.

Ce soldat devint ensuite riche et célèbre, vécut très longtemps. Il avait placé le papier que lui avait donné le Rabbi dans un épais médaillon de verre, cerclé d’or. Il lui était particulièrement précieux. Le ‘hassid Rabbi Dov Zeev de Yekatrinoslav vit ce papier chez le fils du soldat et put le lire.

Le 19 Kislev

Très rapidement, le Tsar s’aperçut que les accusations portées contre le Rabbi étaient sans fondement. Il demanda de le libérer et l’autorisa même à poursuivre son enseignement de la ‘Hassidout comme auparavant.

C’est le mardi 19 Kislev 5548 (1799), après 53 jours de détention, que le Rabbi fut informé de sa libération. Il était alors en train de lire les Tehilim et récitait précisément le verset (Psaumes 55,19) : « Il a libéré mon âme dans la paix ».

Depuis cette date, de très nombreux Juifs fêtent chaque année le 19 Kislev comme « la Fête de la Libération » et « le Roch Hachana de la ‘Hassidout ».


Adapté de « Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi et sa génération »
par ‘Haïm Mellul, éd. Beth Loubavitch

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