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M. Sami Rohr, homme d’affaires et philanthrope visionnaire

M. Sami Rohr, homme d’affaires et philanthrope visionnaire

Il a financé la renaissance juive dans le monde

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(Photo: JEM / The Living Archive)
(Photo: JEM / The Living Archive)

Sami Rohr était un homme d’affaires et un philanthrope d’envergure planétaire, que son cœur, sa lucidité et sa réussite financière ont porté à financer des centres communautaires juifs à travers le monde et à jeter les bases d’une renaissance du judaïsme dans l’ex-Union soviétique. Une crise cardiaque survenue il y a un mois à Miami l’a ravi à son peuple qu’il chérissait tant. Il avait 86 ans.

La dimension intellectuelle de Sami Rohr était connue des milieux culturels d’Europe, d’Amérique latine et des États-Unis. Il pouvait évoluer dans l’étude de la Torah avec la même aisance que dans les affaires et la littérature et savait réciter par cœur des exégèses rabbiniques et de la poésie en six langues.

Après avoir échappé à l’Europe en guerre et édifié un empire immobilier à Bogota, en Colombie, dont il était citoyen, M. Rohr devient un pionnier de l’investissement en Europe de l’Est.

Cette fulgurante réussite, pas plus que la noble ascendance dont il pouvait se prévaloir, n’entamèrent ni son humilité ni sa simplicité, et il était considéré tant dans les milieux fortunés que très modestes comme une personne remarquablement accessible. Ayant toujours très à cœur de consacrer plus d’un dixième de ses revenus à la charité, il enseigna à ses enfants à toujours se soucier du bien-être matériel et moral d’autrui.

« Avant ma Bar-mitsvah, mon père me fit asseoir et me dit que D.ieu octroie à certaines personnes une réussite matérielle afin qu’elles puissent venir en aide à d’autres, et que les familles juives prospères ne durent de pouvoir préserver leur richesse qu’au fait d’observer l’injonction commandement de la Torah de donner la dîme de leurs revenus , confia-t-il dans une interview accordée en 2006. Avant la Bar Mitsva de mon fils George, Je lui ai dit la même chose ; mes petits-enfants ont également reçu le même message, et je prie pour que toute  ma descendance soit à jamais fidèle à ce principe. »

Sami Rohr soutint l’État d’Israël dès ses débuts et donna sa contribution  à de nombreuses causes juives tout au long de sa vie. C’est au cours des années 1970 qu’il fut sensibilisé à l’œuvre du mouvement ‘Habad-Loubavitch, et dans les décennies qui suivirent, sa philanthropie et sa clairvoyance contribuèrent à la résurgence du judaïsme au sein de centaines de communautés à travers la planète, de Miami à Moscou, et de Bombay à Bâle, la ville suisse où il avait fui l’agression nazie lors de la seconde Guerre mondiale.

Sa famille s’est tant investie dans la philanthropie que trouver dans le panorama du renouveau juif, des domaines d’activités qui n’aient bénéficié du soutien des Rohr d’une façon ou d’une autre relève tout bonnement de la gageure. (Le site internet juif Chabad.org – l’un des plus consultés du monde juif –  a été dédié par sa fille Lillian et son mari Moshé Tabacinic.)

« Il a voué sa vie à s’assurer que le judaïsme prospérerait dans l’avenir », a déclaré le Rav Chalom B. Lipskar, rabbin de la famille Rohr et chef spirituel de « The Shul », célèbre synagogue et centre communautaire Loubavitch de Bal Harbour, en Floride, que M. Rohr a contribué à fonder et à développer comme membre et conseiller actif. « Il parlait peu et accomplissait beaucoup, veillant même à faire valoir  ses critiques avec aménité et amour, et toujours dans la perspective voir les choses s’améliorer. »

Bouleversements et Refuge

Né en 1926, Rohr qui passa son enfance à Berlin était le digne héritier des idéaux désintéressés et sans compromis de ses parents, Oskar et Perla Rohr. Issu d’une lignée distinguée, son père était un investisseur immobilier prospère qui se consacrait aux enjeux communautaires juifs dans le Berlin de l’avant-guerre. L’activité fébrile déployée par sa mère au sein des organisations sionistes imprima en Sami Rohr une marque indélébile pendant ses années formatrices.

Au cours des premières années de sa scolarité, Sami Rohr étudia au prestigieux lycée « Adath Israël », une institution régie par l’approche Torah im Derekh Erets du légendaire rabbin Samson Raphaël Hirsch qui associait l’excellence dans les études profanes avec des programmes poussés d’études juives.

Tout au long des bouleversements du début des années 1930 en Allemagne, en Sami Rohr s’attela assidument à ses études, apprenant langue étrangère après l’autre, en s’investissant dans le Talmud et dans les littératures classiques yiddish, allemande et française. Ne se suffisant pas de son programme d’études avancées au lycée, les parents Rohr complétèrent sa formation par un précepteur, un rabbin qui allait encore intensifier ses études juives.

À mesure que la situation politique se dégradait, le précepteur de Sami Rohr, qui portait une longue barbe, fut contraint de cesser de se rendre chez lui en raison des violentes agressions dont les Juifs étaient victimes dans les lieux publics. Ce fut  alors l’adolescent qui se rendit à pied tous les soirs à la maison de son maître.

Sans alarmer son unique enfant qu’il espérait protéger de la haine grandissante, Oskar Rohr, conscient de la voie dans laquelle s’orientait l’Allemagne, vendit tranquillement une partie de ses vastes avoirs immobiliers de Berlin et en mit le produit en sureté à l’étranger. Il obtint également des visas belges pour sa famille.

Vint la Nuit de Cristal qui eut lieu les 9 et 10 novembre 1938 et les nouvelles des arrestations, des indicibles violences, des incendies et des pillages parvinrent au jeune élève Sami, alors âgé de 12 ans. Treize jours après la destruction d’innombrables synagogues et d’entreprises juives, la famille Rohr partit pour la Belgique.

Oskar et Perla Rohr inscrivirent immédiatement leur fils dans une école de haut niveau à Anvers et engagèrent à nouveau un précepteur rabbinique afin d’approfondir certaines disciplines juives. C’est ce qu’ils firent encore une fois après avoir déménagé à Lyon, en France non occupée, après l’invasion de la Belgique par les nazis.

En 1943, les Juifs de Lyon furent menacés à leur tour et cette fois, la famille Rohr se dirigea vers la Suisse. Les voyages en train présentaient alors trop de dangers, car la Milice française arrêtait et livrait fréquemment les Juifs aux Allemands. Oskar Rohr paya le conducteur d’un camion de livraison de journaux pour les amener à la frontière. Les trois restèrent cachés pendant des heures dans le camion, couchés sous des piles de journaux, jusqu’à ce que des passeurs professionnels leurs firent traverser la frontière suisse à l’abri des forêts.

M. Sami Rohr, 1926-2012
M. Sami Rohr, 1926-2012

Dès leur arrivée dans le pays, Oskar et Perla Rohr furent conduits dans un camp de réfugiés pour adultes à Morgins, tandis que leur fils était interné dans une maison de jeunes à Langenbrook, près de Bâle.

Après avoir appris que de jeunes juifs se trouvaient à Langenbrook, des membres de la communauté juive suisse s’y rendirent et ramenèrent chez eux des enfants et des adolescents réfugiés qui furent rapidement « adoptés » par des familles locales.

Le jeune Sami Rohr fut chaleureusement accueilli dans le foyer de Shlomo Zalman et Recha Feldinger.

« Pour nos parents, il était comme leur propre enfant », a relaté Gavriel Feldinger – qui avait sept ans lorsque Sami Rohr arriva en Suisse – lors de l’inauguration du Centre ‘Habad Feldinger, un projet financé par Sami Rohr. Cette inauguration d’un centre communautaire fut la dernière à laquelle le philanthrope assista à l’étranger.

Cet évènement marquait la première visite de Sami Rohr à Bâle en 67 ans, et fut l’occasion de l’ouverture de la première synagogue dans la ville depuis 1929.

« Quand il est arriva à Bâle comme réfugié, raconta Feldinger, mon père demanda : “Quel âge as-tu ?” Il répondit : “17 ans”. Mon père lui dit : “Mon plus grand fils a 14 ans, alors maintenant tu es mon aîné. Que chacun se décale d’un siège.”, et il le fit asseoir à table juste à côté de lui. »

Sami et Charlotte Rohr s’entretiennent avec le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie. (Photo: JEM / The Living Archive)
Sami et Charlotte Rohr s’entretiennent avec le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie. (Photo: JEM / The Living Archive)

Une leçon de gestion du temps

Les Feldinger se souciaient tant du jeune réfugié qu’au cours des deux années et demie que Sami Rohr vécut à leur domicile, ils passèrent toutes leurs vacances à Morgins pour qu’il puisse rendre visite à ses parents.

Du fait que les enfants Feldinger fréquentaient leurs enfants une école technique et que Sami Rohr souhait être inscrit dans un lycée pour achever sa « Maturation », le diplôme suisse de fin d’études secondaires, ils interrogèrent le rabbin de la communauté, le Rav Dov Schochet, un érudit en Torah doté de remarquables qualités de dirigeant communautaire. Devinant les capacités intellectuelles du garçon, le Rav Schochet lui permit de s’inscrire au prestigieux Mathematisch-Naturwissenschaftlisches Gymnasium, à la condition qu’il suive en parallèle le programme d’étude de Torah rigoureux qu’il lui prescrirait.

L’adolescent suivit ainsi simultanément deux cursus d’études à plein temps.

Plus tard dans sa vie, M. Rohr raconta que le rabbin lui demanda un jour la raison pour laquelle il n’était pas venu à sa leçon de Psaumes habituelle qui avait lieu à 6h30 du matin le jour du Chabbat.

« J’ai enfin un jour dans la semaine où je peux dormir », avait répondu le jeune Rohr.

« Tu as enfin un jour de la semaine où tu peux étudier les Psaumes, et tu dors ? », lui avait objecté, le rabbin avec affection.

Cette leçon atteste avec éloquence de  l’éducation reçue parSami Rohr dans son enfance et sa discipline naturelle. Jusqu’à son dernier jour, il se levait très tôt et dormait peu, citant les nombreuses tâches à accomplir au regard du temps relativement court dont il disposait. Les dirigeants des organisations bénéficiant de ses nombreuses subventions racontent nombre d’épisodes édifiants sur les messages vocaux que M. Rohr leur laissait à 2 heures du matin pour éclaircir un détail relatif à telle proposition ou à tel rapport.

« Chaque aspect de sa vie avait un sens et un but, raconte le Rav Lipskar. Il répétait souvent combien l’ordre était important dans la vie et dans le service de D.ieu. »

Après la guerre, Sami Rohr retrouva ses parents et vécut à Paris. Mais son grand-père et la quasi-totalité de ses tantes et oncles avaient péri dans l’Holocauste. Ces pertes douloureuses cimentèrent sa détermination et son engagement envers la préservation du peuple juif, en particulier à travers la glorification de la pratique et de l’érudition juives.

En 1950, quand éclata la guerre de Corée, Oskar Rohr craignit que le conflit ne dégénère en une nouvelle guerre mondiale et envoya son fils voler de ses propres ailes à Bogota, où sa tante s’était établie après avoir fui l’Europe.

Bien que son séjour fût originellement censé être de courte durée, Sami Rohr demeura à Bogota un quart de siècle, au cours duquel il construisit presque seul toute la section ouest de la ville, tout en donnant pour toujours à la communauté juive locale un nouveau visage.

« Le seul contact que j’avais alors avec des ‘Hassidim était les nombreux rabbins de toutes les institutions qui venaient de l’étranger à Bogota pour recueillir des fonds », a-t-il rappelé lors d’une intervention qu’il fit à l’occasion du grand banquet du Congrès International des Émissaires du Rabbi de Loubavitch en 2006.

« Bien que le niveau de pratique du judaïsme était encore relativement faible, les Juifs de Bogota furent toujours d’excellentes personnes. L’unité dans la communauté était remarquable ».

« La communauté accorda toujours son soutien à ses indigents avec beaucoup de dignité, poursuivit-il fièrement. Quand Israël avait un besoin urgent de fonds, la communauté juive de Colombie était le plus gros contributeur par habitant dans le monde, davantage encore que les Juifs d’Afrique du Sud, célèbres pour leur générosité. »

À Santiago du Chili, en 1952, Sami Rohr rencontra Charlotte Kastner, originaire de Tchécoslovaquie et fille d’un chef de communauté des ‘Hassidim de Belz, dont les deux parents avaient été assassinés à Auschwitz. Ils se marièrent un an plus tard à Buenos Aires, en Argentine. La décennie qui suivit vit la naissance dans leur foyer d’un fils, George, et de deux filles, Evelyn et Lillian.

Dans un environnement et à une époque où la pratique juive était déclinante, la priorité des Rohr était l’éducation de leurs enfants, à la fois dans l’excellence académique et dans le sentiment profond de responsabilité que la famille ressentait à l’égard du peuple juif tout entier. Conformément à l’exemple donné par le père de Sami Rohr, ils engagèrent leurs enfants à donner généreusement et à toujours considérer les premiers 10% de leurs revenus comme appartenant au bien public.

Sami Rohr consacra huit ans à diriger les efforts nécessaires à l’édification de la magnifique synagogue Adath Israël à Bogota, dont la communauté jouissait d’une belle réputation auprès d’un grand nombre de dirigeants du jeune État d’Israël, grâce à ses importantes contributions à l’Appel Juif Unifié. Sami Rohr soutint particulièrement les efforts du ministre Pin'has Sapir pour industrialiser Israël.

« Imaginez une résidence privée dans les années 1960 en Amérique du Sud, dans la cour de laquelle on pouvait voir une Soucca, avec des personnes partageant nourriture et le’haïms en chantant », dit Daniele Gorlin Lassner, une amie proche qui rencontra Charlotte Rohr en 1963 dans une boucherie de Bogota. « Toutes sortes de personnes non-juives venaient voir ce qui s’y passait, mais ils ont toujours célébré leur yiddishkeit avec beaucoup de fierté. »

Rav Zalman Wishedski, Gabriel Feldinger, Rav Moché Kotlarsky, le philanthrope Sami Rohr, et l’ambassadeur israélien Shalom Cohen coupent le ruban d’inauguration du nouveau Centre ‘Habad Feldinger à Bâle, en Suisse. (Photo: Meir Dahan)
Rav Zalman Wishedski, Gabriel Feldinger, Rav Moché Kotlarsky, le philanthrope Sami Rohr, et l’ambassadeur israélien Shalom Cohen coupent le ruban d’inauguration du nouveau Centre ‘Habad Feldinger à Bâle, en Suisse. (Photo: Meir Dahan)

Une croissance exponentielle

Une rencontre dans le milieu des années 1970 avec le rabbin Ephraïm Wolff, né en Allemagne, qui supervisait à l’époque la plupart des opérations de ‘Habad-Loubavitch en Israël, a ouvert les yeux de Sami Rohr sur le monde de ‘Habad-Loubavitch et sur son dirigeant, le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie.

« Parmi les rabbins qui vinrent à Bogota, il y eut aussi des rabbins Loubavitch, » dit Sami Rohr lors du banquet de 2006. D.ieu « avait été très bon avec moi. J’avais une grande entreprise. Dans celle-ci travaillaient plusieurs jeunes avocats, architectes et ingénieurs juifs et chaque fois qu’un rabbin venait, je lui disais dans quels bureaux il pouvait trouver des Juifs.

« Chacun d’entre eux donnait à contrecœur ses 18 $, mais ce sont eux, les jeunes cadres, qui attirèrent mon attention sur le fait que les émissaires Loubavitch étaient différents des autres, poursuit-il. Les Loubavitch voulaient savoir s’ils étaient mariés, s’ils avaient des enfants. Ils voulaient leur faire mettre les téfilines. Ils ne venaient pas seulement pour l’argent.

« Et, chaque fois qu’un Loubavitch venait, j’avais l’habitude de lui donner une plus grande contribution que d’ordinaire et ainsi, je me suis de plus en plus intéressé au mouvement Loubavitch. »

L’homme d’affaires qu’était Sami Rohr, et qui prenait à cœur d’étudier quotidiennement le Judaïsme, commença à étudier les lettres de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, le fondateur de ‘Habad-Loubavitch au 18ème siècle. Il fut aussi profondément impressionné par l’immense considération que le Rabbi de Loubavitch portait à l’individu, ainsi que par sa clairvoyance et son leadership qui inspirait des milliers de jeunes à consacrer leur vie à se dévouer à d’autres Juifs dans les régions les plus reculées de la planète.

« Les efforts du Rabbi furent le plus grand miracle du paysage juif au cours du siècle dernier, déclara-t-il en 2006. Rien d’aussi immense que ce que le Rabbi a mis sur pieds n’a jamais émergé. »

Lorsque le rabbin de Bogota, Alfredo Goldschmidt, et Sami Rohr convinrent qu’il leur fallait de l’aide pour toucher et éduquer la communauté juive locale, ce dernier suggéra que la communauté demande au mouvement Loubavitch d’envoyer un couple d’émissaires à Bogota. Grâce à Rav Moshé Kotlarsky – qui est aujourd’hui le vice-président du Merkos L’Inyonei Chinuch, la branche éducative de ‘Habad-Loubavitch –, Sami Rohr demanda et reçu l’accord du Rabbi d’envoyer des émissaires à Bogota. Peu de temps après, le Rav Yehoshoua Rosenfeld et son épouse Rivka arrivèrent en ville.

« C’est pour nous tous une grande tristesse, a déclaré le Rav Rosenfeld à propos du décès de Sami Rohr. Il était le plus grand bienfaiteur de notre génération. Ce n’était pas seulement son immense générosité qui était exceptionnelle, mais aussi la façon dont il donnait, et le soin qu’il prenait pour que ce soit utilisé à bon escient. »

Les Rosenfeld furent rapidement appréciés par toute la communauté et Sami Rohr, profondément ému par le dévouement, l’enthousiasme et l’immense succès du jeune et dynamique couple, en rechercha rapidement un autre pour servir à Barranquilla, une petite communauté sur la côte caraïbe colombienne.

« Quand nous sommes arrivés ici, il prit à sa charge chaque centime de notre budget, a relaté le Rav Rosenfeld. Il vous donnait, puis vous remerciait de lui avoir donné l’occasion de donner... »

La générosité de Sami Rohr prit un nouvel et spectaculaire essor après que lui et sa femme aient déménagé à Miami dans les années 1970. Son regard visionnaire et ses expériences en Colombie permirent à Sami Rohr d’envisager une stratégie potentielle pour la renaissance de la vie communautaire juive dans d’autres parties du monde. Peu de temps après la chute du Rideau de fer, il commença à investir en Europe de l’Est lorsque son fils George Rohr, fondateur et coadministrateur avec lui de NCH Capital, se mit à investir dans les marchés embryonnaires de l’ex-Union soviétique. En même temps, ils e mirent leur philanthropie à contribution pour la communauté juive de ces pays pour palier les 70 ans de gel de toute vie juive provoqués par le régime communiste.

Lorsqu’il était à Riga, en Lettonie, Sami Rohr contacta le bureau du Rabbi à New York pour lui demander s’il pouvait avoir le privilège de parrainer un couple d’émissaires à temps plein qui s’y installeraient. D’autres pays et d'autres villes suivirent bientôt.

Dans les dernières décennies de sa vie, Sami Rohr en vint à présider une œuvre  philanthropique tentaculaire, démultipliée par les contributions de ses enfants qui s’associaient souvent à ses œuvres, catalysant la renaissance juive dans les communautés à travers le monde, principalement par le biais du réseau des émissaires ‘Habad-Loubavitch.

Parmi d’autres projets philanthropiques, Sami Rohr entreprit également un projet de préservation de la littérature yiddish à travers le Centre National du Livre Yiddish aux Etats-Unis. Pour rendre hommage à sa passion pour la littérature juive, ses enfants lancèrent à l’occasion de son 80ème anniversaire le prestigieux Prix Sami Rohr de littérature juive sous les auspices du Conseil du Livre Juif de New York. Sami Rohr soutint généreusement l’Université talmudique de Miami, et fournit un financement essentiel qui permit aux éditeurs de l’Encyclopédie Talmudique d’accélérer considérablement leur ambitieux calendrier de publication.

2009: Sami Rohr reçoit l’honneur d’être sandak à la circoncision de son arrière-petit-fils Avraham Zvi Sragowicz à la synagogue "The Shul of Bal Harbour" à Surfside en Floride.
2009: Sami Rohr reçoit l’honneur d’être sandak à la circoncision de son arrière-petit-fils Avraham Zvi Sragowicz à la synagogue "The Shul of Bal Harbour" à Surfside en Floride.

En dépit de son aisance, la famille Rohr fut toujours se tint toujours à l’écart du feu des projecteurs. Sami et Charlotte Rohr – décédée à l’âge de 78 ans en 2007 – vivaient assez simplement.

En perpétuel optimiste, M. Rohr aida inspira toujours ceux avec qui il traitait à voir le bon côté des choses. Dans les cas où il ne pouvait pas entièrement satisfaire les personnes qui venaient le solliciter, il faisait toujours en sorte qu’ils quittent son bureau heureux en leur insufflant son optimisme.

Face à l’adversité, il avait coutume de dire : « J’ai survécu à Hitler. J’ai survécu à l’ère stalinienne. Je survivrai à cela aussi. »

Dans une interview au magazine Loubavitch International en 2006, Rohr évoqua son analyse des évolutions passées et présentes de la vie juive, affirmant que, malgré les défis modernes de l’assimilation, « il n’y a jamais eu dans l’histoire autant de Juifs étudiant la Torah qu’aujourd’hui ».

Il était particulièrement fier du renouveau de la vie juive en Allemagne, une tendance dans laquelle il eut  une part non négligeable, la considérant comme le désaveu le plus manifeste des plans diaboliques de Hitler.

« Quand par exemple, je vois aujourd’hui, que dans une ancienne synagogue de Dresde, des Juifs prient de nouveau, sous la direction du rabbin Chnéour Havelin, l’émissaire Loubavitch local, mon cœur commence à battre un peu plus vite », a-t-il dit.

Considérant l’avenir, il affirma que sa vision « est celle d’une nation de Juifs bien instruits dans le judaïsme, qui pratiquent les commandements et sont également autonomes économiquement. »

Pour aider à concrétiser cette vision, il développa une approche de la charité qui cherchait à maximiser le rendement de chaque dollar dépensé. Des centaines d’institutions à travers le monde attribuent une grande partie de leur succès non seulement au financement direct de la famille Rohr, mais aussi à leurs conseils judicieux et à leurs subventions stimulantes et structurées de façon à permettre d’atteindre les objectifs financiers.

Mais, du fait qu’il évitait l’attention du public, en dehors de ceux qui étaient nécessairement habilités à savoir, personne n’en savait beaucoup sur la philanthropie de sa famille. L’étendue réelle de la charité de Sami Rohr n’est pas encore totalement connue, et ne le sera peut-être jamais.

« Quand l’histoire du judaïsme des XXè et XXIè siècles sera écrite, a déclaré le Rav Kotlarsky qui a passé d’innombrables heures à s’entretenirr avec Sami Rohr des besoins du Fudaïsme dans le monde, Sami et Charlotte Rohr et leur famille seront reconnus comme des vecteurs déterminants de la renaissance juive dans de nombreux pays, villes et bourgades à travers le monde. Leur générosité et leur dévouement incessants pour leur peuple ont permis à d’innombrables personnes, familles et communautés de s’identifier de nouveau à leur foi et à affermir leur observance juive. »

Sami Rohr (2ème à gauche), pose avec (de gauche à droite) ses filles Evelyn Katz et Lilian Tabacinic, et son fils George, à la synagogue "The Shul", à Surfside en Floride.
Sami Rohr (2ème à gauche), pose avec (de gauche à droite) ses filles Evelyn Katz et Lilian Tabacinic, et son fils George, à la synagogue "The Shul", à Surfside en Floride.

Sami Rohr laisse derrière lui son fils George de New York, ses filles Evelyn Katz et Lillian Tabacinic de Bal Harbour, en Floride, des petits-enfants et des arrières petits-enfants, ainsi que des millions de Juifs à travers le monde dont il a influencé la vie. Il a été inhumé au cimetière du mont des Oliviers à Jérusalem à côté de ses parents et de son épouse bien-aimée, Charlotte.


Video: M. Rohr s'adresse à la Conférence internationale des émissaires du Rabbi de Loubavitch en 2006 (anglais)


Video: Nouvelle synagogue à Bâle - Sami Rohr et le Centre 'Habad Feldinger (allemand, sous-titré anglais)

Condoléances :

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par Joshua et Tamar Runyan
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1 Commentaire
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Sylvie Cohen 5 septembre 2012

Ce personnage me fait penser à Moses Montefiore. Je ne savais pas que de telles personnes existaient à notre époque. Reply