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15 février 1927, 1h30

15 février 1927, 1h30

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13 Adar Richon (15 février) une heure du matin :

Mon sommeil a été particulièrement agréable grâce au rêve que j’ai fait cette nuit. Certes, j’étais conscient que cela n’était qu’un rêve, mais j’ai fait un effort pour le garder à l’esprit, pour me souvenir des saintes discussions que j’ai entendues, des versets et des explications, des propos de nos Sages ainsi que des trois histoires. Grâce à D.ieu, j’ai pu me rappeler de tout, dans l’ordre de mon rêve et, lorsque je me suis levé à cinq heures, j’ai tout noté brièvement après avoir récité les bénédictions du matin. Avec l’aide de D.ieu, lorsque je rentrerai à la maison, je rédigerai tout cela longuement, tel que je l’ai entendu. Je suis extrêmement satisfait. Je me suis lavé, j’ai prié et, à huit heures trente, j’ai appelé l’employé de la réception pour payer ma chambre. Il me dit que je pouvais en disposer jusqu’à sept heures.

Je le payai, le remerciai pour sa sollicitude. Je lui dis que je ferai usage de cette chambre puisqu’elle était à ma disposition jusqu’à sept heures. Je me rendis ensuite à l’hôtel St Warwarskaya et pris une boisson chaude.

* * *

À dix heures, je rencontrai mes biens chers Ben Tsion et Avraham Yossef qui mettent véritablement leur vie en danger pour la sainte mission qui leur est confiée. Pendant trois heures, ils me firent un compte rendu détaillé de tout ce qu’ils avaient réalisé.

Le trésorier, Monsieur G., se rendit chez tous les membres de la commission, chez chacun en particulier, car il devait leur transmettre personnellement la somme qui leur avait été attribuée, suivant la subvention, pour le semestre Adar Cheni-Tichri. Il leur fit également savoir que la réunion aurait lieu à trois heures et non à cinq heures. Pendant ces deux heures, ils entendraient le compte-rendu du président du comité d’action et du président du comité de contrôle. Je viendrai, moi, à cinq heures.

Je pris mon déjeuner et regagnai ma chambre à l’hôtel St Warwarskaya. Je rédigeai le maamar de Tetsavé dont je n’avais pour l’heure écrit qu’une moitié.

* * *

« Nous, les jeunes athées, nous détruirons les Juifs fanatiques, les rabbins et les enseignants. Tel sera également ton sort, camarade Schneersohn... »

À quatre heures trente, il me fallut m’interrompre. Je priai Min’ha et quittai ma chambre pour me rendre à la réunion. Dans l’antichambre, je vis le jeune garçon, l’aide-standardiste, qui courut vers moi et me dit que l’on m’appelait au téléphone à la réception.

– Qui est-ce ? demandais-je.

Il me répondit qu’il ne le savait pas. J’entrai dans le bureau et l’employé Kratov me dit :

– Parlez dans le téléphone mural et j’écouterai votre conversation avec le téléphone qui est sur mon bureau. Je veux savoir qui est votre interlocuteur et quel est le contenu de vos propos.

Je me tournai vers le standardiste :

– Dites à celui qui désire me parler de me laisser son numéro de téléphone et ses coordonnées. Je le rappellerai dans un quart d’heure. Je refuse de parler dans le téléphone de l’hôtel.

Kratov en fut abasourdi et ne put prononcer un mot. Le standardiste s’exécuta et annonça à haute voix : « K.G.B., bureau 47. »

Kratov s’exclama :

– Je vous ordonne de parler ! Sinon vous le regretterez. Cela ne vous sera d’aucune utilité.

Je pris le papier que me tendait le standardiste. Il portait le numéro de téléphone et le bureau. Je me dirigeai vers la sortie. Kratov hurla :

– Camarade Schneersohn, sachez que je vous ai prévenu devant témoins !

* * *

À cet instant, je me suis rappelé mon entrevue avec Monsieur Bachkov. Il m’avait dit qu’il me fixerait sans doute un rendez-vous. En quittant l’hôtel, j’entrai dans la première boutique et demandai la permission d’utiliser le téléphone. J’appelai le numéro que l’on m’avait donné, le K.G.B., bureau 47. Je déclinai mon identité et l’on me demanda d’attendre un instant, car le camarade Bachkov désirait me parler. J’attendis quelques minutes puis Bachkov dit :

Serait-il possible de vous rencontrer ce soir à six heures ?

– Si vous m’aviez prévenu plus tôt, j’aurais organisé mon emploi du temps autrement. Maintenant, cela me sera difficile. Je m’efforcerai d’être de retour à l’hôtel St Warwarskaya, chambre 67, à sept heures.

– Parfait, je viendrai à sept heures trente.

Je m’empressai de me rendre à la réunion. J’avais vingt-cinq minutes de retard et je demandai aux présents de m’excuser. En quelques mots, le Rav Z... me fit part du contenu des échanges, du fait que tous étaient satisfaits des propos des jeunes gens du comité d’action et du comité de contrôle.

Le Rav M... dit :

– Je ne pensais pas que Monsieur G... me rendrait visite aujourd’hui avec un beau cadeau, ma part de la subvention en espèces.

Nous discutâmes encore certains points puis ce fut six heures trente et j’annonçai que je devais être à sept heures à l’hôtel. Nous fixâmes de nous revoir à onze heures du soir dans l’appartement de A.R...

Monsieur G... voulut m’accompagner et je lui dis que nous nous retrouverions à onze heures, comme convenu.

* * *

Je sortis en cachette et me rendis à Navi Rodi, sur la place du Kremlin. J’achetai des fruits et rentrai à l’hôtel.

Je demandai que l’on me monte une théière avec du sucre. J’attendais la visite du fils et petit fils de ‘hassidim, Marc Semyanovitch Bachkov, président du conseil municipal de la ville de Tchelabinsk et membre du comité central du K.G.B., qui voulait me faire part de ses souvenirs.

Quelques instants après sept heures trente, Marc Semyanovitch, le chapeau à la main, arriva. Je l’invitai à s’asseoir. Il s’enquit de ma santé, me demanda si je disposai d’assez de temps. Lui était libre jusqu’à neuf heures trente et devait ensuite partir pour une réunion qui aurait lieu à dix heures. Demain soir, il partirait pour Tchelabinsk.

– Je me suis arrangé pour avoir assez de temps. J’attache beaucoup d’importance à entendre vos souvenirs d’antan, auxquels sont liés ceux de la vie de mes pères et les coutumes de cette époque qui, petit à petit, tombent injustement en désuétude.

– Mon père était enseignant. Il s’appelait Chimone Bachkès. Sa mère organisait les mariages des familles et des riches d’Orcha et son nom était connu même à l’extérieur de cette ville. Mon père portait son nom. Mon oncle, le frère de ma mère, s’appelait Mena’hem Chmouel Ragoline. Il gagnait sa vie en fabriquant du vin à partir de raisins secs. C’était l’une des bonnes familles d’Orcha. Mes grands-pères, le père de mon père et le père de ma mère et de Mena’hem Chmouel étaient des grands ‘hassidim du vieux Rabbi de Loubavitch. Je ne me rappelle pas du nom de ce Rabbi. Je me souviens seulement que l’on racontait qu’il avait été invité à Petersbourg par Nicolas Ier. Il lui avait demandé d’introduire des aménagements dans les écoles des enfants Juifs. Le Rabbi avait refusé et Nicolas l’avait fait emprisonner.

– Il s’agit du Tsema’h Tsedek, grand-père de mon père.

– J’ai entendu de nombreuses histoires à propos de ce Rabbi et aussi à propos de son fils le Rabbi de Loubavitch qui rendit visite à Alexandre III et fit beaucoup pour calmer les pogroms qui eurent lieu dans la région de Kiev.

– Il s’agit de mon grand-père, le père de mon père, le Rabbi Chmouel.

– J’étais un bon élève. J’ai étudié la Torah avec ardeur jusqu’à l’âge de quatorze ans. J’ai même pensé me rendre dans l’une des yéchivot de Minsk. J’y suis effectivement resté pendant trois ans, mais je m’y suis écarté du chemin. Je suis ensuite revenu à la maison, mais je ne pouvais plus y supporter la vie. Je me suis sauvé, ai adhéré au socialisme. Je suis ensuite parti en Angleterre où j’ai fait différentes études. Puis, je suis revenu dans mon pays et, pendant trois ou quatre ans, j’ai travaillé dans plusieurs usines et recueilli des adhésions au socialisme.

Pendant un long moment, il me parla de son emprisonnement, de sa fuite hors du pays, de son retour lors de la révolution, de l’importance de son travail, de choses qui ne m’intéressaient en aucune façon.

Il parla de ses parents avec un égard particulier. Pendant vingt ans, il ne les avait pas vus et, étant déjà membre du comité central à Moscou, il voyagea spécialement à Orcha pour leur rendre visite. Il sut que sa mère était morte deux ans plus tôt. Pour son souvenir, il décida de changer son nom en Bachkov. Il ne reconnut pratiquement pas son père, âgé, courbé, maigre, le visage allongé. Lorsqu’il entra dans sa chambre, dans la maison de Zalman Yaakov Lipkin, une des personnalités d’Orcha et un grand ‘hassid, il le trouva alité, en train de gémir. Son père le vit, mais ne le reconnut pas. Il lui cria :

– Viens-tu m’emprisonner encore une fois ? Donne-moi au moins le temps de guérir de ma maladie ! Et il se mit à pleurer.

Un long moment passa jusqu’à ce qu’il parvienne à le calmer. Il tenta de se présenter, de dire qu’il était son fils Méïr. Il le considéra alors d’un regard froid et ne répondit rien. Il lui proposa de venir à Moscou avec lui. Là, il comblerait tous ses besoins. Mais le père répondit :

– Avant, il fallait être professeur. Maintenant, lorsque l’on enseigne, on est emprisonné et frappé. Il faut donc continuer à enseigner, mettre sa vie en danger et apprendre avec les enfants en cachette.

Il donna quarante tchervontsy à son père qui les refusa, affirmant qu’il disposait de tout ce dont il avait besoin.

Je me prenais à penser : s’il savait que son père, Reb Chimone et son oncle Reb Aryé Chlomo, frère de Reb Chimone, les deux enseignants clandestins d’Orcha, de même que son oncle, Reb Mena’hem Chmouel, enseignant en cachette de Yekatrinoslav, recevaient leur salaire de nos centres, qu’en dirait-il ? Il me décrivit longuement ses voyages, en tant que membre du K.G.B., dans différentes villes. Puis il devint le président du conseil municipal de Tchéliabinsk, il y a deux ans. Il devint ensuite membre du comité central du K.G.B. dont il me vanta les mérites.

* * *

Tout à coup, la porte s’ouvrit et l’employé Kratov, avec trois autres jeunes gens, fit irruption dans ma chambre. L’un d’entre eux portait l’uniforme de la police. Tous, à l’exception de Kratov, avaient un revolver à la main. Kratov s’écria avec colère :

– Camarade Schneersohn, tu es prisonnier. Ne bouge pas. Si tu quittes ta place, nous tirerons et tu seras responsable de ta mort. Où sont tes affaires ? Nous allons les fouiller !

Bachkov observa la scène. Son visage devint plus rouge que le sang, mais il ne souffla mot. Moi, j’étais déjà habitué aux fouilles et aux propos menaçants de ceux qui venaient les faire. Je restai assis calmement et répondis :

– Mon petit sac est là et le grand est près de mon lit, derrière le rideau qui sépare le salon de la chambre à coucher.

Kratov ordonna à ses acolytes de chercher. Il prit lui-même place sur l’une des chaises et raconta comment il avait frappé des rabbins et des professeurs, cassé leurs dents, crevé leurs yeux. Dans sa ville natale, Amtsislav, dans la région de Mohliv, il y avait deux rabbins. L’un âgé de soixante-quinze ou quatre-vingts ans et le second d’une cinquantaine d’années. Il les avait tous deux attelés à la charrette qui transportait le fumier à partir de l’étable de Kozma, le cordonnier. Le vieux rabbin ne pouvait tirer la charrette. Il s’arrêta, tomba à terre, se cassa le bras et le pied et mourut le jour même. Le second tira la charrette jusqu’à ce que ses entrailles se détachent de lui. Il tomba à terre et reçut un coup de pied dans le ventre. Il se roula de douleur et mourut également deux jours plus tard.

Ses acolytes répandaient mes vêtements, fouillaient les poches, feuilletaient mes livres. Ils posèrent mes écrits sur la table. Kratov me demanda de me lever. Il fouilla les poches de mes vêtements et déposa ce qu’il trouva sur la table. Il dit :

– Nous, les jeunes athées, et nos amis, les jeunes communistes, nous détruirons les Juifs fanatiques, les rabbins et les enseignants. Nous les déracinerons et les ferons disparaître. Tel sera également ton sort, camarade Schneersohn. Deux voies s’offrent à toi. Tu seras mis au pied du mur et exécuté. Ou bien l’on t’enverra dans le désert de Salavki, dans lequel tu pourriras.

* * *

Lorsque Kratov acheva de vérifier mes poches, il se tourna vers Bachkov et lui dit :

– Et maintenant, camarade, debout. Nous te fouillerons également. Peut-être, et même sans doute, es-tu un émissaire du camarade Schneersohn pour construire des bains rituels, fonder des ‘hadarim, soutenir la contre-révolution, les rabbins, les enseignants et tout ce qui ressemble à cela.

Bachkov répondit avec calme et froideur :

– Camarades, il me semble que le camarade Schneersohn ne connaît pas les lois du pays, mais cela ne devrait pas être votre cas. (Il indiqua les références précises de la loi.) Celui qui vient établir une fouille ou une recherche, qu’il soit mandaté par la police ou par le K.G.B., doit présenter sa carte avec sa photo, attestant de sa qualité. Il doit également présenter son mandat de perquisition précisant le nom et l’adresse de celui qui doit être fouillé. S’il s’avère, à l’issue de cela, qu’il faut emprisonner quelqu’un, cela est possible, mais le mandat doit être rédigé en ce sens et signé par l’organisme mandant. En conséquence, montrez-moi votre carte et je saurai qui vous êtes.

Kratov s’emporta et se mit à hurler :

– Je suis un membre de la Yevsektsia nommé par (il donna le nom d’une certaine organisation dont je ne me souviens plus) pour surveiller cet hôtel, ses employés, ses domestiques, ses locataires, ses visiteurs. En l’occurrence, un goinfre est arrivé (il désigna sur la table les restes des fruits que j’avais mangés) et ce chien (il désigna Bachkov) me demande encore mes papiers. Mets-toi debout et laisse-moi vérifier tes poches. Sinon, ma main ira abîmer ton visage crasseux, porc, fils de chien ! Camarades, au travail, nous venons de pêcher un gros poisson.

Il mit la main sur l’épaule de Bachkov et dit :

– Pour toi également nous trouverons une place dans l’une des caves de l’hôpital de la rue Loubyanka.

Bachkov dit alors :

– Je demande le respect de la loi.

Kratov et ses amis rirent de bon cœur et s’approchèrent de Bachkov. L’un tendit la main pour le fouiller. Bachkov se leva alors avec colère. Il retira son chapeau de sa tête, prononça à haute voix un mot dont je ne savais pas le sens, puis il sortit sa carte. Le visage de Kratov devint blanc comme un linge. Ils reculèrent et se tinrent, comme des blocs de bois, comme frappés par la foudre.

Brachkov jeta à Kratov :

– Viens ici. Présente-moi ta carte.

Kratov, avec une voix tremblante :

– Ma carte est sur la table de la réception.

– Va la chercher.

Il demanda aux autres également de venir lui présenter leur carte. Il nota leur nom dans son carnet. Il demanda le mandat de perquisition. Ils répondirent qu’ils n’en avaient pas. Celui-ci devait sans doute se trouver chez le camarade Kratov. Bachkov leur dit qu’ils pouvaient partir. Le lendemain matin, ils devraient se présenter au juge Yermalov, dans les bureaux du K.G.B. Kratov présenta sa carte. Bachkov lui demanda :

– Où est le mandat de perquisition ?

– Je n’en ai pas. J’ai pris l’initiative de ceci, car je dois surveiller les locataires et je soupçonne le camarade Schneersohn d’être un contre-révolutionnaire. J’ai donc le droit de faire cette recherche.

– Très bien, demain matin tu te présenteras au juge Yermalov, dans les bureaux du K.G.B. Il t’expliquera les lois d’une perquisition et l’on t’apprendra à parler aux gens.

Kratov implora, mais Bachkov le coupa :

– Je désire achever ma conversation avec le camarade Schneersohn. Ne me retarde pas, car je dois partir dans quelques instants.

* * *

Bachkov me présenta des excuses pour ce qui s’était passé. Il m’expliqua que tout cela venait de jeunes irresponsables et inconscients. Il m’assura que pareille chose ne se reproduirait plus.

– Ce n’est pas ainsi que la situation s’améliorera, dis-je. Nous savons que toutes les persécutions viennent de la Yevsektsia, essentiellement composées de jeunes inconscients.

– Si pareille chose vous arrive encore une fois, faites-le-moi savoir à mon domicile ou à cette adresse.

Je méditai à la Divine Providence. Je venais de voir avec mes yeux un véritable dévoilement de D.ieu.

Il me tendit une adresse et partit. Je fermai la porte de ma chambre et priai Arvit. Je méditai à la Divine Providence. Je venais de voir avec mes yeux un véritable dévoilement de D.ieu. Je me souvins du rêve que j’avais fait samedi soir, lorsque j’étais venu à Moscou.

Par deux fois, j’entendis frapper à la porte de ma chambre et ne répondis point. J’étais sûr que Kratov ou l’un de ses amis me demanderait d’intervenir en leur faveur et je ne désirais pas les voir. Puis le téléphone sonna. Je ne répondis pas tout d’abord, mais, à la quatrième sonnerie, je décrochai le combiné.

– Qui est-ce ?

– Kratov. J’ai tapé à votre porte et vous n’avez pas répondu. Je voudrais vous parler quelques instants.

– Je suis maintenant très occupé. Je dois partir très bientôt. Je reviendrai à une heure tardive.

– Seulement quelques instants.

– Je m’excuse, c’est impossible.

Je raccrochai le téléphone. Je me préparai et allai à la réunion fixée à onze heures. Dans le couloir, Kratov m’attendait et me supplia de plaider en sa faveur. Il s’engageait à me protéger à partir de maintenant. Il me ferait savoir tout ce qui était dit au bureau de la Yevsektsia afin que je prenne garde. Il avait un groupe d’amis soumis à son autorité et tous s’emploieraient à me faire du bien. Il me fallait savoir ce que complotait la Yevsektsia et lui et ses amis pouvaient m’être très utiles maintenant. Il m’assurait, si je plaidais en sa faveur, que lui et ses amis me tireraient de nombreux tracas.

– Je ne veux pas me mêler de tout cela.

– Vous tomberez dans le filet des pièges que vous tendra la Yevsektsia.

– Il est impossible de fuir devant les ennuis. Si D.ieu le veut, Il trouvera le moyen de me sauver. En tout état de cause, je ne ferai pas, pour cela, ce qui est le contraire de la vérité, de la justice et de mes propres idées.

– Vous vous réjouissez de mon malheur.

– Je ne me réjouis pas, mais je ne suis ni triste ni soucieux.

Encore sous l’effet de l’événement que D.ieu venait de me faire vivre, par Sa Providence, je me dirigeais vers la place du Kremlin. Je vis qu’il ne restait que dix minutes pour l’heure fixée. Je pris une voiture et me rendis au rendez-vous.

En arrivant, je trouvai tous les membres. Le Rav Z..., avec sa grande précision, avait déjà écrit un compte-rendu détaillé qui fut accepté en une demi-heure. Les membres du comité pensent repartir demain, mercredi. Le Rav Z... pense rester jusqu’à dimanche. Avec l’aide de D.ieu, je partirai dans la nuit de mercredi à jeudi. Nous nous dîmes au revoir. Les rabbanim M..., K..., G..., M... et Z... partirent séparément, l’un après l’autre. N.G... et moi partîmes les derniers, nous nous saluâmes et nous quittâmes.

L’heure était tardive, mais j’étais ému. J’avais mal à la tête. Je me dis que l’air frais et la clarté de la lune me calmeraient. Je décidai de me promener. Je trouvai une bonne voiture. Je me rendis à la forêt Sakolniki et, une demi-heure plus tard, je revenais à mon hôtel, à St Warwarskaya.

par Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch
Extrait du journal personnel du sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its'hak Scneersohn, de mémoire bénie.
© Editions du Beth Loubavitch - Paris, France
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