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14 février 1927, 8h30

14 février 1927, 8h30

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12 Adar Richon, huit heures trente du matin (14 février)
Hôtel Bolchaya Moskowskaya, chambre 16 :

C’est un fait incontestable, le don de l’homme lui procure la largesse. Depuis le début de mes voyages pour le bien communautaire, soit depuis l’été 5655 (1895) et, de façon plus systématique depuis 5658 (1898), je me suis fixé les principes suivants.

• Je m’efforce de voyager dans un compartiment particulier.

• Je séjourne dans les grands hôtels d’affaires.

• Je glisse des subsides au personnel domestique de l’hôtel et aux employés de la réception. C’est encore plus le cas à Moscou et à Petersbourg, villes dans lesquelles l’autorisation de résider, pour nos frères Juifs, est particulièrement limitée.

Bien sûr, le régime a changé. Mais pour nous, Juifs, rien n’a changé. Dans l’ancien régime, on nous frappait de la main droite alors que dans le nouveau régime on nous frappe de la main gauche.

Même de nos jours, après l’abolition des mesures instaurées par l’ancien régime, en particulier à rencontre des Juifs, bien qu’un Juif puisse librement s’installer là où il le désire dans ce pays, actuellement encore, je tire profit d’avoir mis en pratique la sentence « envoie ton pain au fil de l’eau ». Je raconterai tout cela plus loin.

Bien sûr, le régime a changé. Le nouveau a succédé à l’ancien. Mais pour nous, Juifs, rien n’a changé, si ce n’est que, dans l’ancien régime, on nous frappait de la main droite et nous étions les victimes des partisans de la droite, du siècle noir, alors que, dans le nouveau régime, on nous frappe de la main gauche. Nous sommes poursuivis par les partisans de la gauche, la Yevsektsia. Parfois, les « gauchistes » ont beaucoup de force et leurs coups sont la cause de douleurs encore plus intenses que celles de la droite.

Hier, à neuf heures, en revenant de la réunion, j’ai rédigé le maamar de Tetsavé jusqu’à une heure du matin. Puis, je me suis interrompu pour me préparer à dormir.

J’ai lu le Chéma, ôté mes habits, me suis lavé et couché. C’est alors que j’entendis frapper à ma porte. Je n’y prêtai pas attention, pensant que quelqu’un s’était trompé de chambre et recherchait en fait mon voisin. À mon retour, j’avais en effet entendu là-bas du bruit. Je décidai donc d’éteindre la lumière et de dormir.

Quelques instants plus tard, le téléphone sonna. J’entendis la voix d’un employé, Kouznetsov. Il s’excusa et me demanda de le laisser entrer dans ma chambre car il devait me faire une communication importante. Je lui ouvris ma porte.

L’employé me raconta qu’un homme s’était présenté, un quart d’heure plus tôt à la réception de l’hôtel (c’est lui qui y était de garde cette nuit-là). Il demanda si le Rabbi Schneersohn était déjà rentré. Il faisait partie du groupe des Juifs pour la destruction de la religion (la Yevsektsia) et ses collègues de Leningrad lui avaient fait savoir qu’il était arrivé hier à Moscou, sans doute pour y renforcer la religion juive, tâche à laquelle il se consacrait avec les autres rabbins.

« Nous l’avons épié, ajouta-t-il, nous l’avons recherché toute la journée et nous n’avons pu le trouver. Notre organisation a donc décidé de l’effrayer, de venir avec des policiers et de l’emmener pour lui faire passer la nuit dans un des bureaux de notre centre. Nous l’interrogerons alors pour déterminer le but de sa visite et ce qu’il fait ici. »

Je répondis, dit l’employé, que Monsieur Schneersohn n’était pas encore rentré. D’après ce que m’a dit l’employé dont j’ai pris le relais, ajoutai-je, Monsieur Schneersohn, en quittant l’hôtel, a demandé de transmettre à ceux qui le chercheraient qu’il ne rentrerait pas avant deux heures du matin. Lorsque le jeune homme entendit ma réponse, il écrivit un numéro de téléphone sur un papier qu’il me tendit. Il me demanda de l’appeler dès le retour du rabbin Schneersohn.

Vous devez donc quitter immédiatement l’hôtel. Je vous conduirai moi-même à l’hôtel Bolchaya Moskovskaya. Je connais bien l’un de ceux qui sont à la réception. Il est de garde cette nuit. Je l’ai déjà contacté et vous devez aller passer la nuit là-bas. »

Un quart d’heure plus tard, je quittai l’hôtel en passant par les cuisines comme l’employé me l’avait demandé, car il craignait que des gardes ne me guettent. Quinze minutes après cela, nous étions à l’hôtel Bolchaya Moskowskaya. Toutes les chambres étant occupées, on m’installa dans une pièce réservée au service, jusqu’à ce que l’une se libère.

Je me couchai à deux heures trente et me levai à sept heures. Je priai, puis bus une boisson chaude, l’employé me promit la chambre 33, qui se libérerait à midi, pour dix tchervontsy d’argent la journée. Je payai pour deux jours et offris un large pourboire à l’employé. Je le remerciai du service qu’il venait de me rendre. L’employé de l’hôtel Bolchaya Moskovskaya, qui savait ce qui était arrivé par son collègue de l’hôtel Bolchaya Sibirskaya et comprenait qu’il fallait me cacher à cause des membres de la Yevsektsia qui me poursuivaient, m’indiqua un moyen de quitter l’hôtel sans passer par le hall d’entrée. Il me demanda à quelle heure de la nuit je comptais rentrer. Dès onze heures du soir, il serait à son poste, car il était de garde pendant la nuit. Il m’ouvrirait alors la porte et me ferait passer par un chemin dans lequel personne ne pourrait me voir.

« Nous, jeunes Juifs communistes, savons qui vous êtes. Vous n’échapperez pas à nos mains. Nous vous attraperons. »

Ainsi, le trésorier, Monsieur G..., avait raison de dire que le chef du K.G.B., Menjinsky, est opposé à la Yevsektsia et repousse les propositions de Litvakov en ce qui concerne les persécutions religieuses. Par ailleurs, le comité spécial pour la destruction de la religion, groupe de jeunes gens chargés de rechercher ceux qui sont fidèles à la foi d’Israël, de les dénoncer, de les persécuter et de les faire disparaître, D.ieu nous en garde, ne s’est vu accorder par Menjinsky aucune reconnaissance au titre du K.G.B. On dit même que Litvakov s’est plaint de Menjinsky au Comité central, mais il a été désavoué.

Toutefois, au cours d’une réunion qui a eu lieu il y a un mois à laquelle participaient Messing, chef du K.G.B. de Leningrad, et son adjoint Rapoport, Litvakov est parvenu à convaincre Messing, qui prit alors parti pour le plan de Litvakov de renforcer la Yevsektsia en général et le comité spécial pour la destruction de la religion en particulier, afin de leur accorder la pleine reconnaissance du K.G.B. Le premier adjoint, Rapoport s’y opposa, mais le second adjoint, Rubin, fut acquis à cette idée. Menjinsky y opposa son désaccord le plus vif et le comité décida de laisser à chaque chef local du K.G.B. la liberté d’agir en ce domaine comme bon lui semble, sans devoir solliciter un accord préalable auprès du pouvoir central du K.G.B. Menjinsky donna donc l’ordre au bureau moscovite de repousser tous les membres de la Yevsektsia qui avaient une fonction dans l’un des départements. À l’inverse, Messing renforça le pouvoir de la Yevsektsia dans le bureau de Leningrad et en nomma un comité auprès du K.G.B.

Minuit et demi :

Lorsque j’arrivai, l’employé de l’hôtel m’attendait et me transmit les clés de la chambre 33, au second étage.

Le matin, lorsque j’arrivai à l’hôtel Stara Warwarskaya et y entrai pour prendre les clés de ma chambre, l’un des employés me considéra et demanda :

– Où étiez-vous cette nuit ? À quelle heure avez-vous quitté l’hôtel ?

Cet employé est nouveau et je ne le connais pas. Il parle comme les jeunes de cette époque. Je le soupçonne d’être Juif et même d’avoir contenu sa colère, car ses joues étaient bouillantes et ses yeux flambaient de haine. Les employés que je connais depuis de nombreuses années étaient en train d’écrire, le nez sur leur livre. Je sentais le courroux qu’ils éprouvaient envers ce jeune homme qui m’avait parlé de la sorte.

J’avais bien sûr très peur, mais j’adoptai un visage serein, avec un petit sourire aux lèvres. Avant même que j’aie pu dire quoi que ce soit, le jeune homme recommença à parler.

– Lorsque je suis arrivé ce matin, je me suis aperçu qu’à deux reprises la police est venue interroger celui qui occupe la chambre 67, au second étage. La clé était à la réception. Je l’ai donc prise et j’ai visité la chambre. J’ai vu le lit défait, comme si vous vous étiez levé au milieu de la nuit, mais personne n’était là. J’ai recherché, interrogé les domestiques des chambres. Ils m’indiquèrent que le locataire de la chambre 67 était parti à huit heures du soir. Où étiez-vous donc toute la nuit ?

– Cela fait vingt-cinq ans que je voyage de temps à autre, dans différentes villes. Je séjourne donc dans beaucoup d’hôtels. Or, c’est la première fois que la réception d’un hôtel m’interroge et fait même une enquête pour savoir où j’ai passé le jour ou la nuit. Je n’ai donc absolument aucune raison de vous répondre.

Je commençai à me retirer, mais il cria :

– Attendez ! Je suis chargé de la surveillance de cette maison, des employés de ce bureau, du personnel domestique et des locataires. Vous devez donc répondre à ma question.

– Si votre rôle est de surveiller cette maison, les employés, les domestiques et les locataires des chambres de l’hôtel, vous êtes habilité à interroger pour tous les mauvais agissements qui y sont perpétrés. Mais vous n’avez pas le droit de demander ce qu’a fait le locataire qui n’était pas ici et où il était. Je ne sais pas sur quelle base vous pouvez me demander de vous confier des choses personnelles qui ne concernent que moi.

Je fis mine encore une fois de partir, mais il me cria en yiddish :

– Ne partez pas. Votre « petite tête de Guemara » ne vous sera d’aucune utilité. Nous, jeunes Juifs, savons qui vous êtes. Vous n’échapperez pas à nos mains. Nous vous attraperons.

– Toute la Russie sait qui je suis. Toute la Russie, tout le monde sait qui sont mes parents. Mais qui êtes-vous, vous-même ? Personne ne le sait !

Il s’emporta alors véritablement et dit :

– Si je téléphone à la police et lui demande d’envoyer ses hommes pour vous arrêter, elle le fera immédiatement.

Je répondis calmement :

Je n’ai encore jamais entendu que la police arrête les innocents.

– Nous, jeunes Juifs de la Yevsektsia, nous le réclamerons à la police et la milice interviendra également.

Je rentrai dans ma chambre, mis en ordre mes affaires, pris mon Talit et mes Téfilines dans un petit sac et partis par les cuisines. J’abandonnai ma chambre et emportai la clé.

par Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch
Extrait du journal personnel du sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its'hak Scneersohn, de mémoire bénie.
© Editions du Beth Loubavitch - Paris, France
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