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13 février 1927, 14h

13 février 1927, 14h

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11 Adar Richon 5687 (13 février 1927) Moscou, quatorze heures :

Nous arrivâmes avec trente cinq minutes de retard. J’étais encore sous le coup de mon entrevue avec le chef du Savnarkom (conseil municipal) de la ville de Tchelabinsk, qui plus est membre influent du K.G.B. inspirant l’effroi à tous les habitants de ce pays sans distinction, homme simple ou officier. (Le dirigeant suprême en était Menjinski, connu pour être un homme sérieux et cherchant la vérité.) Il était natif de Orcha, issu d’une famille ‘hassidique, dont le nom du Rabbi de Loubavitch ne quittait pas la bouche depuis plusieurs générations, qui se rendait déjà à Loubavitch il y a une centaine d’années.

Cette rencontre avec Bachkov n’est pas le fait du hasard. Un simple fétu de paille qui virevolte sur la place du marché est dirigé par la Providence Divine, conformément à l’enseignement du Baal Chem Tov. D.ieu suscite un vent issu de Ses « trésors cachés » pour retourner cette brindille et la mouvoir d’un endroit à l’autre. Tout ceci est un maillon de la grande chaîne qui fut conçue par la Volonté divine. Combien plus est-ce le cas pour cette rencontre.

Mais mon esprit est incapable de percevoir l’enseignement qu’il convient de tirer de cet effet de la Providence Divine. Toutefois, cette rencontre conforte l’avis que j’ai exprimé. La persécution des activités religieuses et la destruction de ses institutions sont le fait des jeunes de la Yevsektsia. C’est seulement d’eux que viennent tous nos problèmes.

Je m’approfondissais dans mes pensées, j’avançais lentement et un porteur transportait mes effets. Lorsque je quittai la gare, les fiacres rapides, les « li’hatchi », que j’avais l’habitude d’emprunter étaient déjà partis. L’un des cochers me dit, sur un ton interrogatif « Guastinitsé ! » (« Hôtel ? »). Je montai donc dans la calèche, payai le porteur et demandai au cocher de me conduire à l’hôtel Stara Warwarskaya.

« Pendant un an, je combattis au front. Des balles mortelles volaient de tous les côtés, mais aucune ne me toucha. »

« D’accord », répondit-il en yiddish. Le premier instant, je me dis qu’il m’avait seulement semblé qu’il s’était adressé à moi en cette langue. Mais, quelques minutes plus tard, alors que nous traversions une ruelle étroite, le cocher se tourna vers moi et me demanda en yiddish si j’allais bien. Il ajouta qu’il ne m’avait pas vu depuis de nombreuses années. Il était natif de la ville de Veliki Ouki. Son père visitait régulièrement Loubavitch.

Il participait à l’étude quotidienne qui réunissait les ‘hassidim, sous la conduite de Reb Zeev Welvel Gitless, l’un des enseignants que je connaissais et qui était maintenant âgé et faible. (Il habitait chez son fils, Reb Chraga, enseignant à Horodok, dans la région de Vitebsk. Reb Zeev était inscrit dans mes listes comme étant un de ceux qui avaient besoin d’un secours financier au titre de l’aide aux personnes âgées. Reb Chraga était, lui, inscrit comme enseignant dont le salaire était donné par la caisse commune.) Ensuite, ils priaient Maariv avec le rav.

– Moi, je ne désirais pas apprendre. Jusqu’à l’âge du service militaire, je fis du commerce. Il m’arrivait alors de ne pas mettre les Téfilines certains jours. En déplacement, j’en venais même à ne pas manger cacher.

Lors de l’enrôlement militaire, il fut libéré à la suite d’un grand tirage au sort. Dès lors, il commença même à transgresser le Chabbat. Lorsque la guerre éclata et que les jeunes furent mobilisés, il fut parmi les premiers appelés. Son père lui conseilla d’aller voir mon père, le Rabbi, à Loubavitch et de solliciter sa bénédiction. C’est ce qu’il fit. Il arriva à Loubavitch en Eloul 5674 (septembre 1914), un mois après le déclenchement de la guerre. Lorsqu’il le reçut, mon père, le Rabbi, lui dit :

– Ne mange pas taref, mets les Téfilines chaque jour de la semaine, décide de respecter le Chabbat. Transgresser les lois du Chabbat n’est pas une profanation si c’est à cause de la guerre. Mais celui qui accomplit délibérément des travaux interdits en ce jour l’a bel et bien profané. Si tu accomplis ces trois choses, D.ieu te protégera. Aucun projectile ne t’atteindra et tu rentreras chez toi sain et sauf.

– Pendant un an, me raconta Yaakov Lipchitz, je combattais au front. Des balles mortelles volaient de tous les côtés, mais aucune ne me toucha. Puis on m’accorda deux mois de permission pour me reposer.

Avant de retourner au front, je me rendis à Loubavitch. Arrivé à la gare de Roudnya, sur la ligne de chemin de fer d’Oryal et de Riga, je vis que le Rabbi s’apprêtait à partir à Smolensk par le train qui venait de Vitebsk. J’empruntai donc le même train. Le Rabbi m’accorda une seconde bénédiction. Lorsque la guerre s’acheva et que le nouveau régime prit possession du pays, je choisis un métier qui me permettrait de respecter le Chabbat et de prier chaque jour. Ma femme et moi, nous observons le Chabbat et la cacherout et nous élevons nos enfants sur la voie du Judaïsme. J’ai un bel appartement, car, de par ma fonction, je suis bien considéré. Je possède trois chambres et je peux en mettre une à votre disposition. Ma femme vous préparera vos repas. Pourquoi aller à l’hôtel, là où l’on épie chacun maintenant ?

Je le remerciai pour son invitation et lui dis que j’avais été satisfait d’entendre son histoire. Assurément, s’il mettait en pratique tout ce que lui avait dit mon père, le Rabbi, ses bénédictions s’accompliraient. Je lui demandai d’aller plus vite, car une demi-heure était déjà passée depuis que nous avions quitté la gare et le temps m’était précieux.

Lorsque j’arrivai à l’hôtel, il refusa que je lui paye la course. Tous mes propos de persuasion furent vains. Je descendis de la calèche et désirai lui parler, mais il me dit : « Soyez en bonne santé ! » et il partit.

Je vérifiai les comptes-rendus des centres et lus leurs comptes-rendus détaillés. Tous demandaient une augmentation de leur subvention et espéraient qu’il leur soit possible d’élargir leurs activités. D’après mes calculs, le budget de ce semestre, d’Adar Cheni à Tichri, serait d’un montant de quarante mille Ch. Le déficit de la caisse, après le versement du premier semestre, de Roch Hachana à Adar Richon, s’élève environ à cinq mille Ch.

La subvention pour le travail manuel doit être au moins multipliée par deux. Je crains la vindicte de Rav M... et de Monsieur A.H... qui me jalousent parce que ma campagne pour le travail manuel a été couronnée d’une grande réussite. Ils exigeront sans doute de toute leur énergie que la direction des opérations et la subvention du travail manuel soient gérées directement par chaque centre, afin de les retirer des attributions de l’organisation centrale qui est sous ma direction. Assurément, D.ieu m’accordera son aide et m’indiquera le chemin de la vérité et de la droiture.

par Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch
Extrait du journal personnel du sixième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Yossef Its'hak Scneersohn, de mémoire bénie.
© Editions du Beth Loubavitch - Paris, France
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