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III. Les thèmes du Tanya

III. Les thèmes du Tanya

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Du point de vue de sa structure, le Tanya peut être divisé en un certain nombre de sections, chacune traitant d’un sujet majeur, et comportant un certain nombre de sujets annexes.

Chapitres 1-8 :

L’homme est, de façon essentielle et inhérente, un être moralLa première section de l’ouvrage est consacrée à une analyse de la structure psychologique de la personnalité juive.1 Ici l’auteur discute les deux niveaux de la conscience (pour employer la terminologie moderne) à partir desquels l’homme opère. Ces deux niveaux de la conscience dérivent de deux sources, que l’auteur appelle « l’âme divine » et « l’âme animale ». Il examine les attributs essentiels et les facultés pratiques de chacune d’elles. Traitant de l’âme animale, Rabbi Chnéour Zalman discute aussi de la nature du mal, tant métaphysique que morale. Le mal est fondamentalement conçu en termes de non-unité, et le bien en termes d’unité.

Chapitres 9-17 :

Ensuite, l’auteur poursuit en examinant le conflit inévitable qui résulte des deux sources divergentes de conscience. Il évalue la force relative des deux âmes et leurs fonctions respectives qui assurent fermement le maintien de l’unité essentielle à la personnalité humaine.

Dans la pratique, toutefois, le conflit produit une variété de personnalités, s’étendant d’un extrême à l’autre, et que l’auteur entreprend de définir. Toute son attention est portée sur le Beinoni, la personnalité morale idéale pour Rabbi Chnéour Zalman, laquelle se situe à mi-chemin entre ces extrêmes. Cependant, dans la définition qu’il en donne, le Beinoni n’est pas celui dont les péchés et les vertus s’équilibrent, et le Tsadik celui dont les bonnes actions ont plus de poids que ses péchés, comme le définit parfois le Talmud.2 Le Beinoni du Tanya est un homme dont l’empire sur lui-même est total, et qui ne commet sciemment de péché dans aucun des trois domaines de l’activité humaine : la pensée, la parole et l’action. Le Beinoni du Tanya est ainsi supérieur au Tsadik du Talmud. Néanmoins, notre auteur insiste sur le fait que cette personnalité idéale est à la portée de l’homme moyen, non sans une vigilance et un effort constants de sa part. La doctrine sous-jacente ici est que l’homme est, de façon essentielle et inhérente, un être moral.

Chapitres 18-25 :

Les chapitres suivants ont pour but d’étayer la théorie de base de Rabbi Chnéour Zalman, à savoir que la personnalité idéale du Beinoni n’est pas un pur concept, mais un concept réalisable dans la pratique. À cette fin, il examine à nouveau les fonctions de l’âme aux deux niveaux du conscient et du subconscient. Pour le premier, l’auteur insiste sur la suprématie de l’intellect. Quant au subconscient, il emprunte au Zohar certaines catégories mystiques, telles que l’amour et la crainte de D.ieu, innés ou « cachés ». L’amour « caché » fournit une aspiration pressante à l’union avec l’Éternel ; le sentiment de crainte à l’égard de l’Être Divin fait que l’homme redoute l’état de séparation d’avec Lui. Amour et crainte ne sont donc pas antinomiques ; ce sont plutôt des catégories complémentaires. L’auteur met l’accent sur le côté spécial, et dans une très grande mesure héréditaire, de la nature du Juif, et sur son attachement à l’idée de l’unité de D.ieu, dont l’origine remonte aux Patriarches. Cette pensée rappelle avec force, à certains égards, le concept de Halévi de « l’Influence Divine » (al amr al ilahi), que ce dernier considère comme étant inhérent au peuple juif.3

À ce point intervient la discussion de la doctrine de l’Unité Divine.

Chapitres 26-31 :

Toutefois, ne perdant jamais de vue le domaine pratique, Rabbi Chnéour Zalman discute de certains états d’esprit ayant un rapport direct avec la quête d’une unité personnelle préludant à l’unité d’ordre cosmique, laquelle, à son tour, est une condition sine qua non de la réalisation de l’Unité Divine. L’auteur propose un certain nombre de suggestions pratiques pour atteindre à la stabilité mentale et affective, et à l’harmonie intérieure. L’accent est mis sur la joie, jaillissant d’une foi intellectuellement accomplie, tandis que la tristesse et le découragement sont sévèrement censurés.

Le chapitre 32, le « cœur » du Tanya :

Le chapitre 32 est un chapitre à part ; c’est une interpolation sans rapport immédiat avec la discussion centrale. Le lecteur attentif remarquera que le chapitre 31 trouve sa suite directe au chapitre 33. Il semblerait que l’auteur ait choisi d’inclure ce chapitre particulier comme une parenthèse, afin de souligner, à ce point de la discussion, l’un des enseignements fondamentaux du Baal Chem Tov, pierre d’angle de la ‘Hassidout, lequel est l’objet d’une attention spéciale de la part de ‘Habad.4 Nous voulons parler de celui d’Ahavath Israël, l’amour pour le frère juif (Lévitique 8, 19).

Sur le ton familier qui lui est propre, notre auteur expose ce précepte dans une perspective mystico-éthique, basée sur les rapports d’âme qui unissent les membres de la communauté d’Israël, à laquelle il fait allusion dans son avant-propos et au chapitre 2, et qui dans celui-ci fait l’objet d’une étude plus complète. C'est pourquoi quelques chefs spirituels parmi les ‘hassidim notent la signification du numéro que porte ce chapitre : « 32 », correspondant au mot hébraïque לב – « cœur ».5

Pour être le maître véritable du monde que le Créateur a mis entre ses mains, l’homme doit d’abord être maître de lui-mêmeChapitres 33-37 :

Le drame du conflit intérieur personnel conduit l’auteur à l’examen de la destinée humaine, le sens et le but de la vie, la place qu’occupe l’homme dans l’ordre cosmique. Les chapitres 33-37 traitent de ces problèmes. Dans le dernier, Rabbi Chnéour Zalman trace à grands traits sa conception de l’ère messianique et de la résurrection, quand l’ordre cosmique aura atteint l’apogée de la perfection et de l’accomplissement, résultat direct de l’effort conscient de l’homme vers ce but.

Chapitres 38-40 :

À ce point l’auteur eût pu considérer son traité comme achevé. Mais cela ne lui suffit pas de nous quitter sur l’impression que la vie est simplement un prélude à la vie future. La vie et l’expérience religieuse sont plus qu’un simple moyen permettant d’atteindre un but. Dans les quinze chapitres suivants, les derniers de son ouvrage, l’auteur dirige sa conception du Royaume céleste vers la terre, vers la vie actuelle et quotidienne.

Dans sa vie quotidienne, il est offert à l’homme un avant-goût de la vie future, d’une qualité à certains égards supérieure même à la félicité spirituelle de l’au-delà. Aussi l’auteur entreprend-il l’examen de ces catégories de phénomènes spirituels de l’homme qui le mettent en mesure de transcender ses limites physiques et de participer à la vie surnaturelle. Encore une fois, le mystique ici est mis en évidence. L’auteur apporte des vues nouvelles sur le concept de kavanah (« l’intention » devant accompagner tout acte humain), qui est le véhicule de la transcendance.

Chapitres 41-47 :

Il discute les différentes qualités, crainte (crainte-respect) et d’amour, et introduit également celle de miséricorde, les considérant comme les éléments de base de cette transcendance, et comme des qualités innées dans la nature humaine, permettant de franchir l’abîme qui sépare le créé du Créateur, et d’entrer en contact direct avec l’Ein Sof, l’Illimité.

Chapitres 48-49 :

Les deux chapitres suivants sont consacrés à la très importante doctrine Lourianique du tsimtsoum, laquelle, dans le système de l’auteur, détient la clef donnant accès à la fois au mystère de la Création et au destin de l’homme. Tant l’homme que le monde dans lequel il vit sont des créatures dont les deux dimensions constitutives sont la matière et l’esprit. La tension inhérente à un tel ordre ne peut être réduite que par la spiritualisation du matériel.

L’homme a le pouvoir de réaliser son harmonie et son unité personnelles par la réalisation de sa nature profonde. Ce faisant, il devient l’instrument par lequel le monde où il vit s’accomplit lui aussi. Pour être le maître véritable du monde que le Créateur a mis entre ses mains, l’homme doit d’abord être maître de lui-même.

L’homme est l’instrument divin permettant de faire de ce monde une demeure appropriée pour la Présence DivineLa Création est considérée comme un processus menant de D.ieu à l’homme ; et l’accomplissement comme un processus partant de l’homme et aboutissant à D.ieu. Le premier est un processus de matérialisation du spirituel ; le second, de spiritualisation du matériel. Il existe en fait une communauté d’intérêts entre le Créateur et Sa « contrepartie » ici-bas ; une communauté d’intérêts que rend, réalisable la communauté de « nature », puisque l’homme participe de la nature divine (du fait que son âme est une « partie » de la Divinité) autant que D.ieu S’intéresse aux affaires humaines.

Chapitres 50-53 :

Les actions morales de l’homme doivent être des actions saintes.6 Le bon et le saint se confondent ; le devoir ainsi que le but de l’homme est de s’identifier à son Créateur, en identifiant sa volonté à celle de son Créateur. L’homme est l’instrument divin permettant « de faire de ce monde une demeure appropriée pour la Chékhinah (la Présence Divine) », et que puissent habiter intimement et pleinement aussi bien l’homme que D.ieu, dans une harmonie et une union complètes. Sur cette note mystique se concluent les derniers chapitres de la première partie du Tanya, Likoutei Amarim.

NOTES
1.
Avec Rabbi Isaïe Horowitz et tous les Kabbalistes, Rabbi Chnéour Zalman mettait la conformation psychologique du Juif dans une catégorie à part. Rabbi Juda Halévi faisait du destin particulier du peuple juif l’une des doctrines de base de son Kouzari. Dans le Tanya, l’accent est mis sur le Juif en tant qu’individu plutôt que sur le peuple juif dans son ensemble.
2.
Berakhoth 7a ; Roch Hachanah 16b. Pour la discussion de ce sujet, voir premier chapitre du Tanya.
3.
Kouzari I, 25, 27 et suiv.
4.
Voir Likoutei Torah (Wilno [ex. « Rom »], 1928), vol. I, Matoth p. 85d et suiv. Dérekh Mitsvotékha par Rabbi Mena’hem Mendel de Loubavitch, Kehot Publication Society (Brooklyn, N.Y. 1953), p. 28a et suiv. et al.
5.
Je dois au Rabbi de Loubavitch d’avoir attiré mon attention sur le sujet de ce chapitre.
6.
Comp. Chnei Lou’hot Habrit, p. 328b; 380b.
par Nissen Mangel
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La vie, les enseignements et les œuvres de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, le fondateur de ‘Habad
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