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Les dix forces de l’âme

Les dix forces de l’âme

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Des dix sefirot dérivent dix forces correspondantes dans l’âme humaine ; elles portent toutes des noms identiques aux sefirot elles-mêmes.

L’âme s’exprime et se manifeste à travers ses facultés, qui se divisent en deux catégories principales : les forces transcendantes ou générales, et les forces particulières, ou immanentes (correspondant respectivement au Kéter, la couronne transcendante et aux sefirot immanentes qui suivent).

Les forces transcendantes ou supraconscientes de l’âme sont appelées plaisir (oneg) et volonté (ratsone). Elles correspondent aux dimensions intérieures et extérieures de Kéter, mentionné ci-dessus.

Les forces particulières ou immanentes se subdivisent en intellect et émotions. Les trois facultés intellectuelles sont ‘Hokhma, la sagesse ou l’intelligence créative ; Bina, la compréhension ou l’intelligence analytique, et Daat, qui est la connaissance ou la capacité de décision et de synthèse.

...Les forces immanentes sont subdivisées en intellect et émotions‘Hokhma

‘Hokhma est la puissance créatrice et généralement imprévisible de l’âme qui se manifeste par des intuitions ou une inspiration spontanées – un éclair intuitif d’illumination intellectuelle qui n’a pas encore été pris en charge ou développé par la force d’entendement de Bina.

La puissance créatrice qui illumine ‘Hokhma dérive du niveau caché de Kéter : « et ‘Hokhma émerge du néant » (Job 28, 12), c’est-à-dire de la face cachée de Kéter. La raison pour laquelle ‘Hokhma est capable de fonctionner comme un réceptacle de l’éclair de révélation divine est que dans son essence profonde, elle est aussi « néant ». C’est-à-dire que l’essence profonde de ‘Hokhma est l’effacement de soi (bitoul).

C’est pourquoi le Zohar caractérise la nature de ‘Hokhma par l’une des permutations du mot ‘Hokhma lui-même – koa’h ma – « le potentiel d’être “quoi” (c’est-à-dire non défini et donc illimité) ». Dans cet état de bitoul, une personne ne ressentira pas son propre être comme une création indépendante ; au contraire, sa conscience sera centrée sur l’omniprésence de D.ieu.

Bina

Bina, habituellement traduit par « compréhension », est la faculté cognitive qui développe et articule l’énergie séminale de ‘Hokhma afin que celle-ci puisse se révéler comme une conceptualisation structurée, à travers la Bina.

Bina est également la faculté inductive  et déductive de l’esprit, permettant de comprendre (ou de déduire) un élément à partir d’un autre, élargissant ainsi le point de ‘Hokhma en un système conceptuel multidimensionnel. C’est pourquoi le Zohar symbolise ‘Hokhma, Bina, et leur relation, comme « le point céleste (‘Hokhma) dans son palais (Bina) » (Zohar I, 6a). Toutefois, Bina n’est pas seulement un complément à ‘Hokhma ; elle représente aussi la capacité de discerner une réalité plus large que celle incluse dans ‘Hokhma elle-même.

Bina est également la capacité d’expliquer un concept à autrui, donc de le « reproduire ». En ce sens, Bina est appelée « la mère des enfants » (Psaumes 113, 9).

Daat est la capacité d’intégrer et d’harmoniser des points de vue diamétralement opposésDaat

Daat (connaissance) est la troisième faculté de l’intellect. C’est la capacité d’intégrer et d’harmoniser des points de vue ou des états diamétralement opposés. Comme mentionné plus haut, lorsque Kéter est compté [en tant que sefira], Daat ne l’est pas, et inversement. En termes de pouvoirs de l’âme, Daat joue en réalité un double rôle : d’une part, Daat est la puissance qui lie ensemble les forces intellectuelles que sont ‘Hokhma et Bina. Il est alors appelé Daat élyone (Daat supérieur), et demeure généralement dans un état de dissimulation. Comme tel, il est identifié avec Kéter. D’autre part, Daat sert de liaison entre les domaines opposés de l’intellect et des attributs émotionnels. À ce titre, il est appelé Daat ta’htone (Daat inférieur). Daat n’est pas simplement un stade de la réflexion ; c’est lui qui permet de convertir la compréhension en force vivifiante et inspiratrice des émotions et des actes. En ce sens, le Zohar appelle Daat « la clé des six [émotions] » (Zohar III, 22a).

Une personne qui possède du Daat affichera ainsi un comportement mûr et rationnel, alors que celui qui manque de Daat sera émotionnellement immature et probablement victime de conflits émotionnels intérieurs.

‘Hessed

‘Hessed (amour, bonté) est le premier des attributs émotionnels de l’âme. La force qui le sous-tend est l’amour, la bienveillance. ‘Hessed est aussi parfois appelé Guédoula (largesse), car il nourrit les autres attributs de l’âme jusqu’à leur pleins développement et maturation. Le Zohar le désigne ainsi comme « le premier jour [le premier attribut] qui accompagne tous les autres jours [de la Création] » (Zohar I, 46a).

Parmi les trois patriarches, Abraham est celui qui incarna la qualité de ‘Hessed, comme l’indique le verset : « Donne... le ‘Hessed à Abraham » (Michée 7, 20). Il est aussi appelé « Abraham, celui qui M’aime» (Isaïe 41, 8)

Guevoura

Guevoura (détermination, puissance limitative), associée à la notion de din (sévérité du jugement divin) restreint l’expansivité bienveillante de ‘Hessed. En tant que force de l’âme, il représente l’attribut émotionnel de la crainte ou de la peur. Là où ‘Hessed enjoint de donner généreusement et sans condition, sans se préoccuper de savoir si le destinataire le mérite, Guevoura y objecte, de crainte que le destinataire n’en soit pas digne, ou qu’il fasse un mauvais usage ce qui lui sera donné. En conséquence, toute occasion de prodiguer du bien à quelqu’un sera évaluée à l’aune du mérite du receveur.

D’un autre côté, Guevoura exerce tout autant d’influence lorsqu’il s’agit de défendre courageusement le droit légitime d’autrui à recevoir son dû, même face à une vive opposition. Si la justice divine décide que quelqu’un doit bénéficier d’un certain avantage, la crainte du Ciel nous poussera à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider dans ce sens. Du fait que la Guevoura se préoccupe du maintien de mesures et de proportions appropriées au sein de la Création, elle œuvre à défendre les frontières de la loi, que ce soit à l’avantage ou au désavantage de la personne, et cela requiert courage ou circonspection.

En tant que forces complémentaires, ‘Hessed et Guevoura travaillent ensemble en établissant la définition rigoureuse du mérite qui conférera aux actes ultérieurs de ‘Hessed une valeur et un sens réels pour le destinataire.

Guevoura correspond au patriarche Isaac, comme dans le verset « Celui dont Isaac a peur... » (Genèse 31, 42;53).

Tiféret correspond au Patriarche JacobTiféret

Tiféret (la compassion) est l’attribut de l’âme qui mélange et harmonise les deux pôles opposés de ‘Hessed et Guevoura. Tiféret est aussi appelé l’attribut de vérité, car il dépend dans une certaine mesure du mérite du receveur. Néanmoins, dans l’idéal, Tiféret tend vers ‘Hessed, et est donc connu comme ra’hamim (miséricorde).

Tiféret correspond au Patriarche Jacob.

Netsa’h

Netsa’h a de nombreuses significations, découlant des divers aspects de l’âme qu’il exprime. Il se rapporte aux notions de « victoire » (nitsa’hone), d’« éternité » (nits’hiyout) et d’« orchestration » (nitsoua’h). Le point commun à tous ces concepts est le sens de l’initiative et de persévérance nécessaire pour vaincre la résistance au fait de traduire pensée et émotions en actions concrètes. La « victoire » désigne l’initiative, l’« éternité » désigne la persévérance, et « orchestration » désigne un plan créatif pour déployer les autres forces d’une manière intelligente.

Dans l’âme, la qualité de Netsa’h dépend du degré de confiance qu’une personne a de faire ce que D.ieu attend d’elle.

Hod

Hod (renoncement, reconnaissance) est l’attribut de l’âme complémentaire de Netsa’h. Alors que Netsa’h va de l’avant, surmontant les obstacles entre le flux de bienveillance (de ‘Hessed) et le destinataire, Hod (une qualité dérivant de Guevoura) s’assure que le succès de la personne repose sur sa reconnaissance que son pouvoir et sa puissance sont de source divine. Hod représente donc la sincérité et l’innocence. Le Zohar donne de cette relation de complémentarité entre Netsa’h et Hod l’image de « deux moitiés d’un seul corps, comme des jumeaux » (Zohar III, 236a).

Yessod combine tout en un seul acte de création, liant le donneur et le receveurYessod

Yessod est la qualité qui combine toutes les qualités qui le précèdent en un acte unique de création qui relie le donateur et le receveur en une seule unité. En termes techniques, Yessod attache les sefirot supérieures à Malkhout, ou le ciel à la terre. Dans l’âme, cela représente la capacité d’une personne à s’attacher à la volonté de D.ieu et ainsi de mener à bien le plan de D.ieu pour la Création. Yessod représente également le tsadik (personne sainte), au sujet duquel il est dit : « Le tsadik est le fondement (yessod) du monde » (Proverbes 10, 25), car c’est lui qui se voue à réaliser la volonté divine et à concrétiser Son plan de Création.

Malkhout ...recevoir sur soi le joug de la souveraineté de D.ieuMalkhout

En termes de puissance de l’âme, Malkhout représente l’acceptation sur soi du joug de la souveraineté divine et le fait d’agir en conformité, tel un esclave envers son maître. Ainsi Malkhout se ressent comme un état d’humilité, car elle ne possède rien en propre ; elle est consciente qu’elle reçoit toutes ses qualités des autres forces de l’âme. En même temps, Malkhout représente aussi la royauté et la souveraineté. C’est seulement quand un roi accepte humblement sur lui le joug du Ciel qu’il peut trouver la force et la sagesse nécessaires pour diriger convenablement.

Quand l’homme fait le bien, son âme dispense l’abondante bonté de D.ieu et révèle Sa grandeur. Ce sont les bonnes actions de l’homme qui déterminent quelles sefirot auront la prévalence. Par exemple, si une personne manifeste de la compassion envers autrui, elle fait prévaloir Tiféret. Ainsi, par exemple, Abraham représente la bonté et l’amour, qui dérivent de la sefira de ‘Hessed, comme expliqué ci-dessus, car ses actes étaient orientés dans cette direction.

[Extrait de l’introduction à l’édition du Zohar « The Fiftieth Gate » (« la Cinquantième Porte »)]

par Moshe Miller
Rav Moshe Miller est né en Afrique du Sud et a étudié à la yéchiva en Israël et aux Etats-Unis. Il est l'auteur de vingt livres couvrant une grande variété de sujets ainsi que d'une nouvelle traduction annotée du Zohar. Il réside actuellement à Chicago.
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