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Perdu et retrouvé

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Une histoire de Rabbi Samuel HaNaguid

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Rabbi Samuel HaNaguid était issu de parents fort pauvres. Son père Joseph tenait un petit commerce d'épices. Mais les marchands d'épices étaient fort nombreux dans la ville ; la concurrence qui en résultait faisait qu'aucun d'eux n'arrivait à gagner sa vie.

Non loin de la maison de Joseph demeurait un scribe nommé Eliassaph. Frappé par la précocité des dons du jeune garçon, il pensa à l'initier aux choses saintes qui constituaient son travail. Le consentement du père obtenu, Eliassaph commença à enseigner à Samuel l'écriture et les langues hébraïque et arabe.

L'élève zélé fit de rapides progrès dans ces deux langues, et montra, de plus, qu'il était un scribe de talent. Dans cette dernière activité, il ne tarda pas à se faire un nom. Bientôt les clients affluèrent de tous les coins du pays ; qui avec ses poèmes et ses écrits, qui avec des documents ou des pétitions, bref tous ceux à qui les services d'un copiste expert et soigneux étaient nécessaires. Sa réputation alla grandissant à tel point qu'un jour la croyance s'établit que le succès était assuré à quiconque avait recours à sa plume : on le rechercha d’autant plus.

À mesure qu'il devenait un homme, Samuel croissait en sagesse. Ses connaissances s'étendaient considérablement dans les langues qu'il avait apprises, en Halakhah et en Hagadah, ainsi qu'en poésie et en sciences laïques. Il consacrait la moitié de sa journée à son travail et l'autre moitié à l'étude de la Torah.

Un jour, Habous ben Machan, roi de Grenade, entendit parler du brillant jeune homme. Il décida de mettre à profit ses talents multiples et il commença par le nommer scribe et conseiller royal. Puis il fut si heureux de sa « découverte », qu'il en fit bientôt son premier ministre et le général en chef de ses armées.

Rabbi Samuel était en effet un homme remarquable. Tous les honneurs dont on l'avait comblé ne purent lui faire oublier, si peu que ce fût, qu'il était avant toute chose un Juif, qu'il devait rester fidèle à la Torah et servir son D.ieu et son peuple.

En dépit de sa situation prospère, il n'en continua pas moins à consacrer ses loisirs à l'art de la calligraphie qu'il aimait, se souvenant que c’était à elle qu’il devait le haut rang auquel il s'était élevé. Nombreux sont les poèmes qu'il écrivit pour chanter les louanges de la plume. Son encrier portait gravés ces mots :

« La sagesse de l'homme se reflète dans son écriture et son intelligence dans l'usage de sa plume ; ainsi, l'homme peut accéder jusqu'au sceptre royal, par sa plume et l'art de s'en servir. »

II

Rabbi Samuel possédait un petit « Séfer Torah » qu'il avait calligraphié pour lui-même sur un beau rouleau de parchemin. À chaque bataille, il l'emportait avec lui.

Il inculqua même à ses enfants l'amour de cet art. Ainsi, dès l'âge de huit ans, son fils Yéhosaph copia le poème de son père, « Petit Tehilime ». Son second livre, « Petit Michlei », fut reproduit par son fils Eliassaph, alors âgé de six ans et demi. Quant à son troisième, « Petit Kohéleth », il le réservait à son fils Juda. Mais ce dernier était de santé délicate. Son père soucieux de ménager ses jeunes forces ne l'initia pas tout de suite à ce saint travail. Il attendait des jours meilleurs quand, soudain, le pauvre garçon mourut.

Rabbi Samuel fut accablé de douleur. Il chérissait son enfant. Aussi, après avoir copié lui-même sa propre œuvre, il la dédia à la mémoire du jeune disparu.

Les ennemis que, de par ses fonctions, Rabbi Samuel eut à affronter au champ de bataille furent nombreux. Il les combattit avec succès. Au cours d'un de ces combats, il égara son manuscrit du « Petit Kohéleth », ce qui le chagrina profondément.

La victoire obtenue, Rabbi Samuel se replongea dans ses livres et reprit sa vie tranquille dans la paix et l'étude. Mais il devait en être tiré peu après pour un problème grave : la pénurie des livres d'étude. Les plaintes des étudiants affluaient de partout.

Rabbi Samuel ne perdit pas de temps. Il installa un collège de scribes et de copistes dans sa propre maison. Les étudiants étaient assis en demi-cercle et un étudiant leur faisait face. Celui-ci lisait le texte, pendant que les autres exécutaient les copies. Comme vous vous en doutez, l'imprimerie n'avait pas encore été inventée en ce temps-là.

Ainsi, l'on put très rapidement disposer de nombreuses copies des ouvrages d'étude les plus importants. Rabbi Samuel veilla à ce que ces livres saints fussent reliés de manière attrayante et à la fois compatible avec leur grande valeur. Puis il les expédia partout où s'étaient dispersés les Juifs. Partout ainsi, la lumière se substituait aux ténèbres.

Les candidats vinrent en nombre, sollicitant leur admission à l'école de Rabbi Samuel HaNaguid. L'art de ce dernier n'était pas fait que d'adresse manuelle. C'était pour lui un instrument infaillible de pénétration psychologique. L'on disait de lui qu'un coup d'œil sur l'écriture d'une personne lui suffisait pour dévoiler son caractère. L'épisode suivant le prouve.

Un jour, un homme se présenta à Rabbi Samuel et le pria de l'accepter comme scribe dans son collège. Le maître demanda à voir l'écriture du nouveau venu. L'ayant examinée, il lui dit : « Je vois que tu es un plagiaire ! »

L'homme reconnut sans peine qu'il l'était. Alors, Rabbi Samuel poursuivit : « Je suis heureux de te voir reconnaître sans difficulté tes défauts ; ce m'est une preuve que tu peux changer. Si tu me promets de ne plus jamais céder à ce vilain penchant, je t'admettrai dans mon école. » Le candidat remercia vivement Rabbi Samuel, et promit sincèrement de rester dans le droit chemin à l'avenir.

III

Des années passèrent. Un jour, l'étudiant qui avait promis de se corriger soumit au maître une copie du traité Baba Métsia qu'il avait réalisée. Rabbi Samuel l'examina et son visage s'éclaira : « Je vois, dit-il, que tu es complètement guéri de ton défaut et que tu ne céderas jamais plus à la tentation de puiser dans le bien d'autrui. »

En entendant ces mots, l'homme, ne se contenant plus, saisit les mains du maître et les couvrit de baisers. Puis, il tira de son sac un manuscrit que, tout ému, il lui présenta. Rabbi Samuel n'en pouvait croire ses yeux ! C'était une copie intégrale de son précieux ouvrage « Petit Kohéleth ». L'étudiant lui raconta alors comment, à l'époque où il entretenait des rapports avec quelques plagiaires, il avait rencontré un homme qui se vantait d'avoir écrit de merveilleux poèmes. Pour preuve, il les avait entièrement récités, et à plusieurs reprises. Ne doutant point de leur paternité réelle, le copiste les avait retenus sans en omettre un mot. Puis il avait pris la peine de les reproduire fidèlement. Et maintenant il en apportait le manuscrit à son maître dont la joie ne connut pas de bornes. L'élève, dans sa lutte pour le bien, contre le mal, avait triomphé. Et le maître se retrouvait en possession de toutes ses œuvres.

Extrait du mensuel "Conversations avec les jeunes".
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