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La prière est-elle normale?

La prière est-elle normale?

La prière juive est-elle intrinsèquement paradoxale?

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En priant D.ieu, nous nous mettons dans une position assez absurde : nous reconnaissons qu’Il existe...

1. Sur l’absurdité de la prière

Quiconque a observé un minyane du matin standard sait que la prière juive n’est pas normale. Ce n’est pas normal de s’envelopper d’un drap de laine blanc, s’attacher des boites de cuir contenant des parchemins sur son bras et sa tête, se balancer d’avant en arrière avec vos collègues en chantant des incantations en hébreu et lire un rouleau de parchemin. Ce n’est pas normal de se tenir devant un mur et d’avoir l’air de lui parler. Ce n’est pas normal de nos jours et cela n’a sans doute jamais été normal, quelle que soit l’époque.

De nombreuses questions peuvent être soulevées : Pourquoi passons-nous tellement de temps à glorifier D.ieu ? Ne connait-Il pas sa propre grandeur ? Pourquoi nous rassemblons-nous pour nous adresser à Lui ? Ne devrait-ce pas être une interaction plutôt personnelle ? Pourquoi répétons-nous les mêmes mots, jour après jour ?

Nous aborderons ces questions et beaucoup d’autres dans les articles suivants. Mais, en premier lieu, tournons-nous vers l’aspect le plus déroutant de la prière qui son concept même. Voyez-vous, en priant D.ieu, nous nous mettons dans une position assez absurde. En Le priant, nous reconnaissons qu’Il est :

  • Bienfaisant
    – Il veut faire des bonnes choses pour nous
  • Omnipotent
    – Il peut tout faire. La réalité dépend de Son imagination.
  • Omniscient
    – Il connaît nos besoins mieux que nous. Et non seulement entend-Il nos prières, Il entend nos pensées également. (Après tout, si elles viennent de Lui, Il doit forcément les connaître, n’est-ce pas ?)1
  • Absolu
    – Il ne délègue pas Sa responsabilité et n’a besoin de la permission de personne. Il n’y a que Lui.

...et ce faisant, nous semblons avoir éliminé tout besoin de prier :

  • S’Il est bienfaisant et que tout ce qu’Il fait est bien...
    ...alors pourquoi voudriez-vous Lui demander de changer quoi que ce soit ?
  • S’Il est omnipotent et peut faire les choses comme Il le désire...
    ...pourquoi les choses ne sont pas comme Il le désire ?
  • S’Il est omniscient, sait ce dont nous avons besoin et veut nous faire du bien...
    ...pourquoi attend-Il que nous le Lui demandions ?
  • S’Il est l’Autorité Absolue...
    Cher D.ieu Omniscient, Omnipotent, Bienfaisant, j’ai une plainte à formuler......pourquoi s’autorise-t-Il à être sensible par nos demandes ?

En bref : si nous croyons en un D.ieu Omniscient, Omnipotent et Bienfaisant, pourquoi prier ? Un Être Infini a-t-Il réellement besoin que nous Lui disions quoi faire ?

2. La réponse du philosophe

Peut-être n’a-t-Il pas besoin de nos prières. Peut-être que le seul objet de la prière est de nous élever. De nombreux auteurs ont compris que c’est exactement ce que Maïmonide veut dire dans ce passage du Guide des Égarés :

La prière, la récitation du Chéma, les Grâces après les repas et toutes les bénédictions, la bénédiction des Cohanim, les Téfilines, la Mézouza, les Tsitsit, l’acquisition du rouleau de la Torah et sa lecture aux moments appropriés : toutes ces mitsvas ont pour but que nous nous rappelions de D.ieu continuellement, que nous venions à L’aimer et à Le craindre, et avoir foi en Lui et accepter toutes ses mitsvas.2

Dans ce passage et d’autres déclarations similaires, Maïmonide établit clairement que D.ieu pourrait parfaitement gérer l’univers sans nos prières. L’implication est que c’est nous qui avons besoin de prière, pour Le connecter à nos vies.

En fait, il se peut que nous n’utilisions pas le terme approprié. Le mot français, prière, signifie solliciter, implorer, supplier pour quelque chose.

Prière=bakachah=בקשהIl existe un autre mot, bakachah בקשה, qui inclut tous ces sens. Mais ce n’est pas le mot que nous employons. Nous disons tefilah. Mais tefilah veut-il dire « prière » ?

Tefilah est étymologiquement lié au mot tofel, qui signifie connecter ou attacher.

Connecter=tefilah=תפלהLorsque vous ajoutez un morceau d’argile à une poterie en argile, vous êtes tofel cette argile. Lorsque la servante de Rachel, Bilah, eut un enfant (Genèse 30, 8), elle l’appela « Naftali », signifiant « j’ai été connecté », de la même étymologie. De la même manière, lorsque nous nous rebranchons à notre Source Originelle trois fois par jour (ou à chaque fois que c’est nécessaire), nous appelons cela tefilah : se reconnecter.3

Si c’est ainsi, il y a une différence essentielle entre tefilah et prière : « prière » signifie qu’il y a un être inférieur qui implore un être distinct supérieur de répondre à ses besoins. « Tefilah » signifie attacher ensemble ces deux entités. Vous connectez vous-même et votre monde avec l’Être Suprême, pour qu’une énergie divine puisse y pénétrer pour guérir les malades, faire tomber la pluie et arranger tout ce qui n’est pas synchro ici-bas.4

Voilà qui est beaucoup plus intelligible. Une réponse tout à fait rationnelle, car le philosophe ne veut certainement pas être pris à se compromettre dans l’irrationnel et l’absurde.

3. De retour au tableau noir

Très rationnel, certes, mais pourtant totalement incohérent avec le sens simple de nos prières quotidiennes :

Nous ne nous contentons pas de venir déclamer à la synagogue : « Oui, Tu es le Roi Omnipotent et nous Te devons tout. » Nous poursuivons en demandant, en suppliant, en implorant qu’Il change la situation. Nous répétons encore et encore « Puisse être Ta volonté... », impliquant directement que ce que nous requérons n’est actuellement pas Sa volonté et que notre intention est de changer cela.

C’est bien d’une révolution qu’il s’agit : ceux qui sont en bas dictent leur volonté à Celui qui réside En-Haut. Nos prières sont loin d’être passives. Nous tenons un rôle de parfaits noudniks, casse-pieds et raseurs à souhait.

Et c’est une mitsva, c’est Lui qui nous a dit de le faire ! Dans les mots du même Maïmonide qui a écrit les très raisonnables propos rapportés plus haut :

C’est un commandement positif de prier chaque jour, comme le dit le verset : « et vous servirez l’Éternel votre D.ieu. » la tradition enseigne que ceci se rapporte à la prière.

...ce commandement oblige chaque personne à offrir des supplications et des prières chaque jour et à dire les louanges du Saint béni soit-Il ; puis demander pour tous ses besoins avec des requêtes et des supplications ;5 et finalement, louer et remercier D.ieu pour la bonté qu’Il lui a prodiguée ; chacun selon sa capacité.6

Nous voilà de retour à la question : Pourquoi le Grand Ordonnateur de l’univers aurait-Il besoin d’une armée d’inspecteurs des travaux finis ?

Je vais vous laisser une petite semaine pour réfléchir à tout cela. En attendant, voici une délicieuse histoire venue tout droit du Talmud qui illustre bien tout ce dont nous avons parlé :

Il arriva une fois qu’Adar, le cinquième mois de la saison des pluies, avait presque entièrement passé sans que la pluie ne tombe. Ils se rendirent chez ‘Honi le Faiseur de cercles et lui demandèrent de prier pour la pluie. Il leur dit : « Allez mettre à l’abri vos fours de terre qui se trouvent dans vos patios, afin qu’ils ne fondent pas sous la pluie. »

Alors il se mit à prier, mais la pluie ne tomba pas. Que fit-il ? Il traça un cercle au sol et se tint à l’intérieur comme le prophète ‘Habakouk l’avait fait une fois.7 Alors il s’adressa à D.ieu et Lui dit : « Maître de l’univers ! Tes enfants se sont tournés vers moi car ils me considèrent comme un membre de ta Maisonnée. Je jure par Ton grand nom que je ne bougerai pas d’ici jusqu’à ce que Tu aies pitié de Tes enfants. »

Une fine bruine commença à tomber. Les disciples de ‘Honi lui dirent : « Maître ! Nous avons vu ce que tu as fait, mais nous ne voulons pas mourir ! Il semble que la pluie ne tombe que pour que tu sois libéré de ton serment ! »

Alors il dit à D.ieu : « Ce n’est pas ce que j’ai demandé ! Ce qu’il nous faut, c’est de l’eau pour remplir les citernes, les fossés et les cavernes ! »

La pluie se mit à tomber furieusement. Ses disciples lui dirent : « Maître ! Nous avons vu ce que tu as fait, mais nous ne voulons pas mourir ! Il semble que la pluie ne tombe que pour détruire le monde ! »

Alors il dit : « Ce n’est pas ce que j’ai demandé ! Ce qu’il nous faut, c’est une pluie de bonne volonté, de bénédiction et de bienfaisance ! »

Alors la pluie tomba convenablement. Elle tomba jusqu’à ce que Jérusalem soit inondée et que les gens durent se rendre sur le Mont du Temple pour échapper aux eaux. Ils se rendirent auprès de ‘Honi et lui dirent : « Tout comme tu as prié pour qu’il pleuve, prie maintenant pour qu’il cesse de pleuvoir ! »

Il leur dit : « Je sais par tradition que l’on ne doit pas prier pour faire cesser l’abondance. Cependant, apportez-moi un taureau pour que je l’offre en sacrifice de remerciement. »

Ils lui apportèrent le taureau. Il posa ses mains sur le taureau et dit à D.ieu : « Maître de l’univers ! Ton peuple, Israël, que Tu as fait sortir d’Égypte, ne peut pas supporter ni trop de bienfaits, ni trop d’affliction. Tu as été en colère contre eux, ils n’ont pas pu l’endurer. Tu leur as prodigué le bien en abondance, ils n’ont pas pu le supporter. Puisse être Ta volonté que la pluie cesse et qu’il y ait un soulagement au monde ! »

Immédiatement, le vent se mit à souffler, les nuages se défirent et le soleil brilla. Les gens sortirent dans les champs et ils en rapportèrent des champignons à manger.

Chimone ben Chata’h envoya un message à ‘Honi, qui disait : « Si tu n’étais pas ‘Honi, je t’aurais fait excommunier… Mais que puis-je faire ? Tu insistes auprès de D.ieu et Il fait tout ce que tu veux, comme un enfant insiste auprès de son père et obtient tout ce qu’il veut. Il dit : “Père, amène-moi me baigner dans des eaux chaudes ! Lave-moi dans de l’eau fraiche ! Donne-moi des noix ! Des amandes ! Des abricots ! Des grenades !” Et le père lui donne tout ce qu’il demande ! C’est de toi que parle le verset : “Que ton père et ta mère se réjouissent, qu’elle jubile, celle qui t'a enfanté”8 »9

NOTES
1.
La prière silencieuse standard (la “Amidah”) s’achève par ce verset des Psaumes “ Puissent les paroles de ma bouche et les pensées de mon cœur être agrées par Toi, Éternel, ma force et mon rédempteur” (Psaumes 19,15).
2.
Maïmonide, Guide des Égarés (Moreh Nevoukhim) 3:44.
3.
Nous développerons le thème de cette relation dans de prochains articles, avec l’aide de D.ieu.
4.
Voir Likoutei Si’hot vol. 2 p. 410 ; Rachi sur Genèse 30,8 ; Ohr HaTorah du Tsema’h Tsedek, vol. 2, 380a.
5.
L’accentuation est de mon fait.
6.
Michné Torah, Lois de la Prière, 1:1.
7.
Voir ‘Habakouk 2,1.
8.
Proverbes 23,25.
9.
Traité Taanit 23a.
par Tzvi Freeman
Rav Tzvi Freeman vit à Toronto, Canada. Il est l’auteur de nombreuses traductions et synthèses de la pensée kabbalistique et ‘hassidique, parmi lesquels « Bringing Heaven Down to Earth. »
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Discussion (1)
7 février 2011
Qqs Mots
Chalom Honorable !

Grands mercis pour cette Réflexion sur la Question de la Prière comme Valeur d'Autorité, de Sens (normale ? Paradoxale ?) !

De cette Question, ce Mot :

La Prière, qui repose sur du Fondement Autrement "normal", apparaît, ici, paradoxale en ce sens qu'Elle :

1 se présente sous différentes Formes (Rêve, Éveil) et prend plusieurs Visages (Debout, Assis, Étendu, À Genoux, Contre-Terre, Là-Haut) ;

2 est une Relation-Action-Rencontre susceptible-de ;

3 est un Moment de Vie paradoxal.

Amitiés Solidarités Québécoises,

Marcel (Fafouin)
7 fév 2011 / 3 adar1 5771 -

Marcel Fafouin
Drummondville, Canada Québec
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